Une police de caractère

Publié le par cc jung in effect

L’actualité est largement dominée par la police qui s’est illustrée de plusieurs manières. Il y a d’abord eu ce grave incident survenu à l’issue du match PSG – Hapoël. Autre nouvelle d’importance, les élections syndicales de la police viennent de livrer un verdict étonnant puisque les forces de l’ordre ont officiellement basculé…à gauche. De quoi donner le tournis à la girouette électorale qui s’agite désespérément…
 
 
Hélas, le dérapage était prévisible… Tout amateur de football qui a eu l’occasion d’assister à un match du PSG au Parc des Princes, n’a pas pu manquer le spectacle ahurissant proposé par certaines tribunes de supporters. Sur fond de grosse caisse fracassante et de banderoles d’un goût douteux, les « abonnés » de ces tribunes proposent une chorégraphie bien orchestrée qui mélange saluts nazis, chants « patriotiques » (« Le Pen président ! ») et autres joyeusetés brevetées d’extrême droite. Avec un peu de chance, le spectateur lambda a pu également assister aux véritables chasses à l’homme qui ont lieu aux abords du stade, une palpitante récréation d’après match dont les victimes (supporters adverses ou « basanés ») font les frais sous le torve regard des compagnies de CRS en attente d’instructions. Bref, tout et n’importe quoi et surtout pas du football. Voilà une situation inadmissible qui perdure depuis trop longtemps en dépit des efforts du club pour se donner un visage plus convenable, une situation qui risquait de tourner un jour au drame. C’est fait (lien Libération).
 
Le ministre de l’intérieur, un éminent supporter du PSG, avait promis d’éradiquer ce fléau sans tarder lors de son retour au ministère de l’intérieur. L’omniscient oracle est effet un compulsif du slogan et de l’action…verbale. Comme tous ses serments et ses promesses, les paroles sont restées de…belles paroles. Le flot incessant des propos du bonimenteur bavard finit par former un magma informe et mouvant qui dit tout et son contraire. Il vient de proposer une nouvelle mouture pour réagir au fait divers tragique comme à chaque fois (lien sur la séance de l’assemblée). Mais le mal est fait et les questions demeurent. Comment comprendre le désarroi et la solitude de ce policier qui tentait de protéger un supporter de Tel-Aviv de la fureur et des envies de lynchage d’une horde d’abrutis racistes et violents ? Comment comprendre le si long délai d’intervention de ses collègues dans une zone que l’on imaginait quadrillée de bleu pour un match à haut risque du fait des piètres résultats sportifs du club de la Capitale et de la saveur particulière de l’adversaire (un club de Tel-Aviv, l'Hapoël ) ?
 
C’est sans doute le fruit d’un de ces hasards de l’actualité, la police est à l’honneur dans la presse. Ainsi, le tribunal de Bobigny (Seine St Denis) juge en ce moment une bavure survenue en 2001 (lien Libé - Reuters). Cette histoire qui en rappelle beaucoup d’autres et ô combien qui n’ont pas eu d’aboutissement judiciaire, montre les dégâts du tout sécuritaire lorsqu’il ne s’accompagne pas de son corollaire, une formation conforme pour les forces de l’ordre. C’est un préalable nécessaire pour inculquer quelques notions républicaines et un semblant d’éthique et de respect vis à vis des citoyens et ce, quelques soient leurs conditions sociales ou leurs origines. La formule est célèbre : la police nous protège mais qui nous protège de la police ? On serait tenté de répondre la Magistrature qui sert de contre-pouvoir et qui tente de refroidir la machine lorsqu’elle s’emballe et qu’elle est mise sous pression par un candidat surfant sur le thème de la sécurité. D’où des frictions récurrentes…
 
Comme nous l’indiquions il y a peu, la police qui a été transformée en tête de pont et en milice militante par le « premier flic de France », vient pourtant de briser les chaînes qui la rendait captive d’une certaine stratégie électorale. L’UNSA – Police vient de remporter les élections syndicalistes avec le soutien de son allié du SNPT revenu dans les rangs. Petit détail d’importance, la victoire haut la main des deux syndicats fait basculer ce corps d’état à gauche sur l’échiquier politique. Voilà un sacré revers pour Nicolas Sarkozy et un cinglant désaveu. "Je suis très satisfait, dit Joaquin Masanet, secrétaire général de l'UNSA-Police. On fait près de 32 000 voix, ce qui fait de moi le numéro un. Ce vote est une sanction de la politique de sécurité de Sarkozy." (lien le Monde). Un message est passé et il va sans doute faire du bruit dans les coulisses de la politique française.
 
 

 
Sa énième loi sur la délinquance ressemble à une folle course poursuite
 
 
Notre empereur miniature traverse décidément une bien mauvaise passe puisqu’il a basé l’essentiel de sa politique sécuritaire sur les résultats engrangés par les forces de l’ordre. La France a voulu du Le Pen au second tour, elle a eu du Sarkozy jusqu’à l’écœurement général. Il fallait donc faire du chiffre de nature à doper la côte de popularité du ministre de l’intérieur mais rien n’a vraiment fonctionné dans le sens voulu. Les résultats se sont avérés extrêmement contrastés avec une hausse spectaculaire en matière de violence, une crispation permanente dans les banlieues, un ras-le-bol des automobilistes ponctionnés comme des tirelires sur gommes et maintenant des policiers qui refusent le rôle de pantin à matraque et de punching-ball dans un contexte social en déliquescence (chômage de masse, paupérisation, désespérance, exclusion). Sa énième loi sur la délinquance ressemble à une folle course poursuite pour rattraper une situation qui lui échappe de plus en plus (liens Libération – Le Monde).
 
Le tout répressif montre chaque jour ses limites et elles sont nombreuses. On ne peut pas embastiller tous les problèmes sociaux et les enfermer à double-tour pour permettre à une minorité de privilégiés de savourer les bienfaits du libéralisme. Le libéralisme, un bien joli nom qui cache une vilaine réalité, la captation éhontée des richesses au profit exclusif des nantis du système inégalitaire… Le MEDEF applaudit à deux mains son candidat d’avenir (Nicolas Sarkozy ) et lui a même réservé une standing ovation lors de sa dernière visite amicale, cet été. Ce qui ne l'empêche pas de prétendre défendre l'ordre juste, un comble de cynisme politique (lien Libération). Le citoyen français reste lui sur sa faim… Le vent des promesses est un air flatteur et doux aux oreilles du « bon peuple » mais il ne remplit pas les ventres jusqu’à preuve du contraire. Une partie de l’électorat de Nicolas Sarkozy, celle des gens modestes, la même qui dénonce les dysfonctionnements de l’état et la mauvaise répartition des richesses, est pourtant prête à lui faire à nouveau confiance en dépit des engagements non tenus. Voilà qui ne manque pas de piquant et qui en dit long sur le travail de sape et de propagande de l’Empereur et de son actif réseau médiatique. La partie s’annonce serrée pour Ségolène Royal qui souhaite reconquérir un électorat populaire abreuvé de mauvaise littérature. TF1 est passée par là…
 
 
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CC Jung

Publié dans Omegactualité

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