Le bruit et l'odeur de la campagne (4)
La campagne électorale est donc bien engagée et ce n’est pas la valse des sondages contradictoires qui devrait nous permettre de qualifier le tempo à deux ou trois temps qui l'anime. Entre les soubresauts du staff de la candidate socialiste et la grosse machine de guerre sans âme de l’UMP, voilà que se glisse habilement le candidat de l’UDF, François Bayrou. Tapi dans l’ombre, le candidat du Front National attend son heure en chassant les mouches. Plutôt sûr de la victoire de son avocat préféré, le MEDEF investit allègrement la campagne en promettant toujours plus…de casse sociale dans l’intérêt de tous bien évidement. Petit moment de flottement généralisé en attendant le déchaînement annoncé.
Reçue à l’oral : Ségolène Royal… C’est un peu l’impression que l’on retiendra après la solide prestation télévisée de la candidate socialiste sur TFI lundi dernier. Le propos se voulait pédagogique, les réponses étaient individualisées et la candidate plutôt à l’aise dans un exercice qui ressemble… aux débats participatifs qu’elle anime dans tout le pays. Une méthode contestée par nombre d’observateurs de la vie politique mais qui correspond véritablement aux attentes des Français sevrés de démocratie et de débats. On était loin des professions de foi vibrantes comme un numéro d’acteur mille fois répété en coulisses, loin des formules démagogiques à profusion et de tout l’arsenal sémantique du démagogue virevoltant.
Pas sûr que cette prestation remarquable de sobriété ne suffise à inverser les sondages puisque qu’une partie des électeurs semble plus friande d’images, de paillettes et d’étoiles dans les yeux que de concret et de pragmatique. Le fameux côté « people » nous vient tout droit des USA (le laboratoire de la démocratie agonisante) et il annonce l’ère des communicants pur jus de type Berlusconi ou Nicolas Sarkozy comme le fait justement remarquer Arnaud de Montebourg qui a retrouvé sa parole et sa verve coutumière (lien AFP). L’irréalisme des promesses du candidat de l’UMP et son numéro de jongleur et d’équilibriste ne semblent pas sauter aux yeux d’une partie de l’opinion publique qui oublie que le transformiste frénétique a pourtant eu cinq longues années de pouvoir absolu pour démontrer ses nombreux talents… Avec le résultat et le bilan que l’on sait.
La Présidentielle reste en effet ce scrutin particulier où l’électorat ne demande finalement qu’une chose : un peu de rêve provisoire et des espoirs virtuels tout en se doutant bien que la supercherie démocratique n’est qu’un feu de paille et que le réveil sera d’autant plus pénible. Concernant la campagne et ses péripéties, la candidate Ségolène Royal vient d’annoncer une restructuration de son staff, une rectification qui devrait permettre de remettre les choses à plat et de repartir de plus belle après l’épisode calamiteux de la démission d’Eric Besson qui joue à un jeu difficilement lisible (lien AFP). Il est temps que le Parti socialiste serre un peu les rangs autour de sa candidate pour contrer la formidable machine de guerre de l’UMP qui dispose de relais à tous les niveaux dans notre pays. Aussitôt annoncée cette remise en ordre de l’équipe de campagne du PS, le candidat Nicolas Sarkozy annonçait un… remaniement de son staff, un jeu de miroir permanent et presque ridicule à la longue. Il s’agit là véritablement d’une tactique médiatique qui consiste à systématiquement polluer une annonce concernant le camp adverse par une initiative similaire ou contradictoire de manière à « écraser » l’information adverse.

La sémillante et très distinguée Nadine Morano
On a appris au passage que l’un des porte-flingues de Nicolas Sarkozy était prié de ranger ses joujoux fumeux au placard pour cause de mitraille intempestive. La sémillante et très distinguée Nadine Morano, un monstre de finesse et de bon goût, est priée d’adopter un profil bas après un reportage de télévision qui montrait la manière toute personnelle dont s’y prenait cette « madame sans gêne » pour porter l’estocade au camp ennemi (lien L’Express). Ce n’est pas la méthode qui est remise en cause par Nicolas Sarkozy mais la découverte du pot aux roses qui fait plutôt mauvais genre pour ce challenger qui a eu le culot de fustiger les autres concurrents en les accusant de… démagogie (lien AFP). Avec Nicolas, tout devient possible… même l’impensable.
Celui qui semble profiter de la confusion et du brouhaha, c’est le gouleyant François Bayrou qui nous ressert comme à son habitude le refrain entêtant de la « troisième voie » et de la lassitude supposée de l’électorat quant à la bipolarité politique. Les sondages n’ont de cesse de célébrer la percée du Béarnais comme pour conjurer la mouche borgne du coche qui prospère allègrement dans les intentions de vote, bien aidé par les relents putrides que charrie cette campagne électorale. Plus la campagne se transformera en un cloaque nauséabond et plus le candidat du Front National se sentira dans son élément. En attendant, celui qui tente de lui ravir la vedette, le candidat de l’UDF, doit affronter une vague de désertion en plein champ de bataille puisque nombre de félons ont rejoint plus tôt que prévu les légions de mercenaires de l’UMP (lien sur Santini, Le Monde).
Plus tôt que prévu puisque l’UDF, un parti centriste traditionnellement ancré à droite ne l’oublions pas, a pour habitude de singer la rébellion émancipatrice à l’approche des scrutins électoraux pour exister par rapport au grand frère RPR-UMP avant de se joindre naturellement à sa famille idéologique. Un effet élastique, une stratégie dite du « jokari », qui a pour but de ratisser large au centre et à gauche pour ramener dans le giron de la majorité de droite les « indécis », les « hésitants » et tous ceux qui se seront laisser berner par l’habile camouflage. Rappelons que les élus UDF se partagent les postes avec leurs collègues de l’UMP dans la plupart des régions et que les accointances des deux partis sont un secret de polichinelle. Bayrou est un rebelle obéissant...

Difficile pour le taquin d’ouvrir la cage aux lions après avoir houspillé les fauves
Fort du ralliement de plusieurs députés de l’UDF et du « coming out » de quelques vedettes fanées, Nicolas Sarkozy prépare en ce moment son grand retour dans la banlieue qu’il sait si bien enflammer. Voilà une étape obligée pour tout candidat digne de ce nom mais pour le « premier flic de France » et le spécialiste du nettoyage technique haute pression, le déplacement s’avère nettement plus problématique. Difficile pour le taquin d’ouvrir la cage aux lions après avoir houspillé les fauves pendant si longtemps. Pour préparer sa triomphale réconciliation avec les égorgeurs de moutons dans les baignoires et pour séduire les exciseurs enturbannés et autres terroristes supposés, le candidat multiplie les contacts, « sponsorise » allègrement des associations préfabriquées pour l’occasion et tente de baliser le terrain. La « dalle » d’Argenteuil où il s’était distingué est un symbole et toute son équipe s’ingénie à trouver une formule adaptée pour un happening chez les sauvages (lien Le Monde). On attend avec impatience de voir l’imposteur et sa horde de publicitaires confrontés à une réalité chaude et vivante.
En attendant le safari-photo, Nicolas S pourra toujours méditer le sage conseil prodigué par le Financial Times qui lui demande de démissionner d’urgence. Le journal couleur saumon de la City londonienne dirigé depuis 1999 par un…Français, Olivier Fleurot, n’a pas vraiment compris le concept tordu de « rupture » qui vise à faire oublier un bilan de gouvernance pitoyable et qui permet d’escamoter furtivement cinq années de pouvoir absolu. « Faire campagne contre une administration dans laquelle on a servi frise l'absurdité » s’étrangle le FT, peu au fait des contorsions du boa constrictor et de l’as du déguisement et de l’imposture. Ce qu’il y a d’étonnant dans cette prise de position d’un quotidien anglais, c’est que cet édito contraste terriblement avec la frilosité de notre presse transformée en pleutre caisse de résonance.
La mise au point de TFI qui jure de sa neutralité dans cette campagne électorale n’en est que plus drôle et décalée (lien AFP). Comme le précise Bellaciao (lien), il n’y a aucune raison de soupçonner le plus puissant média de France de collusion puisque « M. Martin Bouygues, héritier et patron du groupe Bouygues (fortune estimée à 1,7 milliards d’euros) et par conséquent de sa filiale le groupe TF1 (TF1, LCI, TPS...) » est irréprochable de neutralité. Il est juste le « parrain du fils de Nicolas Sarkozy » et le « témoin à son mariage ». Pas de quoi se poser de questions donc à propos d’un quelconque lien entre les deux hommes.

La catastrophique campagne de dissémination des cultures OGM
A part cela ? Comme d’habitude, le gouvernement en place ne tient pas ses promesses et les SDF épaulés par l’association des Enfants de « Don Quichotte » sont les dernières victimes de cette supercherie politique (Figaro). On observe d’ailleurs avec intérêt la campagne médiatique pour diaboliser le campement du Canal Saint Martin qui serait transformé en un Bronx hanté par des junkies prêts à seriner tout ce qui bouge et par des ivrognes dépravés. On est loin de la compassion pour ces exclus, le redoux climatique y est pour quelque chose. Faute de régler les problèmes et de tenir les engagements, le pouvoir public tente de dénigrer le mouvement problématique, un classique. Le MEDEF, très présent dans la campagne, profite du flottement généralisé pour avancer ses pions et préparer l’opinion publique à un changement radical qui devrait intervenir avec l’élection de son poulain. Après avoir annoncé une réduction drastique du droit de grève, il est désormais question de s’attaquer aux délégués syndicaux dans les entreprises comme le susurre Laurence Parisot (lien Libération – Reuters). Ce n'est qu' un début...
La même petite voix doucereuse du grand capital qui s’acharne sur le droit du travail, ne trouve en revanche rien à redire sur les rémunérations pharaoniques des grands patrons au moment même où il est demandé toujours plus d’efforts aux employés quand il ne s’agit pas de vagues de licenciements boursiers. Rien de choquant donc dans le fait que « le P-DG de la banque Goldman Sachs Lloyd Blankfein a touché plus de 54,3 millions de dollars en cash, actions et stock options l'an dernier » (lien Libération). Pas plus de réaction à propos de la catastrophique campagne de dissémination des cultures OGM dans toute l’Europe en dépit de la forte résistance des citoyens européens (L’Express). Le système est devenu complètement dément et la démocratie n’est plus qu’une lointaine illusion de façade. Les multinationales ont privatisé cette planète à leurs comptes et n’ont aucune raison de changer les règles du jeu qu’elles fixent elles-mêmes. De citoyens, nous sommes devenus des consommateurs et des clients qui n’ont même plus un semblant de choix. C’est cela le « progrès » que nous promet le candidat ultra-libéral du "travail".

Liens :
Sarkozy met Morano en sourdine (l’Express)
Cinq années de législature marquées par l'hégémonie UMP (Libération – Reuters)
Laurence Parisot met en cause le statut des délégués syndicaux (Libération – Reuters)
Rémunération record pour le patron de Goldman Sachs (Libération – Reuters)
OGM: Contamination record (L’Express)
La fraude aux prélèvements obligatoires atteint de 29 à 40 milliards d'euros, selon un rapport ( AP)
La moitié des CNE sont rompus au bout de douze mois ( La Tribune )
4 mois ferme pour Samy Naceri (L’Express)
Le coup de folie de Delarue (L’Express)
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CC Jung
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