Le doux frémissement du changement

Publié le par cc jung in effect

La très large victoire de Ségolène Royal annonce une ère nouvelle pour le parti socialiste et pour l’histoire de la République puisqu’une femme pourrait accéder à la magistrature suprême, ce qui constituerait une première rafraîchissante pour notre monde politique sclérosé et verrouillé. Cette désignation d’une candidate poussée par un fort courant populaire commence d’ailleurs à faire des vagues qui atteignent le rivage opposé. Un vent de démocratie semble soudain souffler dans les coulisses de l’ UMP, une formation entièrement construite pour servir de piédestal à l’empereur à talonnettes qui n’admet visiblement aucune critique sur la conduite des affaires. Et pourtant, les récriminations fusent de toutes parts depuis peu. Que fait donc la police ? Elle vote !
 
C’est une bulle éphémère, un effet de mode, un courant d’air passager et une boutade même assuraient les brillants commentateurs de la vie politique française lorsque l’on évoquait la montée en puissance de Ségolène Royal. Le très renommé et respecté journaliste Alain Duhamel n’avait même pas pris la peine d’inclure l’anecdotique dans sa galerie de portraits de présidentiables, pas un chapitre sur l’égérie socialiste qui ne méritait qu’une moue désabusée de la part des « connaisseurs » du cirque démocratique. Pensez-donc, une femme investie pour la magistrature suprême par l’un des deux grands partis français… Si encore elle avait l’implacable et carnassier charisme d’Hillary Clinton et autres créatures quasiment asexuées qui investissent les hautes sphères de la politique en gommant leur part de féminité. Si encore elle avait la trempe d’une Margaret Thatcher en acier trempé ou encore la distance et l’assurance d’une Madeleine Albright…
 
Pas crédible cette idée d’une candidate en tailleur avec une kyrielle de marmots et son balourd de compagnon, la petite gazelle allait être piétinée par les vieux éléphants, la fragile icône de papier ne pouvait que se consumer sous les feux de la rampe, un feu de paille médiatique, une amusante récréation dans cette bataille de géants qui s’annonce… Avec une écrasante majorité, la candidate Royal s’est offert un plébiscite en bonne et due forme (lien) et c’est l’ensemble du troupeau de pachydermes socialistes qui est désormais prié de lui ouvrir la route jusqu’aux échéances électorales. Voilà la meilleure preuve que le petit cercle consanguin des politiques et des journalistes n’a pas vraiment pris la température d’un pays lassé par cette confiscation en règle du débat politique et du jeu démocratique. Et pourtant les signes d’une césure entre le monde politique et l’électorat ne manquent pas si l’on se réfère aux dernieres consultations électorales qui ont été autant de camouflets pour les classes dirigeantes. La victoire de Mme Royal est véritablement un bouleversement de l’échiquier politique et une redistribution des cartes pour tous les acteurs puisque le champ du possible s’est brusquement élargi là où les maîtres du jeu pensaient avoir clos l’espace et l’avoir sécurisé.
 

 
Il suffit de regarder son parcours politique qui donne le tournis
 
 
Les premiers effets de cette intronisation annoncée par les sondages et depuis confirmée, se font sentir. L’irruption d’une candidate portée par une lame de fond et que tant d’adversaires espéraient surtout emportée par l’épreuve des primaires, donne des idées à la…concurrence. Voilà l’UMP qui redécouvre les bienfaits du débat démocratique et de l’échange, une hérésie pour cet appareil de campagne entièrement dédié au culte de la personnalité de celui s’en est emparé au prix de mille trahisons. Et dire qu’il ose encore se prétendre " homme…de convictions ", il suffit de regarder son parcours politique qui donne le tournis. Voilà en tout cas un fâcheux contre-temps. Le frénétique empereur à talonnettes, Nicolas Sarkozy, pensait avoir complètement verrouillé tous les rouages du parti gaulliste de la même manière qu’il quadrille méthodiquement tout l’appareil d’état en nommant ses dévoués à des postes clefs.
 
Soudainement revigorés par cet appel d’air frais, cette fragrance de rose enivrante, ses adversaires au sein de l’UMP se sentent pousser des ailes et n’hésitent plus à remettre en question les méthodes du grand timonier pas toujours à la hauteur. Un leader populiste (qui prétend donc répondre aux aspirations du peuple français) qui refuse de prendre en considération les recommandations des membres de son propre parti. « Il est "incapable d'admettre un avis différent du sien » a persiflé le ministre délégué à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, François Goulard (lien), confirmant de facto des méthodes de gouvernance plutôt prometteuses pour l’avenir s’il est élu à la magistrature suprême.
 
 

 
 
Un ultime retournement de veste pour éviter de se faire tailler un costard…
 
 
Le Sieur ne supporte pas visiblement la moindre anicroche à son irrésistible ascension et il n’hésite pas à éradiquer sans relâche ce qui pourrait entraver ses plans. Le journaliste de Paris-Match Alain Genestar en sait quelque chose (lien). Sarkozy aime la presse dévouée à magnifier le culte, pas celle qui fait son travail de discernement et d’analyse. Après tout, lui seul détient la vérité, l’inspiration et les solutions comme le prouve son splendide bilan gouvernemental…qu’il préfère jeter aux orties, discrètement. C’est cela la fameuse « rupture » : avoir consciencieusement tout raté et promettre en conséquence de tout réussir, un ultime retournement de veste pour éviter de se faire tailler un costard. Pas par les média visiblement puisque le candidat de poche dispose d’une réseau d’amis et d’obligés dans la presse qui prépare l’opinion à bien voter (lien Acrimed er ressources du site ("Echos") en fin d'article)…
 
A propos d’uniformes, le résultat des élections syndicales de la police pourrait être un nouvel indicateur d’un pays qui bouge et d’une recomposition en cours dans notre société. Le Syndicat national des policiers en tenue (SNPT) vient de rejoindre le camp de l’UNSA, plutôt cataloguée à gauche, pour affronter dans les urnes le syndicat Alliance (estampillé de droite) que l’on dit très proche du ministre de l’intérieur (liens). Voilà un renfort de poids pour ce syndicat dirigé par Joaquin Masanet (secrétaire général) que l’on prétend sensible au discours de Ségolène Royal, puisque le SNPT est arrivé à la seconde place lors du scrutin précédent en 2003 remporté par Alliance. Il faut dire que les figurants préférés du cirque Sarkozy commencent à râler sérieusement sous les boucliers anti-émeutes et les cocktails Molotov millésimés du 9-3 et du 7-8.
 
Là où les as de la matraque attendaient des fleurs et de la reconnaissance pour la remise en ordre musclée du pays (Le Pen au 2eme tour est passé par là), ils doivent se contenter de pierres et de lazzis aujourd’hui, un peu patraques. Autre signe inquiétant, les représentations en banlieues deviennent même de plus en plus difficiles en dépit d’un dispositif technique et médiatique digne d’un concert des Rolling Stones. Même le manager en chef ne fait plus recette dans le milieu puisque des représentants issus des divers syndicats, ont demandé publiquement sa démission. Du jamais vu sous le bleu des uniformes depuis la nomination du « premier policier de France », lui le digne héritier de son ténébreux mentor, Charles Pasqua. Une bien mauvaise nouvelle pour le candidat Sarkozy qui avait fait de ce corps d’état une milice militante au service de ses seuls intérêts électoraux. Un désaveu qui tombe plutôt mal juste après la nomination de Ségolène Royal même s’il feint de se réjouir du choix des militants socialistes. La campagne s’annonce finalement bien plus passionnante que l’on imaginait au départ…
 

 
 
 
 
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«  (…) Tout est en place, en tout cas, pour favoriser l’intronisation de M. Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Chef du principal parti de droite, l’Union pour un mouvement populaire (UMP), ministre de l’intérieur et président du conseil général du département le plus riche de France, les Hauts-de-Seine, l’homme s’est employé à construire depuis vingt ans un étonnant réseau d’influence dans les médias. Au service de ses ambitions suprêmes. (…) »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
3600 entreprises françaises sont contrôlées par les fonds d’investissement…
 
 
 
 
 
 
Le ministre du rêve économique a de nouvelles hallucinations…
 
 
 
Les barbus rappeurs islamistes dealers polygames aux casiers judiciaires bien fournis… se sont avérés être émeutiers spontanés ramenés à la raison par des Français musulmans oeuvrant pour la concorde civile et le retour à l’apaisement dans les banlieues lors des émeutes. Voilà qui contredit la version officielle maintes fois remaniée par notre formidable bonimenteur néo-conservateur… Le choc des civilisations au delà du périph n’a pas eu lieu contrairement aux délirantes allégations de certains de nos « intellectuels » propagandistes.
 
 
 
 
 
Echos  :
 
 
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CC Jung

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