3 petites oranges amères

Publié le par cc jung in effect

Le suicide de trois détenus de Guantanamo suscite une vague d’indignation qui durera le temps…d’un souffle ou d’un match de foot même si cette péripétie funeste met en lumière toute l’horreur de ce goulag alimenté par tant de charters venus de pays…démocratiques. Les explications nauséeuses fournies par les tortionnaires pour tenter de minimiser cette vague de désespoir sont fumeuses et inacceptables et les zones d'ombre sont nombreuses. Au scandale réel de la situation, ils ajoutent l’abjection en niant même les motivations des suicidés.
 
Cela a sans doute été une vraie libération pour ces détenus. Les trois suicidés de Guantanamo, privés d’espoir, plongés dans un cauchemar sans fin où se mêle l’absurde et l’arbitraire, ont choisi de mettre fin tragiquement à la mascarade orange. Sans droits, sans défense, sans illusions, détenus dans des conditions inhumaines, ils n’ont vu comme autre porte de sortie du camps de la honte que la mort, la délivrance ultime. Deux des suicidés, des Saoudiens, étaient entrés adolescents ( ! ) à Guantanamo. Agés de 19 et 22 ans, ils ont pris une décision d’adulte en choisissant de se pendre. C'est la version que l'on imagine, la triste fin d’un cauchemar.
 
Loin d’être des cas isolés, ces tentatives de suicide sont fréquentes à Guantanamo du fait du caractère aberrant et cruel de la détention qui n’offre aucune perspective et surtout parce que les conditions d’emprisonnement ressemblent à s’y méprendre à de la torture mentale. Les rares détenus libérés, bien souvent de pauvres bougres pakistanais ou afghans enrôlés par Al Quaeda au gré des alliances tribales ou même d’innocentes victimes d’homonymies, sont revenus brisés, hébétés ou définitivement plongés dans une folie destructrice.
 

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Cette surveillance permanente rend d’autant plus étonnante cette vague de suicides
 
« Environ 10% des détenus souffrent de troubles mentaux graves, et beaucoup d'autres reçoivent un traitement par anti-dépresseurs, ce qui n'a pas empêché des dizaines de tentatives de suicide, reconnaît l'armée » (Lien). On imagine aisément que ce chiffre est minoré à souhait par la « communication militaire » et que les détenus qui parviennent à leur fin funeste sont peu nombreux du fait de la surveillance permanente. Cette surveillance de tous les instants rend d’autant plus étonnante cette vague de suicides qui n’est peut-être rien d’autre qu’une énième couverture mensongère pour masquer de possibles « accidents de travail » des tortionnaires. Qui sait ?
 
Ceux qui approchent la vérité sont sans doute les détenus qui connaissent personnellement les trois « suicidés ». « "J'exclus totalement qu'ils aient pu se suicider (...). C'est impossible", a déclaré Abdallah al-Shimmari, libéré de Guantanamo en novembre avec quatre autres Koweïtiens, ajoutant qu'il avait connu personnellement les deux Saoudiens pour avoir partagé le même quartier ». Même son de cloche pour un autre détenu libéré, Mohammad al-Dihani, qui affirme que " bien qu'ils aient été soumis à de sévères tortures physiques et psychologiques, ils n'avaient jamais pensé au suicide" (Lien). Comme le souligne la dépêche de l’AFP, il faut quand même rappeler que le suicide est banni par l'islam. Pour des intégristes religieux supposés, il y a comme qui dirait, un malaise…
 
Présentés à l’époque de l’ouverture du camps en janvier 2002 comme « des tueurs parmi les plus entraînés et les plus féroces de la planète" par le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld (Lien), les détenus sont en fait un ramassis de combattants paumés, du menu fretin, des dénoncés, des enfants de la guerre et des paysans. Bref, l’écume rageuse du 11 septembre. De la chair à torture que l’Empire a empilé là-bas pour l’exemple, pour qu’ils payent aux yeux embués de l’opinion publique mondiale. Un cirque tragique qui ne fait rire personne. Comment ne pas comprendre la désespérance de ces hommes ? Et pourtant, mauvaise foi oblige, notre Empire évangéliste a franchi le pas de l’ignominie en salissant même l’acte irréparable de ces trois malheureux, des hommes rappelons-le quand même…
 
 

De l'autre côté du miroir

 
La communication de l’Empire vient de nous pondre des « kamikazes contre eux-mêmes » 
 
Face à cet acte désespéré, les geôliers refusent de reconnaître l’évidence en se perdant dans une rhétorique abjecte parce qu’elle nie même le geste et sa terrible humanité. « Ils sont rusés, créatifs, résolus. Ils n'ont aucune considération pour la vie, que ce soit la nôtre ou la leur, et je crois qu'il ne s'agit pas d'un acte de désespoir, mais d'un acte de guerre » a cru bon de souligner le contre-amiral Harry Harris, commandant de la base navale américaine à Cuba (Lien). Toute la propagande faisandée est ici résumée en quelques phrases méprisantes. Loin d’être une fuite irrémédiable dans la mort, leur suicide est le fait d’une sournoiserie de plus et un acte de guerre (sic). On connaissait les « kamikazes malgré eux » des attentats de Londres (voir ressources du site »), la machine de la communication de l’Empire vient de nous pondre des « kamikazes contre eux-mêmes » ! Le Commandant prend bien soin de glisser au passage qu’ils n’ont pas de considération pour notre vie (sous-entendu nous, les « civilisés »), ces vilains terroristes. Le suicide des trois enragés est donc un péril en moins pour notre sécurité, alléluia !
 
Guantanamo et le symbole que cette base représente sont de terribles armes de contre-propagande finalement pour l’Empire. Loin d’effrayer de potentiels résistants à l’hégémonie de l’Empire ou des « terroristes » forcément d’Al Quaida, la base cubaine est le plus formidable produit d’appel pour tous les imprécateurs et autres propagandistes des mouvances islamistes radicales. Le spectacle de ces détenus en combinaison orange, enchaînés, bâillonnés, nourris de force et torturés depuis des années sans un droit de regard, est lamentable en terme d’image. L’Empire, tout à sa superbe, n’a que faire de telles considérations et le fameux « choc des civilisations » si ardemment souhaité est la meilleure des opérations commerciales de l’autre empire, le vrai, celui de l’ombre, celui du complexe militaro-industriel. Les affaires n’ont jamais été aussi bonnes figurez-vous. A qui profite le crime ?
 
Les dépenses en matière de défense que l’on imaginait flancher sérieusement à la chute du mur de Berlin, symbole de la fin de la Guerre froide, atteignent un niveau record selon le rapport annuel de l'Institut international de recherche pour la paix à Stockholm (Lien). L’industrie de la mort et de la terreur pèse désormais 118 milliards de dollars ! Al Quaeda a fait un véritable miracle économique, une divine surprise pour la machine de guerre et son industrie. Les USA, à eux seuls, ont dépensé plus de la moitié de cette somme, irriguant généreusement les arcanes affairées du Pentagone et le cercle des amis contributeurs de campagne comme on dit. Trois petites oranges amères à avaler pour les gloutons représentent finalement rien moins qu'un insignifiant amuse-gueule. Rien de plus.
 
 
 
 
Ressources du site :
 
 

 
 
Liens :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(Reuters)"Les forces de la coalition ont tué sept terroristes, blessé trois et arrêté un, lors d'une opération dans la zone de Baaqouba", où le chef d'Al-Qaïda en Irak, le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, a été tué dans une frappe aérienne le 7 juin, a précisé le communiqué. Il y avait de nombreuses femmes et enfants sur place et "après l'assaut, les forces de la coalition ont découvert deux enfants morts. Un enfant blessé a été évacué pour recevoir des soins médicaux". (…)
 
La guerre contre le terrorisme est "une diversion dangereuse (...) largement contre-productive" et le "risque d'attaques terroristes du style de New-York, Madrid ou Londres est accru et non diminué", selon le Oxford Research Group dans un rapport très critique publié lundi.
 
Se basant sur une étude de 18 mois, ce groupe de réflexion indépendant basé au sein de la prestigieuse université d'Oxford estime que la guerre contre le terrorisme "créé plus de supporteurs du terrorisme qu'elle n'en élimine" et vise plus à "maintenir un statu quo militaire qu'à prendre en compte les racines du problème". (…)
Et le rapport de citer le changement climatique, le surarmement planétaire ou la compétition accrue pour les ressources comme le pétrole, le gaz ou l'eau. Ces phénomènes sont de nature à entraîner des pertes en vies humaines d'une ampleur "inégalée par les autres menaces potentielles existantes, y compris par le terrorisme", insiste le rapport, sans cependant citer de chiffres.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung

Publié dans L'Empire du Bien

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