Le quart d'heure américain ou presque de Nicolas S

Publié le par cc jung in effect

Il y a des concomitances étonnantes dans l’actualité. A peine Nicolas Sarkozy avait goûté l’immense privilège d’être reçu par le céleste Empereur en personne que les experts en terrorisme sur bandes vidéos toujours authentifiées, assuraient qu’Al Quaïda nous désignait désormais comme cible favorite en même temps qu’Israël, que les pays du Golfe et bien sûr les USA. Un avertissement qui tombe à pic pour nous faire basculer avant l’heure et un peu contre notre gré, dans le bienheureux camp de l’Empire du Bien. Une situation qui est loin de déplaire au meilleur ami français de Bush qui a savouré son périple américain, montre en main et des étoiles plein les yeux…
 
Pour parodier une publicité célèbre, on pourrait dire qu’il n’a rien d’un grand. Il ne s’agit pas ici de s’attaquer au physique ingrat du bonhomme en question, notre histoire de France regorge de petits formats plutôt doués et d’un caractère bien trempé comme Napoléon. Non, il s’agit ici de prestance, de hauteur, de classe, de ce je ne sais quoi qui fait des uns de pâles figures politiques et des autres des évidences de stature nationale. Il ne suffit heureusement pas de quelques milliers de braillards exécutant hystériquement un ballet bien réglé pour transformer un culte de la personnalité naissant en une…personnalité justement.
 
L’épisode grotesque et loufoque de Johnny et Doc Gyneco (magnifique comité de soutien populaire) n’était finalement qu’un prélude à la grande parade d’autosuffisance de Nicolas Sarkozy, candidat de l’UMP. On avait eu droit déjà auparavant à un drôle de focus médiatique, celui de Cécilia sous les tropiques, une mise en scène sans doute puisée dans les brillants chapitres d’un Nous-Deux défraîchi. Mais, le point d’orgue de cette campagne de communication remarquable était sans doute aux yeux du staff de Nicolas, cette triomphale tournée aux USA relayée complaisamment comme toujours par l’ensemble des média français, aussi soumis que partisans éhontés comme le fustige justement François Bayrou. De quoi imposer une fois pour toutes l’image d’un candidat internationalement adoubé par ses pairs. Un article du Figaro, sans doute conçu par un rédacteur un poil facétieux ou trop zélé (lien), nous raconte le quart d’heure américain du plus atlantiste de nos candidats à la magistrature suprême et cela vaut en effet le déplacement…
 
Intitulé « Nicolas Sarkozy revendique son succès américain », on notera la prudente et distanciée appréciation, l’article en question relate l’ébahissement quasiment puéril du petit dernier reçu par son modèle revendiqué, George Bush. Enfin, le petit Nicolas fraye avec les grands de ce monde, avec le boss himself tenez-vous bien ! Pour comprendre le charabia texan de l’Empereur Inculte 1er, notre ministre de l’intérieur a travaillé durement son anglais tout l’été, précisant aux journalistes amis présents (il y a une répétition dans cette proposition, laquelle ?) qu’il n’a « presque » pas eu besoin d’interprète. La belle affaire, entre gens biens, on finit toujours pas se comprendre.
 
 

Entre 35 et 40 minutes d'entretien avec Dieu en personne, soit...l'extase !

 
« Entre 35 et 40 minutes, plus proche de 40 que de 35 »
 
Cette entrevue était « prévue », non pas « inopinée » même si l’article nous glisse malicieusement que notre cher chérubin a été quasiment « convoqué » la semaine dernière par le démagogue en chef. Pour ceux qui en douteraient, notre candidat émoustillé a tenu à préciser : « Je ne suis pas sûr que le président Bush reçoive tous les ministres, en demandant de surcroît à l'ambassadeur d'être présent ». Ainsi donc notre cher as du Karsher a bénéficié d’un traitement de faveur digne de son rang futur avec, non pas en prime les chocolats de l’ambassadeur mais l’ambassadeur lui-même qui a payé de sa personne pour admirer le chef-œuvre français en chair et en os plutôt court sur pattes. Le porte-parole de Stephen Hadley, conseiller national à la Sécurité, a indiqué que l’entretien avait duré environ 25 minutes, ce qui fait court quand on imagine toutes les étapes obligées du protocole diplomatique mais le nettoyeur de poche de la France avait branché son chronomètre fébrilement. Résultat de cette course frénétique au prestige international : « entre 35 et 40 minutes, plus proche de 40 que de 35 » a insisté lourdement l’élu préféré des Français. Quelques minutes de gloire minutée grappillées dans les couloirs, pathétique butin d’un lutin en mal de reconnaissance.
 
«Il «assume» son «amitié» et son «admiration pour le peuple américain», mais en contrepartie, il ne voit «pas beaucoup d'hommes politiques qui viennent aux Etats-Unis pour leur dire «saisissez-vous de l'environnement, occupez-vous de la planète»» précise encore l’article sans que l’on comprenne réellement l’articulation logique de l’argumentaire de Sarkozy. Il ne faut pas trop en vouloir à notre candidat adoré, il venait d’être reçu par Dieu le père personnifié par Bush fils évangéliste, c’est dire son degré d’extase mystique d’alors et la confusion empourprée qui devait régner dans la tête étoilée de notre ministre toujours à la hauteur. Après un vieux rocker et un jeune rappeur, voilà l’Empereur servant de tête de gondole au vaisseau amiral du candidat de l’UMP.
 
Il estime donc logiquement avoir réussi son entrée dans la cour des grands mais les quelques détails en apparence insignifiants fournis par l’article nous dépeigne un homme politique éperdu de reconnaissance, suffisant, chipotant les miettes de gloire pour alimenter son égocentrisme et gaver sa formidable machine de communication. Loin de susciter l’empathie ou l’admiration, sa conduite en dit long sur les méandres de son égocentrisme un peu étriqué, sur la fascination qu’exercent les cercles du pouvoir et de la puissance, sur son admiration béate de l’Amérique même lorsqu’elle est personnifiée par sa pire excroissance monstrueuse, George Bush. La France d’après se bâtira sur le merveilleux modèle de l’Amérique de Bush. Douce perspective…
 
Loin de négliger ce futur pion docile sur l’échiquier européen, les Néo-cons de l’administration Bush misent bien au contraire sur l’énergie racoleuse et populiste du petit dernier et sur un système politique français à bout de souffle pour remporter le gros lot. Tous les moyens seront donc mis en œuvre pour lui venir en aide. Au moment où le périple américain de Nicolas s’achevait, Al Quaida désignait la France comme cible privilégiée (lien). Avant d’avoir une vision commune dans quelques mois si tout va bien, nous avons déjà un ennemi commun bien commode pour préparer des élections et « recentrer » les débats sur le très porteur sujet de la sécurité et du terrorisme pour le candidat de droite. Un timing parfait. Voilà une divine opportunité.
 

 
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La "perle des lagunes", Abidjan, transformée en dépotoir toxique, tout un symbole du pouvoir en place, le même qui n'a pas hésité à assassiner un journaliste français trop curieux, Kieffer, et à bombarder des militaires français à Bouaké. Le silence des autorités de l'Hexagone et sa complaisance envers ce pouvoir voyou est édifiant sur la méthodologie scabreuse de la Françafrique, trop impliquée dans ces dérives multiples pour les dénoncer. La République bananière est de quel côté de l'océan finalement ? Jeu de miroirs...
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung

Publié dans Omegactualité

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