La loi de la jungle et de la junte

Publié le par cc jung in effect

L’actualité mondiale de ces derniers jours est dominée par la provocation nucléaire de la Corée du Nord et par le meurtre d’une journaliste russe très critique sur la guerre de Tchéchénie à la mode Poutine, l’autre empereur. Après une première tentative d’empoisonnement, cette courageuse mère de famille vient de se taire, à jamais. Les journalistes sont désormais priés de collaborer ou de disparaître dans certaines parties du monde quand dans d'autres, ils servent d'attachés de presse au pouvoir local. Un peu comme la justice qui sait protéger les uns et accabler les autres, c'est juste une question d'adaptation à la mutation de nos "démocraties" virtuelles.
 
Selon que l’on soit le Juppé huppé ou le Tapie au tapis, la justice s’exprime avec de très légères variantes, soumise qu'elle est, à des pressions souterraines mais actives. Au moment même du triomphe bordelais du « meilleur d’entre nous » comme le défendait si âprement le président de la République (lien), une décision de justice lourde de conséquences venait d’être rendue dans l’affaire opposant Bernard Tapie à Adidas (lien). La concomitance de ces deux évènements en apparence éloignés, en dit long sur le fonctionnement de l’appareil judiciaire dans notre merveilleux pays. A Alain Juppé, le retour triomphal après un tout petit exil et une peine insignifiante d’inéligibilité pour des faits graves, à Bernard Tapie, une décision inattendue, rocambolesque et proprement stupéfiante. Il ne s’agit pas ici de hurler avec la meute de Nicolas Sarkozy qui aboie sans discontinuer sur la Magistrature, coupable sans doute de ne pas se ranger docilement sous la bannière du candidat frénétique, blâmable certainement d’exercer un semblant de pouvoir qui échapperait à la voracité d’un aréopage désireux de mettre le pays en coupe réglée.  
 
Le triomphe d’Alain Juppé à Bordeaux semble confirmer cette stupéfiante inclinaison française, celle de la « prime à la casserole » créditée quasi-automatiquement au compte de tout homme politique pris la main dans le pot de confitures. Comme d’autres (Balkany en est l’exemple le plus édifiant), l’ancien premier ministre revient sur le devant de la scène, paré de toutes les vertus de l’oubli, brillant comme un sou neuf et auréolé d’une virginité politique aussi éclatante que le manteau neigeux d’un hiver québécois. Le constat d’une justice à deux vitesses s’impose comme une évidence si l’on songe à la liste des élus épargnés par le glaive de la justice, au nombre d’affaires se terminant par le fameux psshhiitt pour cause de vice de formes, de prescriptions, de désistement des témoins, d’immunité parlementaire (Charles Pasqua en est l’exemple le plus caricatural) et de juges étonnamment complaisants.
 

 
Etonnante machinerie en roue libre pour laisser filer les filous
 
Bernard Tapie, contre toute attente et en dépit de l’avis du Parquet général, vient d’en faire l’amère expérience : « la plus haute juridiction du pays ( la Cour de cassation ) a en effet cassé un arrêt rendu le 30 septembre 2005 par la cour d'appel de Paris qui lui accordait 135 millions d'euros » (lien Reuters). Le seul tort de l’ancien ministre est sans doute de faire encore figure d’épouvantail politique, de fantôme bien réel des coulisses de la politique-spectacle capable de ressurgir au détour d’un revirement de fortune, cette roue de la fortune qui s’apprêtait à accomplir un cycle favorable pour Tapie avant l’intervention tonitruante de « la plus haute juridiction du pays » pour gripper les rouages du balancier de la justice. C’est au moment où la justice allait enfin être rendue dans un dossier où les torts sont clairement identifiés que cette dernière choisit de mettre son grain de sable pour stopper le mécanisme. Etonnante machinerie en roue libre pour laisser filer les filous mais capable de freiner de ses quatre fers lorsqu’il s’agit de desserrer l’étau et de prendre enfin la décision…juste même si Tapie n’a rien d’une victime exemplaire.
 
Quoi d’autre dans l’actualité ? Encore quelques beaux cartons sur les journalistes qui sont devenus des cibles privilégiées pour toutes les mafias politiques, militaires et crapuleuses qui se partagent le monde. Après l’assassinat de deux journalistes allemands en Afghanistan, c’est au tour d'Anna Politkovskaïa de payer le prix de la révélation obstinée des horreurs innommables commises par l’armée de Poutine en Tchétchènie (Lien). Jamais le nombre des professionnels de l’information tués dans l’exercice de leur fonction n’a atteint une telle côte d’alerte. C’est le signe le plus tangible d’un basculement de notre planète vers un côté un peu plus obscur qui ne souhaite surtout pas un éclairage et une mise en lumière. Le journalisme tel que l’on imagine, vit des heures sombres puisque les armées régulières n’hésitent plus à abattre les gêneurs (Irak, Territoires occupés, Afrique, voir lien Global Research), à moins que cette sale besogne ne soit confiée à un quelconque escadron de la mort local ou un groupe terroriste « fabriqué » pour la circonstance. A l’heure de la communication politique, ce qui signifie le maquillage du réel et le mensonge institutionnalisé, les représentants de la presse font désormais figure de témoins gênants des innombrables impostures en cours et leurs révélations peuvent mettre à mal tout un château de cartes mensonger qui dure parfois depuis des années (Bush par exemple).
 
 
 

 
 
Intolérable détérioration des conditions de travail de ces pourvoyeurs, de ces artisans du réel
 
L’effritement du droit international par la superpuissance américaine a sonné pour nombre d’intrigants planétaires comme un signal, celui qui consiste à ne plus faire semblant de respecter les règles, les droits de l’homme, la presse et toute la société civile, pour faire régner la terreur du plus fort. En un mot, nous voilà revenus à la loi de la jungle et de la junte, une réalité qu’a bien intégré le démentiel dictateur coréen mille fois plus menaçant et dangereux que son homologue iranien diabolisé par la propagande de l’Empire. Le nombre des syndicalistes, des militants des droits de l’homme, des avocats, des magistrats et des journalistes tombés sous les balles des hommes de main au service de tel ou tel caïd planétaire, est en hausse constante. Intolérable détérioration des conditions de travail de ces pourvoyeurs, de ces artisans du réel à notre service pour nous ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure. La bataille pour la liberté de la presse et le respect du travail des journalistes dépasse finalement le simple symbole démocratique pour quelque chose de beaucoup plus essentiel.
 
Sans ce contre-pouvoir souvent insignifiant face aux formidables machines du mensonge communiqué, ce sont les dernières parcelles de la vérité et de la réalité qui s’estomperaient, les derniers droits qui s'envoleraient. Sans ces hommes et ces femmes qui risquent vraiment leurs vies pour témoigner, impossible d’écrire une telle chronique, impossible de savoir que nous sommes sur écoute (lien Le Monde), que les services secrets italiens ont collaboré avec la CIA pour enlever un imam (lien Le Monde), que la version des évènements du 11 septembre est truffée d’invraisemblances même si cette vérité dérange (lien Voltaire), que la terre est en train de se dévorer elle-même en dépit des mensonges « scientifiques » des pilleurs de ressources planétaires. Toutes ces raisons réunies doivent aussi nous faire méditer sur le danger de la connivence entre les média et les hommes politiques qui est avérée dans bien des démocraties, la notre y compris. François Bayrou avait dénoncé la collusion entre les groupes de presse et le candidat de l'Empire, Nicolas Sarkozy, provoquant sarcasmes et formules de dérision. Et pourtant, il avait entièrement…raison.
 
 
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CC Jung

Publié dans Omegactualité

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