Les 2 tours et la diagonale du Fou

Publié le par cc jung in effect

Un bien triste anniversaire… Le monde vient de commémorer les attentats du 11 septembre 2001 entre tristesse, doute et lassitude. C’est sans aucun doute le bon moment pour faire le point sur l’état du monde, une planète quelque peu chamboulée à la suite de ces funestes évènements qui ont surtout servi de prétextes à bien des écarts de conduite.
 
Le 11 septembre 2001, ce sont bien plus que les deux tours du World Trade Center qui se sont étrangement effondrées, c’est aussi un peu de notre innocence et de notre naïveté, à nous qui imaginions un monde un peu plus libre depuis la chute du mur de Berlin (novembre 1989). On nous parlait de village global, de la révolution Internet, de start-up, de la mondialisation triomphante, une douce euphorie planait sur l’Occident, bercé par sa fièvre consumériste pendant que les comploteurs de l’ombre nous inventaient des milices talibanes et Al Quaida, qu’ils soufflaient sur les braises d’un islamisme radical dans les caillouteux paysages de l’Afghanistan, qu’ils envisageaient la toute puissance de l’Empire américain comme une chance historique de domination mondiale.
 
Bien des questions restent en suspens sur le déroulement des faits, les protagonistes et les motivations réelles des commanditaires des attentats. Les mensonges permanents de l’administration Bush et nombre d’incohérences nourrissent également un doute persistant sur cet événement historique à la portée incalculable. L’ombre de Pearl Harbor plane sur New York, le Pearl Harbor qui a déclenché la riposte américaine et son entrée dans le concert fracassant de la deuxième guerre mondiale, le Pearl Harbor aussi de l’état-major US qui a délibérément laissé les "zéro" japonais faire un carnage dans la base navale pour « retourner » une opinion publique intérieure réticente à s’engager dans l’épreuve de force.
 
Il faut également replacer l’incident gravissime dans son contexte et se souvenir du drôle d’événement qui le précédait, celui d’une élection présidentielle truquée, d’un président sans légitimité, fantomatique et falot au possible. Le 11 septembre a modifié durablement les équilibres stratégiques et mis en évidence l’hégémonie de la seule superpuissance américaine qui s’est consolidée sur le socle même des décombres des deux tours. Les attentats ont apporté au nouvel Empire, une justification toute trouvée et presque inattaquable pour toute la série de décisions politiques et militaires qui s’en sont suivies. Cinq années plus tard, le constat est amer. Loin d’avoir compris l’attaque comme un avertissement douloureux, l’Amérique a su transformer cette « opportunité » pour étaler au grand jour ses ambitions prédatrices, consolider des connivences dangereuses entre le monde des affaires et la sphère militaro-industrielle et surtout pour mettre en avant une politique de remodelage du Moyen-Orient aventureuse et catastrophique au possible.
 
 

Prouesse de pilotes improvisés...

 
 
L’Amérique venait de se fabriquer un nouvel ennemi sur mesures
 
Le 11 septembre 2001, la « divine surprise » pour le pouvoir américain tiraillé entre les délires messianiques des évangélistes, les intérêts gourmands des contributeurs de campagne (pétroliers, industrie de l’armement) et les faucons de l’extrême droite, a permis de substituer efficacement un ennemi faiblissant par un autre. La fin de la guerre froide avait ôté au tout puissant Pentagone et à l’US Army une de ses raisons d’exister, amputant au passage les juteux budgets de la Défense consacrés à cette drôle de guerre sous-jacente contre l’Empire rouge. Les avions s’écrasant sur les tours jumelles ont servi de symboles éclatants pour assurer au monde que l’Amérique venait de se fabriquer un nouvel ennemi sur mesures, encore plus coriace, plus insaisissable et plus malin. Les tours attaquées, un vilain tour pouvait être joué par nombre d’idéologues sulfureux qui guettaient l’opportunité de s’affranchir des règles du jeu mondial.
 
Il faut en effet garder à l’esprit que la créature Ben Laden était un agent de la CIA mandaté pour encadrer les combattants arabes envoyés sur le front afghan, que les alliés du renégat Saoudien, les Taliban, sont une milice artificiellement montée et armée par les services secrets pakistanais et par la…CIA. Il ne faut pas non plus occulter le rôle des services secrets américains dans l’émergence d’un courant islamiste radical waabite. La CIA a longtemps choisi de fermer les yeux sur les largesses sonnantes et trébuchantes des autorités saoudiennes désireuses de faire fructifier cette doctrine religieuse proche du fanatisme tout en s’assurant d’une paix intérieure « achetée » à prix d’or.
 
Il faut se souvenir que l’étrange califat d’Afghanistan instauré par le Mollah Omar et Ben Laden était un foyer grouillant de combattants fanatisés et électrisés par la déroute de leur ennemi russe, des mercenaires désormais privés de cause mais pas de moyens ni d’ambition. En somme, une vraie bombe à retardement, un quasi état terroriste reconnu par…l’Arabie Saoudite et qui se voulait la figure de proue d’un Djihad international. Bref, tous les ingrédients étaient prêts pour exploser à la figure des apprenti-sorciers en éclaboussant le monde entier au passage. Le 11 septembre 2001 est bien une émanation des errements de la CIA, de la complaisance envers un régime saoudien au double-jeu et du conglomérat militaro-industriel qui tire les marrons du feu in fine, l’augmentation exponentielle du budget de la défense US ( plus de 757 milliards en 2005 !) irrigue bien des compagnies amies des néo-cons du Pentagone (lien Voltaire). La guerre au terrorisme fait des heureux, n’en doutons pas une seconde, raison pour laquelle elle a toutes les chances de perdurer le plus longtemps possible…
 
 

L'Empire du Bien disait-il...

 
La lutte contre le « terrorisme », ce couteau suisse idéologique qui permet toutes les combinaisons possibles
 
Cinq années plus tard, les conséquences douloureuses de ces « expérimentations » sauvages mêlant joyeusement activisme religieux, milice fanatique et officines secrètes sont évidentes. Les Musulmans ont remplacé au pied levé les méchants ours soviétiques dans l’imaginaire occidental, faisant office d’ennemi pratique surtout lorsqu’il s’agit de mener des guerres pétrolières (Irak, Afghanistan) au nom de la lutte contre le « terrorisme », ce couteau suisse idéologique qui permet toutes les combinaisons possibles et offre un champ infini à la propagande massive.
 
Les gouvernements occidentaux n’ont pas été longs à mettre en pratique une politique sécuritaire qui ne permet en aucune manière d’éviter les attentats mais qui sert allègrement pour un meilleur contrôle de sa propre population. Les libertés individuelles, la liberté de la presse et le respect de la vie privée ne sont plus que de lointains souvenirs et les choses ne devraient pas s’arranger puisque la doctrine du « choc des civilisations » répandue par le Pentagone, renforcent les formations de droite et d’extrême droite dans toute l’Europe en stigmatisant les communautés d’origine étrangère.
 
Loin de privilégier une approche plus juste des liens unissant le Sud et le Nord, les attentats du 11 septembre et la politique américaine ont creusé un fossé énorme entre les nations riches barricadées sur elles-mêmes et un Tiers-monde livré à lui-même, en proie à de profondes mutations et à des turbulences politiques. La campagne irakienne a sonné la fin du droit international, la guerre livrée par Israël au Liban il y a peu, en est la plus criante illustration. On a beau chercher de toutes parts un côté « positif » à cette mutation du monde, impossible de contrebalancer la liste des horreurs perpétrées au nom du 11 septembre, d’Abou Graïb à Guantanamo en passant par les charters pour l’enfer, l’horreur irakienne, l’écœurante situation des Palestiniens et le racisme rance envers tout individu musulman désigné comme terroriste potentiel.
 
 

La "plus grande démocratie du monde"...

 
La communauté européenne a également beaucoup perdu de sa crédibilité en affichant son suivisme et en collaborant avec le nouvel Empire
 
Voilà un bilan sommaire qui dit que le monde va plutôt mal comme le disent les éditorialistes sur tous les tons (lien). La situation palestinienne qui sert d’aimant attractif et d’argumentaire idéal pour les recruteurs terroristes, illustre le nouvel ordre mondial qui piétine les droits de l’homme, construit des murs de la honte et foule les droits les plus élémentaires d’un peuple (liens). Les seuls véritables bénéficiaires du chaos mondial restent les multinationales liées aux secteurs de l’énergie, de l’armement et de la sécurité. La guerre contre le terrorisme se privatise, le contre-terrorisme (escadrons de la mort, groupes « terroristes » bidons) envenime encore plus le Moyen Orient et l’Europe apparaît trop souvent comme un allié honteux et complaisant en cautionnant cette mascarade hégémonique des USA.
 
La communauté européenne a également beaucoup perdu de sa crédibilité en affichant son suivisme et en collaborant avec le nouvel Empire, faute d’une réalité politique, économique et idéologique affirmées. Les tours du WTC se sont finalement effondrées sur des pans entiers de notre « civilisation » éprise de liberté et d’ouverture, ensevelissant dans un même temps toute une catégorie de la population du monde (les musulmans) désignée comme bouc-émissaire idéal. Voilà le seul vrai « bénéfice » du 11 septembre 2001, diviser le monde en traçant de profondes lignes de fracture pour mieux le dominer, inventer un nouvel ennemi de manière à masquer la prédation colonisatrice, à s’affranchir du droit international tout en donnant satisfaction aux véritables « sponsors » de ce hold-up planétaire. La perte des deux tours a mis en scène la diagonale du fou, ce pion imprévisible, dévastateur mais diablement affamé.
 

 
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LES TÉNÈBRES DE GAZA — Gideon Levy (Haaretz - Questions Critiques)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung

Publié dans L'Empire du Bien

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