Le bruit et l'odeur de la campagne (6)

Publié le par cc jung in effect

La campagne bat son plein et nous réserve son lot de surprises et de révélations. Au plus fort de la bataille, les masques glissent et le vrai visage des candidats apparaît subrepticement. Confronté à la montée de Bayrou, Nicolas Sarkozy dans un mouvement de balancier qui donne le tournis, a mis la barre à droite toute et chasse effrontément sur les terres fangeuses du Front national. Le candidat du MEDEF et l’as des promesses non tenues traverse une passe difficile en dépit des innombrables bidouillages et escamotages que sa majorité exécute dans l’ombre. Celui qui promet une « démocratie irréprochable » illustre à sa manière son credo… Petit tour dans les coulisses de la campagne.
 
 
Cette chronique consacrée à la campagne électorale n’a jamais aussi bien porté son nom puisque les circonvolutions de notre candidat préféré l’ont conduit là où l’on attendait : dans le purin électoraliste aux effluves frontistes. Oubliées les belles envolées lyriques qui ont fait retourner dans leurs tombes Blum et Jaurès, effacé le petit noir partagé avec les employés maghrébins de Rungis, disparu le tribun affable et molletonné, le Raminagrobis à col roulé ronronnant sur les plateaux de télévision amis, exit le candidat de la « rupture » puis de la « rupture tranquille » qui vibrionnait le 14 janvier dernier lors de son investiture, tout à son image frelatée de rassembleur… Le transformiste a ressorti des placards la bonne vieille tenue mitée à l’odeur rance et aux grosses tâches brunes, sa panoplie d’extrémiste et de populiste qui lui va si bien, lui le digne « héritier » de Charles de Gaulle qu’il vient d’honorer pompeusement au pied de la croix de Lorraine à Courseulles, en Normandie. Pauvre Charles, en voilà un autre qui doit être transformé en centrifugeuse et même en accélérateur de particules tant sa mémoire est bafouée et salie tout comme celle de tous ses bataillons colorés qui sont venus délivrer la France de cette même horreur idéologique, l’extrême droite que les Nazis personnifièrent si affreusement.
 
Et l’on se remémore alors tous ces épisodes que l’imposteur a tenté d’occulter à coup de slogans ridicules et multiples, les conversions de façade et une profusion de symboles… Les émeutes de banlieues, les innombrables dérapages verbaux (voir ressources du site), les clichés nauséabonds sur les musulmans égorgeurs et exciseurs, les dealers barbus et polygames des cités en flammes, les adolescents cambrioleurs électrocutés, le communautarisme outrancier, les saillies connotées, les truquages de statistiques sur la sécurité, les bavures, la préface du fasciste Gianfranco Fini à l’édition italienne de son livre « témoignage », les soutiens appuyés des propagandistes du « choc des civilisations » (l’autre nom du racisme anti-arabe), les discours âcres des Vanneste, Raoult, Grosdidier et Sevran jamais répudiés, la mise en application d’une quinzaine de points du programme du FN, la fascination exercée par le dément Bush et ses diatribes sulfureuses proférées à Toulon à Perpignan puis à Marseille (lien Figaro)…
 
Voila que le taquin et faquin, amer comme de la quinine, nous annonce un remède de cheval pour sauver le pays en péril : un ministère de « l’immigration et de l’identité nationale » qui sent bon l’amalgame et le clin d’œil borgne pour ne pas dire plus tant les parallèles historiques fâcheux se bousculent comme l’a souligné Marie George Buffet (lien le Monde). Pour le Figaro et le Monde, l’explication de cette énième rebuffade de la girouette est toute trouvée : c’est à cause de Bayrou et de sa spectaculaire remontée dans les sondages (liens). Rien d’autre, juste un revirement tactique et une manœuvre habile voyez-vous…
 
 

La France d'après...

 
 
Que serions-nous sans Nicolas S, on se le demande…
 
 
 
Tout s’explique donc encore et toujours comme si les mots et les actes n’avaient aucun sens une fois passés au tamis des considérations politiciennes. Le ministre de l’intérieur a mis le pays sous coupe réglée avec du sécuritaire à tous les étages ? C’est pour mieux contrer le leader extrémiste bien sûr en lui chipant ses « bonnes idées » d’ordre nouveau ! Si la tête de gondole du gouvernement, le champion des champions de l’UMP banalise les thématiques de l’extrême droite, c’est pour ne pas laisser le champ libre aux partis extrémistes bien évidemment ! Si Nicolas Sarkozy va encore plus loin que le décati Le Pen dans ses dérapages, c’est pour combattre ce Front National sur ses terres, voilà l’explication. Nous avons même affaire à un démocrate qui se démène comme un forcené pour que le parti de l’extrême droite obtienne les précieuses signatures, le sésame pour la joute électorale. Que serions-nous sans Nicolas S, on se le demande…C’est d’ailleurs sa ligne de défense actuelle après le tollé suscité par ses algarades fétides que reprennent fidèlement les deux quotidiens.
 
Les médias étrangers qui couvrent la campagne électorale, sont beaucoup moins complaisants et les journalistes disent souvent leur stupéfaction de voir un candidat au bilan calamiteux parler de « rupture » et de « changement » après avoir été aux manettes pendant toutes ces années avec une majorité absolue. Ils s’étonnent ouvertement de cette schizophrénie galopante du ministre - candidat et chef de parti qui n’assume pas ses années de gouvernance, critique un gouvernement dont il est la figure la plus emblématique tout en s’érigeant en meilleur défenseur des classes populaires et du Medef… « Sarkozy représente l’extrême synthèse et accumule les oxymores dus à son ambition débordante et débordée: bonapartisme libéral, gaullisme atlantiste, communautarisme républicain, libéralisme combiné à l’interventionnisme de l’Etat (Alstom et Airbus). " Sarkozy navigue donc avec "habileté dans l’océan des contradictions". Il est de ceux qui cultivent une apparence de franchise etde sincérité » juge ainsi le quotidien espagnol, El Pais (lien de la revue de presse de l’Express). Ce partisan de la doctrine binaire et biaisée du « choc des civilisations » qui se prétend catalyseur des espérances nourries par le scrutin à venir, suscite également un vif débat dans la communauté juive dont il se veut le plus ardent défenseur (lien Nouvel Obs). Son communautarisme intéressé et ses accointances notoires avec les « faucons » nous promettent bien des surprises, n’en doutons point…
 
En attendant le triomphe final, celui qui a hérité d’un super ministère aux pouvoirs inégalés (intérieur, aménagement du territoire, culte), continue de verrouiller la machine étatique puisqu’il vient d’obtenir la nomination du juge Courroye (lien) dans son bastion, contre l’avis du CSM (syndicat de la magistrature). Voilà un nouveau pion bien utile au moment précis où la justice pourrait s’intéresser de plus près aux troublantes révélations du Canard enchaîné sur les liens entre un promoteur immobilier as de la ristourne et des marchés publics remportés haut la main par le même généreux entrepreneur à Neuilly . Les électeurs attendent toujours des éclaircissements sur cette curieuse anomalie immobilière tout comme on espère toujours la déclaration du patrimoine du candidat depuis de longues semaines (lien Le Monde). Dans la série des bidouillages et des verrouillages claniques, signalons également la nomination de Patrick Ollier au Perchoir de l’Assemblée nationale à titre de cadeau de compensation sans doute pour MAM, la vaillante combattante qui s’est effacée comme prévu lors des vraies-fausses primaires de l’UMP (lien Nouvel Observateur).
 
Pas sûr pourtant que le système de copinage porte ses fruits puisque les sondages commencent à piquer du nez pour l’Empereur à talonnettes. Sa danse du ventre permanente finit par donner le vertige à un électorat déboussolé (lien Le Monde sur les sondages). Il attendait que Jacques Chirac l’adoube comme si de rien n’était, en dépit de ses multiples trahisons et autre parricide mais le vieux singe sait toujours faire la grimace. Le testament politique déclamé solennellement à la télévision par le Président dimanche, a été un modèle d’ambiguïté et de décryptage à double détente quoi qu’en dise celui qui est resté sur sa faim (lien Libération). Il se dit « touché » là où l’on pourrait dire « coulé » tellement le portait de son successeur dressé par Chirac ressemble à une antithèse du bateleur et bonimenteur populiste.
 
 

Le candidat de la rupture, de la rupture tranquille, de la France d'après, du tout est possible, du....

On est prié d’y croire et on applaudit le démagogue
 
 
 
Un bonheur n’arrivant jamais seul, Yvon Colonna se rappelle au bon souvenir de celui qui a bafoué la présomption d’innocence (lien Le Monde) tandis que les méthodes de sa très chère Police sont à nouveau montrées du doigt (liens). Tabassage des militants qui luttent pour offrir un semblant de dignité aux SDF, plaintes pour brutalités policières en hausse spectaculaire, abus manifeste de l’utilisation des prélèvements ADN, rafles généralisées des sans-papiers et de leurs progénitures pour faire du chiffre et complaire à l’électorat frontiste, humiliations inadmissibles de parents de délinquants, agent assermenté poursuivi pour des violences racistes, voilà qui dit mieux que tout le formidable résultat du tout sécuritaire. La commission chargée d’évaluer la méthode « Sarkozy » devrait d’ailleurs bientôt disparaître puisqu’elle s’avère incapable de dresser des louanges tant le bilan est mauvais… Tout ceci n’empêche pas le culotté qui mérite une déculottée de publier une belle profession de foi pour présenter ses « engagements » pour une « démocratie irréprochable » (lien Le Monde). On est prié d’y croire et on applaudit le démagogue qui ne recule devant rien.
 
Et pour finir ? Décidemment fâché avec les chiffres qui disent la froide réalité, le gouvernement a osé le coup de la panne de l’INSEE juste avant les élections. Il n’y a pas d’imposture à couvrir, non, non… Voilà déjà les prémices de la fameuse démocratie irréprochable que le gouvernement UMP nous promet depuis près de cinq années au moins. Un mot sur Raymond Barre pour dire que l’homme politique considéré comme un « sage » a complètement dérapé en prenant la défense de Papon, en revisitant le fameux thème du lobby juif tout en gratifiant de compliments le numéro deux du Front National, Bruno Gollnisch (lien Le Monde). Cela fait beaucoup pour un ancien premier ministre respecté et trop pour une figure politique qui mérite qu’on l’oublie définitivement.  
 

 
 

 

 

 
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« (…) pour Reporters sans frontières, « cette loi introduit une distinction dangereuse entre les journalistes professionnels, autorisés à diffuser des images de violences, et les simples citoyens, qui risquent la prison pour les mêmes faits ». Cette association, qui défend la liberté de la presse, estime qu'« il est particulièrement regrettable que ce texte instaure une interdiction de faire circuler sur Internet les images d'éventuelles exactions commises par les forces de l'ordre ». Et les détracteurs de la loi Sarkozy de citer le cas de Rodney King, ce Noir américain dont le passage à tabac par la police avait été filmé par un habitant de Los Angeles, le 3 mars 1991. Le scandale, à les entendre, n'aurait pu être dénoncé avec un texte réprimant ce type de vidéo « citoyenne » (…) »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
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