La mort de Ben Laden ou la fin d'une alliance ?

Publié le par cc jung in effect

On criait au scoop fantastique pour les journalistes de l’Est Républicain avant que la fièvre (typhoïde) ne retombe et que l’on comprenne que nous venions d’assister à un nouvel épisode réussi de la Guerre des mondes remasterisée par Dieu le fils, Bush. La mort de Ben Laden signifie en fait la décrépitude de l’Empire qui voit s’allumer un nouveau foyer de tensions en Afghanistan, un brasier qu’il est bien incapable d’éteindre. D’autant que ses alliés locaux commencent sérieusement à battre de l’aile…
 
Le scoop a fait pshiitttt ! Quelques heures à peine après l’invraisemblable scoop de l’Est Républicain ( !!!!) sur la mort éventuelle de Ben Laden, quelques indices troublants venaient amoindrir l’effet d’annonce qui a pourtant eu un écho planétaire. Comme à chaque fois qu’il s’agit d’Al Quaeda, de son leader quelque peu défraîchi et des USA, il est préférable de consulter l’agenda politique de l’Empire pour y voir plus clair dans ce jeu de dupes permanent. Bingo ! Le Président Bush doit présider dans quelques heures, un sommet réunissant ses homologues pakistanais et afghan sur le terrorisme et portant sur la coopération entre ces trois pays. Il se trouve que Ben Laden a choisi de mourir au bon moment pour tirer de l’embarras ce drôle de trio (lien Figaro). On savait que le leader d’Al Quaeda était le plus formidable directeur de la communication que la Maison Blanche a recruté mais on n’imaginait pas que son dévouement irait jusqu’à ce point…
 
La rumeur persistante de la mort du chef d’Al Quaeda relayée par un quotidien français (l’Est Républicain) puis par le Times, tombe à pic pour ne pas plomber ce sommet consacré à la lutte anti-terroriste si utile à l’Empire du Bien et à ses contributeurs privés. Il faut dire que les partenaires de l’évangéliste militaro-industriel n’en mènent pas large en ce moment, confrontés chacun à la dure réalité d’un monde un peu plus complexe que les deux lignes d’une grille de lecture de l’Empire avec son gentil et vertueux chevalier et son double satanique. Tenez, le président afghan Hamid Karzaï, sa légitimité est de plus en plus contestée en dépit des millions de dollars qu’il distribue aux chefs de guerre locaux pour refroidir leurs velléités de changement.
 
L’ancien « conseiller » de la compagnie pétrolière américaine Unocal, celui-là même que le Commandant Massoud avait jeté aux oubliettes en raison d’un fort soupçon d’espionnage au profit du Pakistan (allié principal des USA dans la région), est sur la sellette. Non seulement ce président fantôme vit retranché dans les bases américaines de Kaboul mais il n’est plus en mesure d’assurer un semblant de sécurité à quelques kilomètres de la capitale transformée en bunker assiégé. Il faut dire que son impopularité atteint des sommets tandis que la corruption généralisée de son gouvernement hétéroclite scandalise une population aux abois. Ce fort ressentiment de la population afghane à l’encontre d’un président réélu à l’issue d’une élection grossièrement truquée (lien Voltaire), explique sans doute la montée en puissance des Talibans en Afghanistan. La Maison Blanche annonçait un peu partout que le pays de feu Commandant Massoud se dirigeait fièrement vers un renouveau empreint de démocratie et de belles promesses d’avenir. Le fracas des bombes et des balles apportent un cinglant démenti à la propagande massive de l’empire du Bien.
 
 

 
A la tête d’un « narco-état » qu’il ne contrôle plus et qui sombre à nouveau dans un déluge de violence
 
Déchiré par des décennies de guerres civiles, une occupation soviétique puis la campagne militaire post -11 septembre, l’Afghanistan espérait effectivement tourner la page d’un douloureux passé. Tout comme l’Irak, la « conversion forcée » à la démocratie (élections truquées, gouvernement de pacotille, corruption, prévarication et paupérisation) se passe plutôt mal. A nouveau en guerre puisque les combattants locaux ont décidé de croiser sérieusement le fer avec la Coalition (USA, Canada, France entre autres), le pays vient néanmoins d’afficher sa bonne santé en matière…de production d’héroïne en explosant le plafond habituel des récoltes annuelles. Les attentats se multiplient, les combats s’avèrent acharnés comme en témoigne le solennel appel de l’OTAN pour l’envoi de renforts consistants et Hamid Karzaï s’enrichit prodigieusement en ponctionnant sa part sur le commerce de la poudre empoisonnée. Lui qui devait remettre le pays sur pieds pour en faire un exemple utile à l’Empire, le voilà à la tête d’un « narco-état » qu’il ne contrôle plus et qui sombre à nouveau dans un déluge de violence. Pour du changement, cela a été du changement…
 
L’autre invité au grand raout de l’Empire du Bien, le président général pakistanais Pervez Musharraf marche également sur des œufs piégés en ce moment. Les fameux Talibans qui font le coup de feu de l’autre côté de la frontière, en Afghanistan, sont une émanation de ses services secrets. De la même manière qu’Al Quaeda est une triste créature dévoyée de la CIA, les milices sont une pure invention du fameux « Inter-Services Intelligence » pakistanais. Le nœud du problème justement, c’est que ces étudiants un peu spéciaux pratiquent le djihad contre les troupes de l’Empire et contre Hamid Karzaï qu’ils veulent chasser du pouvoir en Afghanistan. Ces mêmes écoliers de la foi (la vraie traduction de Taliban) abritent en plus, les rescapés d’Al Quaida et on les soupçonne fortement d’héberger gracieusement un certain Ben Laden… Oussama B L, celui qui file au nez et à la barbe de tous ces vaillants alliés de l’Empire empêtrés dans des stratégies de survie, de profit et d’équilibres impossibles.
 
 

 
L’annonce de la mort de Ben Laden ressemble à s’y méprendre à une diversion journalistique
 
Mis sous pression par son allié américain, le Général président a bien tenté de faire rentrer dans le rang ces supplétifs particuliers de son armée toute-puissante qui contrôlent les régions frontalières entre les deux pays avant de tourner casaque. Contesté pour son alliance jugée contre-nature avec l’Oncle Sam, le président pakistanais ne pouvait pas se permettre très longtemps de se mettre à dos une partie de son armée proche des Talibans et surtout l’Inter-Services Intelligence pakistanais qui régule ces va-et vient qui impliquent appartenance ethnique, islamisme et proximité idéologique. Il vient de prendre un recul stratégique notable en concluant une… trêve avec les Talibans et Al Quaeda tout en concédant à son opinion publique qu’il avait été obligé de collaborer avec l’évangéliste sous peine de manne céleste déversée par les B 52 (lien AFP).
 
A force de zoner dans le sillage des célestes de l’Empire du Bien, Pervez Musharraf a compris qu’il pouvait perdre bien plus que des plumes et que les retombées pouvaient s’avérer redoutables localement. Bref, l’Empire et ses alliés régionaux sentent fortement le roussi et le bûcher des vanités est en train de consumer des assemblages plutôt difformes. L’annonce de la mort de Ben Laden ressemble à s’y méprendre à une diversion journalistique pour regarder ailleurs que dans ces coulisses peu reluisantes de l’Empire et ses vassaux vaseux réunis en conclave pour bavasser sur leurs échecs respectifs.
 
Le plus étonnant dans cette nouvelle manipulation reste la mise en route de ce plan de communication qui a démarré sur le bureau d’un journaliste de…l’Est Républicain, en France. On se doute que cette note ultra-confidentielle émise par la DGSE et inspirée par les services saoudiens sent l’intoxication à mille lieux à la ronde et que la « fuite » d’un tel document est de nature à embarrasser, in fine, les services impliqués (DGSE). Une fuite qui sert les intérêts américains et qui embarrasse le ministre de la Défense, Mme Michelle Alliot-Marie, responsable de ces services ? Cette même candidate de l’UMP qui semble refuser l’inéluctabilité de la candidature du charismatique meilleur petit copain de Bush aux présidentielles ? Cette même Alliot-Marie qui a été citée dans l’affaire Clearstream pour avoir eu en mains des pièces mettant en cause Nicolas l’américain sans freiner apparemment le dérapage ? On a beau chercher, on ne voit toujours pas d’où la première salve a pu provenir…
 

 

 

 

 
Liens :
 
 
 
 
 
 
 
«  (…)À deux jours d'une rencontre cruciale, à Washington, entre George W. Bush, le général-président pakistanais Pervez Musharraf et le président afghan Hamid Karzaï, la question est d'importance. Dans ce contexte, les fuites de la DGSE tombent à pic. Tellement à pic qu'elles pourraient être «cousues de fil blanc». Comme l'a fait remarquer le président russe Vladimir Poutine, qui s'y connaît en services secrets, lorsqu'il y a des fuites de ce genre, elles sont souvent organisées. (…) »
 
 
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Une pluie d'été à la mode libanaise...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung

Publié dans Omegactualité

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