Saddam Hussein : la vérité étranglée
C’est donc la fin tragique d’une mascarade de justice qui a eu lieu ce matin avec la pendaison du sanguinaire dictateur irakien. Au moment où les débats judiciaires menaçaient de se pencher sur des épisodes compromettants de la « carrière » dictatoriale de Saddam Hussein, ceux qui mettent en cause les amis d’hier et les bourreaux d’aujourd’hui, les évènements se sont brusquement précipités pour faire taire la vérité. Le président Bush peut donc se réjouir officiellement puisque plus personne ne viendra désormais raviver sa mémoire défaillante.
Ainsi donc la justice est passée…comme une corde autour du cou. Saddam Hussein a donc été pendu à l’aube (lien AFP) puisque la justice américaine a rejeté l’appel des avocats du dictateur. Voilà un symbole qui en dit long, cette ultime requête déposée auprès du véritable instigateur de cette mise en scène macabre, l’occupant américain. Etrange conclusion pour une mascarade de procès et une étrange précipitation pour appliquer une sanction mortelle comme s’il fallait au plus vite effacer des mémoires un souvenir gênant pour tous. L’histoire, celle qui prend le temps du recul et de la froide analyse, retiendra surtout que ce procès et cette exécution ont bafoué les règles les plus élémentaires du droit international et de l’équité. Une habitude sous le joug de l’Empire comme en témoignent la perpétuation du scandale de Guantanamo, les vols secrets de la CIA, les enlèvements de « terroristes », l’utilisation de bombes au phosphore sur des cibles civiles, les guerres dites « préventives » et toutes les autres facéties sanglantes de l’Empire du Bien.
Ainsi donc, Bush salue la fin du sanglant dictateur en jugeant qu’il s’agit là d’une étape cruciale pour le pays que ses troupes colonisent, l’Irak. « "Une étape importante sur la route de l'Irak vers une démocratie qui peut se gouverner, être autosuffisante et se défendre, et être un allié dans la guerre contre la terreur" » a expliqué le prêcheur en eaux troubles en noyant son propos pseudo-solennel dans les habituelles contorsions de la « novlang » utilisée si fréquemment à Washington. Ainsi donc la mort d’un dictateur déchu et hors-circuit constitue une étape pour l’Irak, un pays engagé « vers une démocratie », un pays qui aspire à l’autosuffisance et à sa souveraineté. Que d’omissions et de convulsions sémantiques pour faire avaler une couleuvre grasse comme un anaconda. Ainsi donc, l’exécution d’un homme au terme d’un procès cafouilleux, tronqué, bidouillé, avec des avocats assassinés, des présidents de tribunal désavoués et des droits de la défense inexistants sont les signes évidents d’une…démocratie en marche. Voilà une curieuse contradiction quand même. Ce qu’oublie de préciser également l’évangéliste de la peur, c’est que ce même pays à bout de souffle, plongé dans un chaos indescriptible et qui n’en finit plus de tomber dans le gouffre des heurts fratricides, doit cette situation apocalyptique...à ses bons offices.

Jeu de dupes où le but était de mettre à genoux les deux protagonistes
Ce que ne précise pas non plus le propagateur de la « démocratie forcée » (sic), c’est que ce même dictateur a été mis au pouvoir par la CIA, que les listes des opposants à assassiner pour conserver le pouvoir, lui étaient fournies par ces mêmes services secrets américains comme la brillamment montré William Karel dans sa série documentaire « CIA et guerres secrètes » (éditions Arte). Ce que ne précise pas l’impasteur, c’est que ce dictateur que l’on a exhibé après sa capture comme un animal hirsute, était reçu avec les plus grands honneurs dans toutes les chancelleries occidentales (françaises en particulier) puisqu’il était alors le meilleur ami de ceux qui le pendent aujourd’hui. N’a-t-il pas porté le fer contre la naissante « révolution islamique iranienne » pour servir les intérêts d’une Amérique humiliée par la prise d’otages de son ambassade à Téhéran en 1978 ? La guerre Iran-Irak a duré huit longs années (1980-88) et elle a coûté la vie à plus d’un million d’hommes, en vain… Les belligérants se sont neutralisés puisqu’en même temps que l’on poussait le dictateur moustachu à torpiller la dérangeante république islamique, les mêmes marionnettistes du Pentagone oeuvraient dans l’ombre pour aider secrètement les adversaires en leur fournissant notamment des renseignements militaires… Jeu de dupes où le but était de mettre à genoux les deux protagonistes, les deux puissances militaires locales pour le plus grand plaisir du Pentagone et…d’Israël.
Ce que ne précise par l’enthousiaste de la corde et du nœud coulant, c’est que certains des massacres commis par Saddam Hussein comme celui d’Halabja (Fev - septembre 1988) qui fera 5000 morts (bombardements au gaz toxique), se sont accomplis avec la complicité active…de ses compères américains. Les hélicoptères fournis par l’armée US (en pleine guerre) pour effectuer de l’épandage « d’insecticides » ont été livrés via Amsterdam par…Donald Rumsfeld en personne. Mandaté par le président Ronald Reagan, il sera l’artisan de la nouvelle lune de miel entre Bagdad et Washington en rétablissant les relations diplomatiques entre les deux pays en 1984 (rompues en 1967… officiellement). De rares photos que l’on a tenté vainement d’occulter, en témoignent. Un ministre de la défense et un proche de Bush qui vient d’ailleurs de démissionner pour payer le fiasco de la campagne irakienne en cours, cruelle ironie du sort.
Que dire de la conquête suicidaire du Koweit (1990) par Saddam Hussein qui a déclenché la première guerre du Golfe si ce n’est qu’il a été à nouveau piégé. Financièrement aux abois après la guerre avec l’Iran, son pays complètement ruiné subissait alors une pression terrible des autorités koweïtiennes pour obtenir le remboursement des dettes à court-terme en dépit des accords passés. Une échéance impossible à tenir bien sûr et un défi pour le bouillant guerrier. Après des discours menaçants envers les usuriers indélicats et après consultation de l’ambassadeur américain en place alors qui jura de la neutralité et de la passivité des USA, Saddam se décide alors à envahir le minuscule pays pétrolier qui se faisait trop pressant.

Les scénaristes du Pentagone pondent des sottises stratégiques depuis un bon moment
Tombé dans un souricière grossière pour la seconde fois, il signait ainsi sa perte. En rompant les fils qui le tenaient dans l’ombre, un à un, en se démarquant peu à peu de ses « alliés », feu Saddam Hussein était devenu un pantin incontrôlable qu’il fallait désarticuler en prenant bien soin de faire table-rase des amitiés passées. C’est la prouesse qu’a réussi ce procès parodique qui n’a jamais évoqué le contexte géopolitique, les alliances d’alors, les commanditaires de l’ombre et les faits historiques dans leur amplitude réelle. Les nouveau chefs d’accusation qui devaient être examinés prochainement risquaient d’effleurer ces zones d’ombres compromettantes d’où sans doute l’accélération du calendrier judiciaire et mortuaire…
Saddam Hussein a donc « payé » se réjouit la ministre des affaires étrangères britanniques (lien AP) avec des accents qui font froid dans le dos quand on songe à la duplicité des discours et à la notion très fluctuante de la justice à la sauce impériale. Le dictateur n’a donc jamais pu réellement se défendre ni mettre en cause ceux qui se félicitent aujourd’hui de sa disparition. Dans leur précipitation étonnante, les scénaristes du Pentagone qui nous pondent des sottises stratégiques depuis un bon moment, ont décidé de faire coïncider la pendaison de l’ancien président irakien avec une fête musulmane majeure. C’est d’ailleurs la seule faute de goût qui semble gêner leur pion afghan, Hamid Karzaï (lien AP).
Au moment même où des millions de musulmans se pressent à la Mecque pour accomplir leur devoir sacré (lien Le Monde), les bourreaux ont accompli leur sinistre ouvrage. Les conseillers en communication ont sans doute jugé qu’une pendaison le jour de la fête de l'Aïd al-Adha (ou Aïd el-Kebir) était un symbole fort puisqu’il s’agit de la fête du sacrifice où l’on immole rituellement…un mouton. La comparaison avec celle du bouc-émissaire coule de source ensanglantée d'autant que les communicants appliqués oublient que cette fête religieuse est surtout celle…de la joie et de la réconciliation. Faire d’une exécution, un symbole festif et l'argument décisif pour instaurer une concorde nationale, est un pari risqué et beaucoup trop ambigu pour réellement fonctionner. Ces subtilités orientales échappent sans doute aux spécialistes...incompétents. Les attentats ont répondu à leur manière au brainstorming des grosses têtes prétentieuses du Pentagone (liens AP – Reuters).
Une manœuvre de plus qui ne devrait pas infléchir le décompte macabre des Marines qui tombent comme des mouches (liens AP). C’est juste les jeux du cirque impérial qui continuent de plus belle. Une question taraude quand même notre esprit taquin, celle de la responsabilité des dirigeants et des crimes commis sous leur règne. Qui a jugé ceux qui ont lancé une bombe atomique sur le Japon en 1945 en faisant des centaines de milliers de morts civils ? Qui a jugé ceux qui ont nappé d’agent orange le Vietnam, un poison qui a contaminé des générations entières ? Qui payera pour les 650 000 morts tombés depuis le début de l’occupation américaine en Irak ? Qui jugera ceux qui ont déclenché des boucheries comme celle de la récente guerre entre Israël et le Liban ? Qui sera jugé pour les atrocités de Guantanamo et les charters clandestins boursouflés de victimes à torturer ? Qui refuse de se soumettre au Tribunal pénal international et autres traités, se plaçant ainsi au dessus de toutes les lois propres au droit international ? Voilà autant de questions auxquelles il convient d’ajouter le fait que la peine de mort est une barbarie totale que nous ne cautionnons absolument pas. Autant de raisons pour se garder de tout triomphalisme, autant d’arguments qui jettent un trouble définitif sur l’idée de justice et de châtiment agitée aujourd’hui par les exécuteurs du jour, ces criminels au dessus de tout soupçon…

Liens :
Des télés arabes diffusent l'exécution de Saddam Hussein (Libération – Reuters)
Le terrorisme non revendiqué de l’OTAN (Réseau Voltaire) (Réseau Voltaire)
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CC Jung
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