Le spectre de My Lai

Publié le par cc jung in effect

 
 
Il y a des jours où le vaisseau Omegalpha, en orbite géostationnaire autour de la Terre, voudrait fermer les écoutilles, éteindre les capteurs et ne rien entendre de l’actualité de la planète bleue. Entre le tremblement de terre qui a touché l’Indonésie déjà meurtrie par le tsunami gigantesque, le coup de folie d’un forcené en Allemagne et les exactions avérées des Marines en Irak, il est bien difficile de trouver un semblant de sens à la marche du monde. Cependant, la mission d’observation doit se poursuivre.
 
On en sait déjà si peu, c’est dire... Ce que les soudards de l’Empire accomplissent en Mésopotamie fait rarement la Une des quotidiens pour la bonne raison que les journalistes qui couvrent l’Irak se raréfient du fait de la campagne d’assassinat des hommes de presse (voir Ressources du site, « la plume trempée dans le sang ») et parce que les informations qui émanent des états-majors coalisés sont naturellement filtrées à la source ou maquillées de la pire des manières. Un mensonge énoncé avec un culot remarquable finit toujours par devenir une information résiduelle dans l’esprit de l’opinion publique tandis que les média se chargent de formater les consciences de mille et une manières ( « 24 images ou 24 mensonges ? » ).
  

Arrestation en Irak d'un "insurgé" (Photo JM Bouju, World Press 2004)

Triste spectacle qui explique en partie le pourrissement de la situation
 
 
Magie macabre de la communication militaire, un massacre d’innocents sera présentée comme une grande victoire de la Coalition (voir Ressources du site, « des informations » + « la grande famille d’Al Quaida » ) qui n’a fait qu’une bouchée de « dangereux terroristes ». Des insurgés que l’on retrouvera ensuite à la morgue locale, des femmes, des enfants, des hommes aux mains attachées et en pyjama qui auront eu le seul tort de se trouver là au mauvais moment, à l’instant où la peur et l’inexpérience conjuguées transforment n’importe quel autochtone enturbanné en une cible et un défouloir frénétique pour conjurer le sort ou s’amuser un peu. Triste spectacle qui explique en partie le pourrissement de la situation en Irak et l’enlisement des troupes de l’Empire.
 
Rappelons pour information que les troupes de la Coalition ont reçu globalement un accueil bienveillant à la chute de Saddam Hussein avant que la population ne déchante, au rythme des bavures, en constatant le mépris d’un soldatesque inexpérimentée et en réalisant la duplicité de cette « libération » à la forte odeur d’or noir. Les actes de contrition de George Bush et de Tony Blair cette semaine ressemblaient à une pathétique mascarade destinée bien plus à leur opinion publique respective qu’à une bien tardive reconnaissance des innombrables bavures à destination des premiers intéressés, les Irakiens…
 
La récente divulgation d’un énième massacre et le parallèle qui est de plus en plus fait dans la presse outre-atlantique avec les boucheries au Vietnam (Lien Le Monde) explique également cette soudaine et pressante envie d’admettre « quelques erreurs ». Le spectre de My Lai (massacre d’un village entier par les troupes US au Vietnam, en 1968) ressurgit des limbes pour entacher une autre guerre colonialiste. Il faut dire que les erreurs en question sont douloureusement chiffrées : entre 100 000 et 120 000 civils reposent à dix pieds sous terre, là où ils auront toute l’éternité pour méditer des bienfaits d’une « démocratisation forcée »… Une véritable hécatombe en seulement trois années d’occupation, une horreur qui semble aucunement émouvoir les pays démocratiques figés dans un mutisme assourdissant.
 

L'Empire du Bien à l'oeuvre...

 
La pseudo-rupture tant vantée par le démagogue de poche
 
 
Difficile d’attendre par exemple une quelconque indignation de la part de Jacques Chirac que la trop grande fréquentation des roitelets africains semble inspirer (Lien Guy Drut) dans sa conduite des « affaires ». Faisant fi de toutes les critiques et d’un semblant de décence, incapable de sauver les apparences, le monarque accélère la transformation de l’état UMP en une république bananière qui risque de faire encore plus glisser la démocratie vers les plates-bandes de l’extrême au prochain couperet électoral. Après moi le déluge semble être désormais le véritable axe politique de sa dernière année de mandat. Un ratage jusqu’au bout de l’ennui.
 
En attendant le déluge d’eaux sales annoncé dans les urnes et l’éclaircissement de l’affaire Clearstream (Lien), le Nouvel Observateur revient justement sur les déclarations de nos merveilleux hommes politiques sur un sujet de « débat » qui devrait polluer la future campagne électorale, l’immigration (Lien). Rien de nouveau finalement. La pseudo-rupture tant vantée par le démagogue de poche et le pseudo-tabou de l’immigration ne sont rien d’autre que des vieilles ficelles rafistolées que l’on ressort ponctuellement quand il s’agit de masquer l’absence de projet et le bilan calamiteux d’une gouvernance. C’était la faute des autres, voyez-vous. Un argument simpliste et minimaliste de nature à satisfaire l’électorat à qui il est destiné. Lamentable diversion.
 
  
 
 
Liens :
 
 
 
 
« L'enquête montre que les marines ont volontairement tué des civils irakiens désarmés, dont des femmes et des enfants, et ont essayé ensuite de couvrir le massacre intervenu à Haditha, l'un des bastions de l'insurrection", écrit le Los Angeles Times daté du 26 mai. »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jacques Chirac : "Le travailleur français qui habite à la Goutte d'or et qui voit sur le palier à côté de son HLM, une famille avec un père, trois ou quatre épouses, une vingtaine de gosses, qui touche 50.000 F de prestations sociales sans travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, le travailleur francais sur le palier, il devient fou. Ce n'est pas être raciste que de dire que nous n'avons plus les moyens d'honorer le regroupement familial" (20 juin 1991). »
 
 
 
 
(…) Il "essaie systématiquement de mettre en place les idées américaines", a insisté Marine Le Pen, comme par exemple avec "la discrimination positive qui ne marche déjà pas là-bas". Selon elle, l'immigration "choisie" défendue par le ministre représente "sa proposition la plus raciste". (…)
 
 
CLEARSTREAM : Quand les preuves disparaissent (L’Express)
 
 
 
 
 
 
 
 

 
Ressources du site :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Cc jUNG

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