Le cirque continue sa tournée

Publié le par cc jung in effect

C’est une drôle de campagne à laquelle nous assistons, une campagne électorale plutôt mauvaise ont jugé une majorité de Français selon un sondage récent. Entre le brouhaha incessant de l’orchestre philharmonique et médiatique du candidat Sarkozy et le mince filet de voix de la candidate socialiste qui peine à se faire entendre, une étrange atmosphère d’attente règne dans le pays. En attendant le début des grandes manœuvres, le citoyen peut toujours prendre son mal en patience en scrutant la parade tonitruante du « Sarko Circus » et prendre du bon temps en écoutant les sornettes du serpent à sonnette qui hypnotise une partie de l’assistance…
On frise le dadaïsme ou l’imposture sublimée au plus haut point dans cette campagne électorale. On n’évoque pas ici la prouesse militante du « comique » Gérald Dahan qui suscite encore des remous (lien Nouvel Obs) mais plutôt celle de son mentor qui pourrait lui donner des cours en la matière. Voilà en effet que notre transformiste génial vient d’enfiler une nouvelle panoplie, la blouse de travail au petit matin, histoire d’aller se frotter aux carcasses de viande sanguinolente et aux ouvriers maghrébins de Rungis. Une plongée dans le monde du petit peuple qui survient quelques jours à peine après avoir visité des ateliers-usines en évoquant les grandes figures de la Gauche populaire comme des sources évidentes de son inspiration politique. On aura décidément tout vu et tout entendu et les couleuvres que l’on nous fait avaler vont bientôt nous transformer en vivarium sur pattes. Comme le rappelle justement Emmanuel Jarry (lien Libération ), « après avoir été le candidat de la "rupture", puis celui de la "rupture tranquille", Nicolas Sarkozy se présente désormais en candidat "hors système". Notre compulsif du slogan interchangeable et du couteau suisse idéologique est donc un candidat « hors système »…
Voilà une affirmation on ne peut plus grotesque éructée par un ministre en exercice, numéro deux d’un gouvernement en place et chef de l’UMP (la majorité au pouvoir) qui pratique la politique depuis…trente années. Candidat adoubé par le Medef qui lui a réservé une standing ovation lors de son université d’été, poulain des « néos-conservateurs », Nicolas Sarkozy vient donc d’atterrir sur la planète terre, plus précisément en France pour délivrer la bonne parole, apporter des solutions à tous nos problèmes et accomplir des miracles. C’est l’homme providentiel qui débarque avec un regard neuf, un passif inexistant et une mission hautement primordiale : sauver le pays qui a un pied déjà dans le gouffre. Une France abonnée à la misère, à la précarité et à la désespérance sociale. La faute à cette majorité médiocre qui a gouverné avec tous les pouvoirs en accumulant toutes les erreurs. De vrais incapables si l’on en juge par le diagnostic établi par le candidat. La liste des bourdes de gouvernance et des crises qui ont agité le pays est, il est vrai, une litanie tellement édifiante que l’UMP et les média complaisants se gardent bien de dresser un semblant de bilan comme on le fait généralement à la fin d’un exercice. Un oubli bien accommodant.
Certes, Nicolas Sarkozy a été la figure de proue de cet équipage de pieds nickelés mais il a trouvé la parade, celle de la « rupture ». Responsable mais pas coupable en somme… On efface tout et on recommence la même chose en pire sans doute. Un palimpseste qui a laissé quelques cicatrices et qui a allongé les files d’attente aux Restaurants du cœur, à l’ANPE et au parloir des prisons. Il se présente désormais comme un « candidat du travail », voilà une révolution idéologique puisque les autres candidats à la présidentielle se proclamaient plutôt les candidats du chômage, de la farniente et de l’oisiveté. Ainsi donc, le candidat qui défend le mieux les intérêts du MEDEF est surtout le candidat du travail, que l’on se le dise. Logique finalement puisque nous savons tous que le seul souci des chefs d’entreprise est la défense de l’emploi et du bien-être des employés. Voilà une nouvelle qui devrait faire plaisir aux petites mains pakistanaises, indiennes et thaïlandaises qui s’activent dans les usines délocalisées de nos grands groupes industriels… Etrange atmosphère électorale, le démago multiplie à l’infini ses pirouettes comme un gymnaste frénétique sous amphétamines et le « Sarko circus » continue toujours à faire recette si l’on en croit les sondages (lien Libération). Les Français semblent amnésiques ou sous hypnose télévisuelle…
 

Courbe des sondages

Mais qui est responsable de cette gabegie généralisée ?
 A propos d’acrobatie et de numéro de cirque, on ne peut que rester pantois en écoutant le même jongleur évoquer « une immense vague de fond » qui le porterait au pinacle et à la crête des sondages tout en dressant un constat accablant à propos de l’Education nationale. « Comme le 1er décembre à Angers, où il avait déjà parlé de ce sujet, Nicolas Sarkozy a dénoncé la "faillite" d'une école qui "n'assure plus la promotion sociale" et "aggrave" les inégalités. » rapporte le Nouvel observateur (lien). Un diagnostic approuvé sans doute par les enseignants qui se plaignent depuis des années du sabordage de leur mission du fait des suppressions d’emplois massives, de coupes budgétaires à la volée et d’une gestion du dossier calamiteuse par un ministre cassant comme une règle en bois. Mais qui est responsable de cette gabegie généralisée ? Le pouvoir en place, celui-là même qui a désigné son challenger pour faire perdurer la machine à évider le service public, Nicolas Sarkozy… De la schizophrénie à haute dose que ne saisit pas toujours le ministre de tutelle, Gilles de Robien (lien Nouvel Obs).
Cette drôle de campagne électorale suscite bien évidemment l’intérêt des média étrangers et il est souvent pertinent de consulter ces voix différentes et non déférentes pour avoir une tonalité originale. Un exemple ? Les journaux américains surveillent de très près les deux candidats qui devraient s’affronter au second tour en traçant des parallèles avec leur propre actualité politique. Ainsi, la candidature de Ségolène Royal préfigure pour les média d’outre-atlantique, celle de la sénatrice démocrate Hillary Clinton en 2008.
Salon.Com (site d’informations) juge « troublant d'imaginer que les Français qui n'ont accordé le droit de vote aux femmes qu'en 1944 pourraient élire une femme présidente avant les Etats-Unis… ». Une manière de rappeler au passage que la patrie des Droits de l’homme n’a pas vraiment été celle du droit des femmes pendant longtemps. Nicolas Sarkozy, adoubé par l’administration Bush qui espère faire définitivement basculer la France dans l’escarcelle de l’Empire du Bien qui œuvre si utilement en Irak et à Guantanamo, jouit d’une attention toute particulière. Une dépêche de l’AFP rapporte ainsi que le candidat atlantiste  a " prononcé, sans aucune honte, un discours pro-américain » salué par le Washington Post. "Pour lui, le surnom de « Sarko l'Américain » n'est pas une insulte mais un honneur" a ajouté la correspondante à Paris du New York Times (lien). L’Empire croise donc les doigts et aide le destin en fournissant la logistique de campagne pour faire triompher son pion français. (voir ressources du site).
 

Hypnose...

« Ceux qui créent des problèmes dans les banlieues, ça s'appelle des délinquants » Lilian Thuram
 Pas sûr que les déclarations du candidat rapportées par le footballeur Lilian Thuram ne choquent de l’autre côté de l’océan tant la question raciale est définitivement ancrée dans la société américaine avec son lot de fantasmes, d’abus manifestes et de racisme ordinaire. « C'est les Noirs et les Arabes qui créent des problèmes dans les banlieues » a expliqué l’as du Karsher pour tenter de se justifier auprès de l’emblématique joueur de l’équipe de France, après les émeutes de l’année dernière. Une pensée simpliste et caricaturale et une stigmatisation éhontée que ne renierait pas Jean Marie Le Pen qui a visiblement imprégné idéologiquement notre ministre de l’intérieur qui ne sent pas bon. Sans protège-tibias mais avec beaucoup d’intelligence et de bon sens, le footballeur lui a rétorqué : «  non, ce ne sont pas les Noirs et les Arabes qui créent des problèmes dans les banlieues, ceux qui créent des problèmes dans les banlieues, ça s'appelle des délinquants ». Un tacle glissé pour renvoyer le roi du bagout et le VRP de la banalisation des thèses d’extrême droite au terminus des prétentieux nocifs.
Quoi d’autre dans l’actualité ? Van Ruymbecke est sur la sellette à propos de l’opaque dossier « Clearstream » qui ressemble à un brouillard savamment entretenu pour masquer les silhouettes des frégates du coté de Taiwan. Un train peut en cacher un autre et les rares contrôleurs sont priés d’emprunter la voie de garage pour ne pas perturber les nombreux trafics en cours… (lien AFP). Si vous avez besoin d’ailleurs d’épingler un gêneur, pas de souci, les Renseignements généraux nagent en eaux troubles pour y voir plus clair et ils ont tout plein de fiches pour attraper les petits et les gros poissons. Monsieur Rebelle râle parce qu’il a flairé l’hameçon mais avec un nom pareil, une carrière de militant à Greenpeace et un ralliement à l’adversaire de Nicolas S, il devrait plutôt s’étonner de trouver juste un bristol surligné là où l’on s’attendrait à une encyclopédie en dix volumes. On n’en saura vraisemblablement pas plus sur cette sombre affaire d’officines puisque les mêmes services s’activent pour clouer le bec au corbeau qui croasse pour les plumes du Canard enchaîné (le Monde).
Toujours dans le même registre ailé, le volubile François Fillon, un des premiers fusils de la battue présidentielle, s’étonne également de la candeur de Bruno Rebelle puisque ce dernier n’a rien d’une « blanche colombe » (dixit, lien AP). Une allusion ciblée puisque le logo de Greenpeace comporte justement…une colombe blanche mais le bon mot révèle une conception de la démocratie toute particulière où chaque réfractaire à la pensée dominante, chaque opposant politique et chaque militant serait naturellement fiché et surveillé…
 

Final...

Huit millions de personnes sont mal logées, un chiffre effarant
 Pour finir ? A peine l’abbé Pierre au paradis que le dossier des mal-logés est rangé dans le grenier des promesses puisque les SDF restent sur leur faim justement et qu’ils ont surtout le seul droit de virer leurs tentes et d’aller crever plus loin de froid et d’indifférence. Les relogements promis, comme prévu, se révèlent des châteaux en Espagne… Le Nouvel Observateur révèle également que plus de huit millions de personnes sont mal logées, un chiffre effarant. Etrange paradoxe pour un beau pays où tous les clignotants économiques sont pourtant au beau fixe et une contrée où le chômage ne sera bientôt plus qu’un épiphénomène d’après nos dirigeants enthousiastes. Bientôt, peut-être, nous serons tous au chaud dans une drôle de république bananière perdue dans l’hémisphère nord. En attendant, l’Hexagone compte de plus en plus de personnes qui dorment dehors, dans les voitures, les tentes, les cabanes de jardin et dans des caravanes (lien).
A tous ces indigents, ces « travailleurs pauvres » et ces exclus qui ont vu leur situation matérielle se dégrader du fait du chômage et de la casse sociale, Nicolas Sarkozy promet de travailler plus pour gagner plus. Voilà un slogan surréaliste pondu par le MEDEF et recraché docilement par le porte-parole candidat qui prend ici une tournure plutôt amère dans le concret. Il s’agit là encore d’une escroquerie dialectique qui devrait bluffer les moins perspicaces d’entre nous, ceux qui ne devinent pas l’entourloupe du slogan qui se mord la queue. Travailler plus quand il n’y a pas de travail et que les entreprises font du chantage à l’emploi pour que les salariés accumulent des heures supplémentaires à l’œil, voilà un leitmotiv ébouriffant. Ultime pirouette du gouvernement sortant qui prétend bisser, les « class-actions », ces regroupements de consommateurs lassés de se faire plumer par les marques qui s’acoquinent entre gens de bonne compagnie, ne sont plus à l’ordre du jour… Les grandes entreprises et leurs dirigeants si proches du pouvoir actuel ont obtenu que ce projet soit réexaminé…après les élections, faute de place dans le calendrier des projets de lois officiellement (lien Nouvel Obs). Non mais ? C’est qui les patrons ?
 

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Publié dans Omegactualité

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