Merveilleux Empire du bien

Publié le par cc jung in effect

Après le terrible scandale provoqué par les prudents propos du chef d’état-major anglais sur la situation en Irak, le déroulement normal de l’actualité impériale a repris son cours. L’Irak est en voie d’implosion et l’Afghanistan s’embrase mais les pompiers de l’Otan sont là pour parer au plus pressé. Dans les Territoires occupés transformés en gigantesque laboratoire, les cliniciens de l’Empire s’emploient à tester les dernières innovations en matière de chasse au gros gibier.
 
 
Rien de nouveau ou presque. C’est un peu le constat que l’on peut établir en parcourant l’actualité de l’Empire du Bien quotidiennement. La machine hoquette, gronde, se raidit, fume, pétarade, grince, couine, sursaute mais elle avance en dépit de multiples convulsions qui l’agite périodiquement. La dernière poussée de fièvre de la machinerie impériale remonte à quelques jours à peine, le chef de l’armée britannique, le Général Dannat, avait eu l’impertinence d’énoncer une insupportable évidence (lien). Le haut-gradé avait évoqué publiquement le retrait du contingent anglais de la province impériale irakienne en expliquant que la situation était tellement dégradée qu’il fallait songer à plier bagages.
 
Rien de bien révolutionnaire dans les propos du Général relayés par le Daily Mail puisque le chef d’état –major (entré en fonction il y a deux mois à peine) admettait tout bonnement que la présence de troupes étrangères « exacerbait les problèmes de sécurité » d’autant que ces sbires de l’Empire n’étaient pas vraiment « invités » par la population locale (lien AFP). Voilà une analyse que l’on qualifierait presque de diplomatiquement correcte tant elle semble feutrée et mesurée mais cette irruption soudaine d’une parcelle de vérité dans la formidable construction mensongère de l’Empire, relevait tout à coup du putsch militaire, de la mutinerie et d’une rébellion manifeste. Courageux comme tout militaire de carrière, notre taquin étoilé est revenu depuis sur ses propos outranciers en publiant communiqués sur communiqués pour atténuer le fracassant scandale (lien le Monde). Cette édifiante histoire nous illustre à merveille comment fonctionne le rouleau-compresseur de la communication impériale qui aplanit inlassablement tout ce qui dépasse pour parfaire le lisse mensonge. Voilà un grave déni de la réalité et le symptôme même d’un système névrotique. Les problèmes n’existent pas parce que nous disons tous que tout va bien…
 
 

Plan complexe

 
Un plan établi depuis des décennies par les stratèges
 
Tout va pour le mieux en Irak en effet puisque la violence ne cesse d’empirer (liens). Après avoir feint d’envisager un retrait progressif des GI’s lorsqu’elle était sur la défensive après moult scandales, l’administration Bush vient de faire passer un message bien différent à destination de son opinion publique. Les faucons du Pentagone parlent désormais de l’année 2010 pour commencer à songer au départ. En fait, les soudards de l’Empire, de plus en plus repliés dans des bunkers surprotégés, attendent tout simplement que les Irakiens accomplissent leur secret dessein, celui d’une guerre civile qui est effectivement en cours. L’étape suivante est la partition de l’Irak, un plan établi depuis des décennies par les stratèges de l’état…hébreu que l’on sait très proches du Pentagone. En démembrant ce état autrefois puissant et menaçant, l’Empire ôte une épine dans le pied de son allié israélien tout en s’assurant d’un meilleur contrôle de la situation et du pétrole. Découpé en trois entités ennemies de surcroît, le pays pétrolier sera plus facile à gérer et à…piller durablement.
 
Tout va bien donc en Irak puisque le plan fonctionne comme prévu. L’Empire se frotte les mains en ignorant les agaçants plaisantins qui agitent le chiffre de 650 000 morts en trois années comme la preuve d’une réussite absolue pour l’opération de « démocratisation forcée » en Mésopotamie. Une information que les média de la « plus grande démocratie » se sont empressés de ne pas mettre sous presse ou de reléguer dans les coins les plus obscurs des colonnes imprimées (lien De Defensa). Voilà une bien curieuse manière d’informer le citoyen sur les agissements de cette Amérique qui ne comprend pas le désamour du monde entier à son égard. Une prudence « journalistique » qui n’a rien de vraiment surprenant puisque le plumitif en charge du dossier irakien risque le goudron et les plumes en faisant correctement son travail, c’est sans doute ce qui est arrivé à Terry Loyd (ITN) qui a été abattu en Irak par les troupes américaines (lien AP).
 
Le Pentagone a aussitôt publié un communiqué pour assurer que la soldatesque a « toujours pris le maximum de mesures pour éviter des pertes civiles et des dommages collatéraux ». Rappelons que le bilan des journalistes tués en Irak pendant les trois années de conflit dépasse largement celui de tous les professionnels tombés pendant l’interminable guerre du Vietnam, que ces derniers sont des cibles privilégiées pour les groupes « terroristes » à la solde de l’occupant et que les « bavures » à l’encontre des journalistes se multiplient régulièrement. Quant à la précaution maximum prise « pour éviter des pertes civiles et des dommages collatéraux », avec déjà 650 000 civils morts en trois années, on ne peut qu’applaudir la retenue. La même sans doute qui a animé les troupes de Tsahal au Liban et dans les Territoires occupés.
 
 

Tout va bien

 
« Le maximum de mesures pour éviter des pertes civiles et des dommages collatéraux »
 
A propos justement, les allégations des médecins libanais concernant l’utilisation d’armes prohibées parce que monstrueuses pendant le mois de festivités au pays du Cèdre sont avérées (lien Le Monde). Effectivement, l’armée israélienne utilise de nouvelles armes gracieusement fournies par l’Empire du Bien qu’elle teste fréquemment sur les Palestiniens. Elle aurait bien tort de se priver de cette délicieuse expérimentation du progrès, de ne pas tester ces armes qui découpent la chair comme du beurre puisqu’elle dispose d’une grouillante réserve de cobayes humains entassés dans une prison à ciel ouvert. Après avoir testé l’impact des missiles sur la foule, l'efficacité du mitraillage des hélicoptères en milieu urbain, nos supplétifs du Pentagone expérimentent cette nouvelle sorte de chevrotine fondante destinée au gibier de prédilection des conquérants impériaux. Après l’utilisation du phosphore et des munitions « sales » en Irak, cette révélation s’ajoute à la longue liste des bienfaits généreusement prodigués par l’Empire. C’est donc vrai, tout va bien dans le nouvel ordre mondial, tout est enfin à sa place.
 
 

 
Liens :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung
 
 
 
 
 

Publié dans L'Empire du Bien

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