Nicolas S rompt... avec la rupture

Publié le par cc jung in effect

La fin de semaine a été marquée par l’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy pour les Présidentielles, à la stupéfaction générale il faut le dire. Nanti d’un slogan à toute épreuve, le brillant animateur de France 2 qui avait entre autres pour invités Arlette Chabot et Alain Duhamel, a convaincu son auditoire médusé. En trois heures de gala, l’as du Kärsher et le digne héritier de Charles Pasqua s’est littéralement transformé en prince charmant volant au secours d’une France décatie et désespérée qu’il gouverne pourtant avec ses amis. Mieux, le Père fouettard est désormais un lointain souvenir, il a laissé la place au Père Nicolas qui n’est autre…que le Père Noël. Un vrai conte de fées en somme.
 
Il nous avait promis des surprises et nous avons eu rien…de surprenant. Ainsi donc Nicolas Sarkozy, le président de l’UMP et le chef d’état bis si l’on en juge par son rayon d’action politique, vient de mettre fin à un suspens véritablement insoutenable concernant sa candidature. Il sera donc candidat, ce qui constitue une fracassante révélation en soi. Cette annonce qui a stupéfait le pays tout entier, arrive au moment même où plus personne n’y croyait vraiment et surtout, au moment où Ségolène Royal jouit d’un véritable état de grâce médiatique. Sans doute aiguillonné par son entourage qui se faisait pressant, le sémillant futur empereur s’est donc empressé de faire acte de candidature en précipitant un peu son calendrier stratégique. La vraie surprise ne réside par dans la formidable offensive médiatique mise en branle via la PQR (Presse quotidienne régionale) mais dans le puissant slogan pondu par les ardentes agences de communications pour illustrer le raz-de-marée à venir.
 
 
Nicolas Sarkozy représente donc la « rupture tranquille » (lien AFP)… Outre la filiation directe avec le slogan mitterrandien (« la force tranquille ») qui ne manque pas de culot, on notera l’absurdité manifeste du concept. Une rupture tranquille ? L’idée même de rupture est antinomique avec la tranquillité et la sérénité pour des raisons évidentes de logique. Que dit le dictionnaire à propos de la rupture ? « RUPTURE. n. f. Action par laquelle une chose est rompue; État d'une chose rompue. La rupture d'une épée, d'un cachet. En termes de Médecine, il désigne un déchirement survenant dans un organe ou dans une membrane. La rupture d'une veine, d'une artère, d'un tendon. Une rupture d'anévrisme. Il se dit figurément de la Division qui se produit entre des personnes qui étaient unies par traité, par amitié, etc. Rupture complète. Rupture ouverte, manifeste, déclarée.(…). Il se dit aussi figurément de l'Annulation des traités et des actes publics ou particuliers. Depuis la rupture de la paix. Depuis la rupture de leur société. Rupture d'un mariage (…) » (lien dictionnaire en ligne).
 
 
A la lecture de ces définitions et des exemples qui les illustrent, on conviendra que l’idée de rupture n’a rien d’un long fleuve tranquille mais qu’elle dépeint néanmoins assez bien le personnage en question. « Il se dit figurément de la division qui se produit entre des personnes qui étaient unies par traité, par amitié, etc » ressemble en effet à s’y méprendre au parcours politique de notre champion de la déloyauté. Ce slogan à l’encéphalogramme plat et au niveau de créativité proche du néant ressemble à un patchwork mal ficelé pour raccommoder les innombrables contradictions que colporte le candidat. Il voulait incarner la « rupture » pour mieux se démarquer de l’héritage chiraquien et du RPR et surtout pour ne pas cautionner le médiocre exercice d’un gouvernement dont il est un des plus illustres représentants. Voilà déjà une posture schizophrénique intéressante et une manière de ne pas assumer le calamiteux bilan de son gouvernement investi d’un pouvoir sans précédent.
 

Les réseaux...

L’électeur indécis qui n’a pas encore succombé à la massive propagande médiatique
 
Mais, à force de vouloir représenter à tout prix la rupture en attaquant de front les agissements de son propre camp politique, à force de dérapages idéologiques et verbaux (pillage du programme du FN, politique ultra sécuritaire, Kärsher and Co), notre bonhomme a fini par brouiller définitivement les pistes et par susciter des inquiétudes légitimes dans ses propres rangs. Le père fouettard qui agite le tonfa, brandit le nettoyeur haute-pression et qui s’inspire ouvertement de la prose de l’extrême droite, pourrait rebuter l’électeur indécis qui n’a pas encore succombé à la massive propagande médiatique. D’ou le patch de sécurité sémantique de la tranquillité. La rupture tranquille ne veut bien évidemment rien dire en soi et le slogan ressemble à un copier-coller idéologique bricolé, bancal et vide de sens, ce qui illustre également assez bien le personnage.
 
 
Une « rupture tranquille » ? On pourrait imaginer de pareilles articulations sémiologiques comme la déflagration silencieuse, le changement immobile, l’évolution figée, la douceur violente, la force de la faiblesse, la rigueur laxiste, la frénétique passivité, la croissance négative, la fracture sereine, la dureté souple pour inspirer notre champion de poche. Un candidat niché bien au chaud au ministère de l’intérieur pour baliser le terrain et préparer les échéances électorales mais qui néglige visiblement les fondamentaux (lien Libération), ce qui explique la grogne des uniformes bleus quantifiable lors des récentes élections syndicales. Soit dit en passant, l’Unsa Police vient de demander officiellement la réintégration d’une journaliste de l’AFP épinglée pour avoir fait son travail lors du happening des Mureaux (lien Nouvel Observateur)… On applaudit le geste républicain.
 
 
Ce déboulé de la communication de l’équipe de Nicolas Sarkozy donne surtout une bonne indication de la menace incarnée par Ségolène Royal et de la panique consécutive à son plébiscite récent. Sans vouloir dire des âneries, on peut néanmoins souligner que le Figaro a été bien sûr bluffé par sa prestation télévisée (3 h d’antenne ouverte !). « En plaçant ce moment décisif, où tout se cristallise, sous le signe de la « tranquillité », il signifie qu'il est décidé à prendre la mesure, et le chemin, de l'indispensable métamorphose. » (lien Figaro). Voilà le vilain crapaud soudainement métamorphosé en prince charmant moelleux comme du pain chaud, gouleyant comme un vin frais et confortable comme une étoffe épaisse. C’est le changement dans la continuité pour notre derviche-tourneur qui n’en est pas à une cabriole près. Un numéro digne du cirque de Pékin qui en a mis plein les yeux aux électeurs que nous sommes puisque le pyromane en chef est jugé…rassurant par une majorité de Français selon le Figaro toujours (lien). Il y a un an à peine que notre vilain garnement a mis le feu à tout le pays en jouant avec des allumettes mais le petit dernier a bien changé nous assure-t-on et il est grand temps de lui confier également le bidon d’essence qui va avec la panoplie. Belle insouciance, belle espérance et joyeuse perspective que voilà qui a convaincu Christine Boutin (lien Libération).
 
 

La toile...

 
 
Le lobby vinicole est en train de pousser le bouchon un peu loin
 
 
Pas sûr quand même que le candidat populiste se soit complètement transfiguré en un patelin candidat puisque le frénétique n’a pas tardé à refaire surface une fois les portes du studio franchies. Le voilà qui promet de baisser la TVA pour les restaurateurs (lien) et qui défend gaillardement les enseignants traînés dans la boue de l’opprobre par…Ségolène Royal et injustement traités par l’Etat dont il est l’une des figures de proue (lien le Monde). Au rythme d’une promesse électorale par jour et par catégorie sociale d’électeurs, notre bonimenteur de première démarre sur les chapeaux de roue. Un véritable moulin à prières tibétain finalement qui ânonne en continu des serments qui n’engagent que les crédules, on connaît la cynique formule…
 
 
A part cela ? Ségolène Royal découvre les joies et les pièges de la diplomatie internationale ou l’art d’arrondir les angles et d’évider le discours de la moindre parcelle de sincérité pour contenter tout le monde (lien Le Monde). Il y a également une bonne nouvelle qu’il faut citer tant la denrée est rare, c’est la baisse significative des actes d’antisémitisme et de racisme même si l’on a du mal à comprendre le distinguo fait entre les deux délits tant ils dénotent d’une même et rance tournure d’esprit (lien Le Monde). Autre actualité parallèle au démarrage de la campagne électorale, le lobby vinicole est en train de pousser le bouchon un peu loin en demandant que les bienfaits de la grappe soient profondément enracinés dans les esprits de nos bambins empourprés (Lien Le Monde). Le litron de rouge vanté dès la primaire, voilà de quoi redonner des couleurs à la mère patrie du vin.
 
 
Quoi d’autre encore ? Les chiffres du chômage restent stables, c’est dire les limites du bidouillage statistique face à une évidence difficilement occultée sur du long terme (liens), Guantanamo qui prospère (le Monde), l’Irak qui se désespère avec une augmentation de 43% du nombre de civils tués par rapport au mois d'octobre (lien AFP) et une actualité impériale toujours aussi imaginative (liens). Des abeilles renifleuses d’explosifs à la mise sur écoute de l’Europe par " l’allié " américain en passant par les mercenaires qui sévissent en Mésopotamie (lien Mondialisation) et les péripéties d’Israël (liens), l’Empire poursuit son intrépide odyssée vers le chaos constructif.
 
 

 
Liens :
 
 
 
 
Définition de la Rupture (dictionnaire en ligne)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
70 000 mercenaires du Pentagone tuent les irakiens ? (Mondialisation - par Dick Fojut )
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC jung

Publié dans Omegactualité

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