La bonne place pour la bonne pioche

Publié le par cc jung in effect

On peut légitimement se demander pourquoi le candidat Nicolas Sarkozy a eu tant de mal à se défaire de son mandat de ministre de l’Intérieur en dépit des nombreuses pressions exercées pour qu’il lâche ce portefeuille confortable. Il était en effet inconvenant que le même ministre chargé de préparer les élections, de sonder l’opinion publique via les Renseignements généraux et de surveiller le bon déroulement de la campagne électorale, soit en même temps l’un des candidats déclarés. Joueur et arbitre en quelque sorte, un statut on ne peut plus désirable pour un assoiffé du contrôle comme sait l’être le grand Nicolas (voir « aucun mal à imaginer la France d’après », ressources du site). Un mélange des genres sujet à bien des suppositions et des supputations qui n’a pas eu l’air de déranger plus que cela l’intrigant et l’ambitieux. Une bonne partie de la réponse figure dans le brillant ouvrage d’Olivia Recasens, de Jean-Michel Décugis et de Christophe Labbé intitulé justement « Place Beauvau »…
 
 
« Place Beauvau » par Olivia Recasens, Jean-Michel Decugis et Christophe Labbé – « J’ai lu » - édition poche – 7, 60 euros
 
 
Tout à sa légendaire arrogance et suffisance, le candidat Sarkozy assurait il y a peu qu’il ne faisait que « changer de trottoir »… Il ne s’agit là non pas d’un éclair de lucidité du transformiste à talons compensés mais d’une « fine » allusion à la proximité géographique entre les bureaux de la Place Beauvau et l’Elysée (lien l’Express). « Tenir la Place Beauvau » a toujours été l’objectif prioritaire de l’ambitieux nous assure les auteurs puisque le politicien professionnel a bien vite compris que pour « gagner les rivages de l’Elysée, il faut des réseaux dans la Police et que le meilleur moyen de les acquérir est de faire escale Place Beauvau ».
 
Rien de mieux en effet pour noyauter l’appareil d’état et le détourner à son profit que ce ministère si particulier où tous les leviers sont à disposition (liens Libération), où l’information est une carte maîtresse pour agir dans les coulisses et exercer les pressions si le besoin s’en fait sentir et surtout, où l’exposition maximale est assurée depuis la poussée sécuritaire du scrutin présidentiel de 2002. L’épisode de la prise d’otages de « Human Bomb » en 1993 a servi de déclic au Maire de Neuilly et de meilleure carte de visite pour le futur ministre auprès des services de Police. Rien de mieux que le terrain pour…tâter le terrain et appâter le fonctionnaire de base. Sarko, à la faveur d’un évènement dramatique et médiatique, venait alors de mettre un pied dans la Maison en s’attirant les faveurs de ceux qui allaient devenir les « Sarko boys »… Depuis, l'enthousiasme est nettement retombé (voir liens actualité)
 
Brillamment racontée par les trois plumes, la saga « Sarko à Beauvau » ressemble à un thriller politique où les intrigues, les coups bas, les guerres intestines et les manipulations pullulent tout le long des 440 pages du document. Le livre est surtout l’occasion de glaner de très instructives révélations sur les méthodes que ne renieraient pas Fouchet, celles de notre bienveillante Police, des révélations sur l’imbrication hallucinante entre la justice, l’intérieur et la sécurité et sur l’imposture savamment orchestrée que constitue la « réussite » du « premier flic de France ».
 
Où l’on apprendra donc comment le futur ministre s’est empressé de savonner la planche de l’équipe Villepin qui dirigeait le ministère de l’intérieur avec la complicité active du Figaro (déjà !)… Il n’était pas question alors que l’adversaire réussisse à ce poste précis.
 
 

La réussite du "premier flic de France", les banlieues...

 
 
Où l’on comprend que le super ministère créé pour Nicolas Sarkozy (intérieur, Culte et aménagement du territoire) est une formidable machine de guerre pour exercer son influence en agitant soit le bâton, soit la carotte des subventions à l’encontre des élus et du personnel politique. Une situation accentuée encore par la décentralisation qui lui confère, de facto, une cagnotte confortable pour récompenser les serviles et assécher les zones récalcitrantes au besoin. Sans oublier que la gestion du Culte s’est avérée le plus sûr moyen de jouer avec la fibre du communautarisme en pleine expansion. Soit, autant de réservoirs électoraux et de sphères influentes bien utiles lors des scrutins. Cette formidable plate-forme politique que constitue ce maroquin hors normes, a servi de base pour la conquête de l’UMP et sa captation pour l’usage exclusif du futur candidat.
 
Où l’on apprendra les ressorts cachés de nombre d’affaires et de faits divers, l’utilisation de la torture par les services chargés du contre-terrorisme, les jeux de chaises musicales pour dégommer ceux qui ne se rangent pas sous la bannière sarkozyste ou contestent ses méthodes en matière de sécurité. Que l’as du marketing politique dispose d’une équipe de spécialistes en linguistique et sémantique pour tester en permanence le bruit et la résonance de tel ou tel mot ou sujet dans l’opinion publique. Que le bateleur notoire a à sa disposition une équipe entière de conseillers en communication qui mesurent en permanence « l’unité de bruit médiatique » (voir lien Libération sur la police "médiatique") et que ses retournements permanents de veste s’expliquent ainsi, au gré des fluctuations de l’opinion… Voilà assurément un homme de convictions.
 
 
Où l’on sera pris d’une irrépressible envie de rire en se remémorant les allégations des RG jurant il y a peu que cette branche des renseignements ne s’occupe plus de politique (affaire Rebelle Vs RG). Plus de 800 000 citoyens sont fichés et surveillés sous des prétextes parfois fantaisistes tandis que le fruit de ses investigations sont monnayés clandestinement par des indélicats pour alimenter la curiosité des chefs d’entreprises, des officines et des particuliers.
 
Où l’on comprendra que le credo du chiffre et la « culture du résultat » mises en vigueur par Nicolas Sarkozy pour séduire l’électorat et directement inspirée de l’exemple new-yorkais de Rudolph Giuliani, a donné lieu à une véritable culture…du bidouillage de la part des « shootés du 4001 » (nom de la base de données qui comptabilise les faits sécuritaires), à des tours de passe-passe statistiques de la part des « Gérard Majax » chargés d’alimenter l’imposture tout en mettant une pression insupportable sur les forces de l’ordre quasiment obligées de « générer » des actes délictueux à la pelle pour gonfler les bilans. Des bilans triomphalement agités par le ministre, le champion du sécuritaire, et mis en lumière par les journalistes « obligés » par divers dispositifs de coopérer.
 
 

La carotte et le bâton...

 
 
Où l’on apprendra que Nicolas Sarkozy et ses « Boys » ont bien retenu les leçons du mentor Charles Pasqua qui n’a jamais hésité à mélanger les genres, des machines à sous de la filière des Corses d’Afrique, les casinotiers (lien Libération sur le ministre courtisé) à la grande proximité avec le milieu si prolixe en informations disparates. Sans oublier les petits arrangements avec la justice lorsqu’il s’agit de fournir des preuves inexistantes ou de faire disparaître des traces de manquements graves à la procédure légale (affaire du Sperone)…
 
Où l’on sera plus qu’étonné des méthodes parfois utilisées par les différents services de Police pour entretenir des équipes d’informateurs et s’attirer les faveurs de certains incontournables dans les sphères troubles. De la rémunération pour une saisie de drogue spectaculaire avec une « rétro-com » de 10% (100 kilos de hash saisis donnent 10 kilos de bonus à la balance, par exemple) au « nettoyage de la concurrence » (au Karcher ?) si le besoin s’en fait sentir pour les Stups par exemple…
 
Voilà une infime partie des informations divulguées dans cet ouvrage qui apporte un éclairage saisissant sur notre Police et ceux qui la dirigent en montrant les implications politiques que la charge d’un tel ministère peut avoir. Ce livre illustre surtout à merveille le formidable outil de pouvoir dont a disposé le candidat pour influer sur l’opinion publique, pour pousser sur le devant de la scène tel ou tel sujet de société, pour appuyer sur tel ou tel levier et surtout pour préparer aux petits oignons (et au bœuf-carottes ?) l’échéance électorale à venir…
 
 
N. B : Bien entendu, ces révélations et déclarations n’engagent que les auteurs de l’ouvrage et ne sauraient être imputées à Omegalpha.
 
 

 
 
Liens :
 
Livre « Place Beauvau » : Tortures : Debré ne veut pas s'exprimer (Nouvel Obs)
 
 
Livre « Place Beauvau » vu par le syndicat Action Police
 
 
 
 
Vu par Polémia
 
 
Vu par un blog (UFAL 19)
 
 
Autre ouvrage : la « Sarkozy connection » d'Hedwige Chevillon (Hachette littérature)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Quelques vidéos qui valent le coup d’œil dans cet article du Monde :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
Ressources du site :
 
 
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CC Jung
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Publié dans Des livres et Nous

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