Banlieues : une piqûre de rappel ?
C’est un anniversaire que le parti au pouvoir, l’UMP, préfère oublier. Il y a un an à peine, les banlieues françaises s’embrasaient, la conséquence prévisible de la très sécuritaire et répressive politique de Nicolas Sarkozy inspirée par le programme frontiste. Après les sempiternelles promesses d’amélioration du cadre de vie, la pseudo prise de conscience d’un malaise bien réel dans les périphéries de nos villes et les écrans de fumée d’une politique d’intégration, un constat s’impose : rien n’a changé. Pire, des signes inquiétants d’une dégradation de la situation font craindre une nouvelle flambée insurrectionnelle. Une perspective qui n’a rien de bien réjouissante pour les forces de l’ordre qui critiquent de plus en plus ouvertement la méthode Sarkozy faite d’esbroufe, de rodomontades et de démagogie.
Il y a des piqûres de rappel qui font mal… Il y a un an à peine, une révolte sans précédent éclatait dans nos banlieues en se répandant comme un feu de paille, embrasant tout le pays. Cette jacquerie des temps modernes allait sérieusement secouer l’Etat et ses institutions et surtout remettre en question le traitement uniquement sécuritaire mis en pratique par le merveilleux Nicolas Sarkozy dans les banlieues. A défaut d’offrir du travail, un semblant d’avenir et d’intégration à une frange de la population, le ministre de l’intérieur avait promis des matraques et des uniformes partout pour remettre dans le droit chemin cette jeunesse turbulente, désespérée et surtout d’origine immigrée. De celle que l’on préfère ne pas trop voir, de celle que l’on préfère enfermée dans les clapiers en béton loin des centres urbains, de celle que l’on préfère soumise, apeurée et sous-éduquée pour éviter qu’elle ne vienne toquer à la porte du pacte républicain pour demander des comptes et se faire expliquer les trois étranges mots qui figurent sur tous les frontons : Liberté – Egalité – Fraternité. Pour Sarkozy, il s’agissait de répondre prioritairement aux aspirations de toute une partie de l’opinion française, la même qui avait offert un deuxième tour présidentiel inespéré au leader du Front National, Jean-Marie Le Pen.
Nous sommes tellement saturés par l’omniprésence de Nicolas Sarkozy qui fait de l’épandage médiatique en permanence que beaucoup ont sans doute oublié le déroulement des faits et la formidable campagne de désinformation mise en route par le futur candidat pour masquer sa lourde responsabilité dans le déclenchement des émeutes. Des adolescents footballeurs de Clichy sous bois grillés dans un relais EDF en fuyant la Police que l’on a transformé en cambrioleurs, des émeutiers épidermiques présentés comme des phalanges de dealers islamistes, de polygammes et autres barbus conspirateurs, autant de délires islamophobes et racistes jetés en pâture à l’opinion comme éléments de « réflexion ». Les mêmes révoltés sont devenus dans la bouche loquace du pyromane, des délinquants notoirement connus, ce qui s’est avéré bien évidemment faux comme se sont empressé de le souligner les magistrats qui ont géré la partie judiciaire de ces évènements. Il s’agissait avant tout de nier le caractère spontané de la révolte, de minimiser le rôle d’aiguillon de la police dans cette flambée de la violence et surtout de dédouaner l’imprécateur au Karsher. Cette soudaine rébellion a surtout mis en évidence la dérive sécuritaire du ministre de l’intérieur très inspiré sur le coup par le programme du Front National. Il ne suffit pas d’une matraque et du harcèlement policier pour cautériser une plaie qui s’infecte depuis des décennies, celle d’une couche de la population gangrenée par le chômage, l’exclusion et l’absence totale de perspectives d’avenir, cette « France invisible » ignorée des politiques (Lien Libération).
Un année plus loin, force est de constater que rien n’a changé et que les choses ont même empiré. Le face à face entre les jeunes des cités et une Police débordée par la tâche est de plus en plus tendu comme en témoigne la multiplication des échauffourées ces derniers temps. Une nouvelle poussée de fièvre a fait trembler il y a peu tout un quartier de Grigny (lien). Autant de signes concordants qui inquiètent à juste titre les Renseignements Généraux. Ce net durcissement de la situation dans les banlieues (notamment dans les Yvelines) pourrait préfigurer un épisode émeutier (lien). Interrogé par le Nouvel Observateur, Yves Louis, secrétaire régional Ile-de-France du syndicat de police Alliance, prône une nouvelle approche : « Si la police ne peut pas se permettre de reculer, en revanche certains intermédiaires peuvent jouer un rôle crucial. Il faut redonner la parole aux gens, directement dans les cités. Il faut également rétablir la conscience citoyenne. » (lien).

« La haine des cités, les intifadas contre les forces de l'ordre, les sauvageries qui s'annoncent… »
Voilà qui ressemble à un portait en creux d’une police de proximité qui s’appuierait sur le maillage des acteurs locaux (associations, médiateurs, « grands frères ») pour rétablir un minimum de paix sociale. La gauche avait donc des bonnes idées en matière de gestion de la sécurité et son supposé « angélisme » a donné de bien meilleurs résultats que le Père fouettard avec son taser et son flash-ball. Les propos du secrétaire régional du syndicat de police Alliance (Ile-de-France) sonnent comme l’aveu intrinsèque que la politique de répression s’est avérée un échec cuisant pour tout le monde, policiers y compris. L’imposteur populiste qui a réponse à tout, est comme à chaque fois, désavoué par la dure réalité. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les policiers sont de plus en plus nombreux à dénoncer une politique répressive contre productive et que le divorce entre le « premier policier de France » et les véritables acteurs sur le terrain se fait jour doucettement… Heureusement que le génial adepte de la « rupture » peut compter sur quelques fans énamourés comme Pascal Sevran, Doc Gynéco, Johnny Hallyday et sur la fidélité sans faille du Figaro (lien). L’habituel broyeur d’enturbannés du quotidien nous a pondu sa dose hebdomadaire de compost odorant en sabrant ceux qui osent critiquer le génie court sur pattes.
« C'est tout simple. La haine des cités, les intifadas contre les forces de l'ordre, les sauvageries qui s'annoncent : la faute de Nicolas Sarkozy. Le malaise existentiel des Français, le pessimisme qui court les rues, la crainte d'un éclatement de la nation : Sarkozy. La montée de l'insécurité internationale, la menace de l'islam intégriste, le risque de guerre mondiale : Sarkozy, toujours. » s’énerve le trublion au service du marchand de tromblons. Notez au passage que le pamphlétaire a réussi à nous caser en quelques lignes quelques unes de ces fantasmagories apocalyptiques préférées, « intifadas des banlieues », « sauvageries », « l’éclatement de la nation », la « montée de l’insécurité internationale », la « menace de l’islam intégriste » et même le risque d’une « guerre mondiale ». Prenez la diatribe initiale et la thématique sous-jacente et vous comprendrez mieux les sombres méandres de la pensée du preux chevalier qui défend le petit Nicolas. Il suffit de remplacer Nicolas Sarkozy la victime, par « arabe » et le vilain tour est joué. « Intifadas » des banlieues, « sauvageries », « l’éclatement de la nation », la « montée de l’insécurité internationale », la « menace de l’islam intégriste », c’est la faute de Nicolas Sarkozy ou le fait de la cinquième colonne arabe ? Devinez quelle est la réponse… Le reste de l’article, tout à la gloire du pourfendeur des banlieues peuplées de Sarrasins, ne souffre d’aucune ambiguïté, il est question du fumeux « choc des civilisations » si cher à l’Empereur fou que l’on essaye de nous refourguer en le parfumant avec les épices locales. Un avant-goût de la campagne ou une mise en Bush ?
Il y a un an… :
Black Black Black - 3 little birds - Le prophète - Boîte noire, laser rouge - Super production - Constat accablant - L'urgence de l'Etat - Prémonitoire - Echec total du tout sécuritaire -L'impatient imposteur - Faits et méfaits - Couvre feu et couvre chef - Surenchère électoraliste - Braises électorales - Pêche aux voix
Fan club de l’Empereur à talonnettes :
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Liens :
«La France invisible», un pavé dans les marges (Libération)
Un Etat policé ou policier ? (Agoravox)
Ni anniversaire ni commémoration à l'UMP des violences urbaines (Libération – Reuters)
Les ravages de la corruption (L’Express)
Les Français inégaux face à la santé (L’Express)
Sarkozy, grandi par ses lyncheurs (Figaro)
« (…) Voltaire avait noté, dans son Traité sur la tolérance, « cette sombre superstition qui porte les âmes faibles à imputer des crimes à quiconque ne pense pas comme elles ». C'est ce que connaît Sarkozy à son tour, bouc émissaire d'une flopée de bien penseurs en dépôt de bilan. Pour ces fervents du consensus mou et du déni des faits, le candidat pour 2007 en a déjà trop dit en désignant des désordres et leurs responsables. Les nommant, ne les a-t-il pas créés ? (…)
Cependant, la pensée clonée et le réflexe de l'excuse ne satisfont plus la lucidité des Français. Les reproches faits au ministre pour ses opérations de police sont autant d'arguments offerts aux voyous, qui se disent agressés et veulent être vouvoyés. Certes, l'unanimisme contre Sarkozy fait trop d'honneur à l'audace de celui qui a infléchi son libéralisme pour chercher à plaire à bon compte. Mais ces lyncheurs qui se lâchent, nostalgiques du penser faux, ne peuvent que le grandir. (…)
Si la nation « c'est l'envie de vivre ensemble », pour reprendre Sarkozy dans la revue Le Meilleur des mondes, un rejet de la France se laisse voir. Les guérillas civiles, mimant la résistance palestinienne, mettent en scène une fracture culturelle. Dans le même quartier d'Épinay qui a vu une patrouille de la brigade anticriminalité (Bac) tomber dans un traquenard, fut tué il y a un an, sous les yeux de sa fille et de sa femme, Jean-Claude Irvoas qui s'était arrêté pour photographier un réverbère.
Jamais les immigrés arméniens, russes, italiens, polonais, espagnols, portugais ne tinrent rigueur à la France de leurs éprouvantes conditions de vie et d'une législation qui, votée par la gauche en 1932, réservait le travail aux Français et se gardait la liberté, sous le Front populaire (lois de 1938) de dénaturaliser et d'expulser au moindre prétexte. Jamais les Asiatiques d'aujourd'hui ne se sont plaints de n'être pas respectés, leitmotiv des cités musulmanes.
Les rebelles ne méritent pas tant de sollicitude. « (Ce) sont de petits fachos. Ils méprisent toute vie syndicale et ouvrière », commente Pascal Bruckner qui dénonce leurs « revendications victimaires » (Le Parisien, lundi). (…)
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CC Jung
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