France et souffrances

Publié le par cc jung in effect

Priorités à droite
 
L’année qui vient de s’écouler peut apparaître finalement riche d’enseignements sur la politique menée par la Majorité au pouvoir. Le gouvernement a fait des choix politiques notamment en matière économique. A nous d’en tirer les conséquences.
 
Des records qui en disent long… La bourse de Paris a connu une année exceptionnelle, atteignant des niveaux historiques, le CAC 40 (indice boursier qui prend en compte les 40 plus grosses valeurs) a franchi un nouveau cap en étant côté à 4.757,74, le 23 décembre dernier. Les grandes entreprises françaises, de Total à Airbus, ont affiché des bénéfices records qui se chiffrent en plusieurs milliards d’euros notamment pour les pétrolières. Le paquebot France, barré par le génial trublion Breton, file donc vers un avenir radieux ?
 
Pas du tout, répondraient les économistes en agitant la facturette, celle de la dette qui est colossale. La dette publique oscille effectivement entre 1000 milliards d’euros et 1500 milliards d’euros selon les experts, soit l'équivalent de 65% des ressources produites en France. Et pourtant, l’Etat a bradé frénétiquement les plus beaux joyaux de la couronne, de la cession des autoroutes françaises aux nombreuses privatisations à la découpe du service public. De quoi accumuler un joli magot dans les caisses de l’Etat qui paraissent pourtant, vides. Etrange contraste que celui dégagé par cette litanie nécessaire de chiffres et la réalité de l’endettement que les lobbies de l’ultra libéralisme brandissent déjà comme argument pour poursuivre leur œuvre de démolition sociale. Cynisme total et en grandes pompes. Plus c’est gros et plus cela passe. Qu’ont-ils fait de la cagnotte ? Mystère…
 
 
 
 

L'admirable baratineur en chef

 
 
 
 
Qui est aux manettes ?
 
Les grandes entreprises prospèrent, la bourse de Paris flambe et le gouvernement détruit consciencieusement le service public tandis que le code du travail, chaque jour un peu plus, est évidé à la cuillère dorée de son contenu législatif. Programme gouvernemental sans doute, politique calquée sur les desiderata du MEDEF, certainement. C’est à se demander parfois qui est réellement aux manettes du paquebot.
 
Gestion calamiteuse ? Certainement puisque l’Etat en lâchant la bride au patronat, en allégeant la pression fiscale sur les entreprises et les plus fortunés de nos concitoyens, a déséquilibré la balance des paiements. Dans un même temps, l’ultra libéralisme a effectivement accompli son funeste projet de destruction et de déstructuration du marché du travail pour l’« assouplir ». Pas une journée sans une ou plusieurs annonces de licenciements massifs, les fameuses charrettes boursières. La fonction publique fait fondre le mammouth à vue d’œil (le voilà prêt pour le musée d’histoire naturelle), les emplois jeunes ont été supprimés, le travail partiel est devenu la norme et la délocalisation, un mouvement de fond.
 
Moins de travail, plus de chômeurs, c’est moins de rentrées d’argent pour l’Etat, mathématique économique imparable. Les entreprises se frottent les mains, l’Etat suit, en véritable conseil d’administration bis, en soldant les protections sociales mais le citoyen n'y trouve pas son compte, loin de là. Livré à l'impitoyable machine à broyer des hommes, l'économie sauvage, il ne bénéficie d'aucune réelle protection. La notion de bien public et de bien-être public n’existe apparemment plus dans les prérogatives de ces élus, étrange délégation de pouvoir. Ils sont nommés pour quoi alors ?
  
 
Dynamos idéologiques d’extrême droite
 
Les conséquences de cette casse sociale apparaissent au grand jour : une précarité érigée en mode de vie, un chômage massif à peine déguisé par l’habituel tripatouillage des chiffres et une pauvreté endémique qui grignote désormais la classe moyenne. Cette crispation sociale enrichit paradoxalement le champs politique en fumier et en compost électoral puisque (c’est un mécanisme récurrent) la crise engendre toujours des tensions sociales que l’on a pris soin d’accommoder à quelques dynamos idéologiques d’extrême droite. Avant, c’était la faute des juifs (en Allemagne), des francs-maçons, des italiens, des maçons portugais, etc., aujourd’hui, c’est celle des enfants d’immigrés d’Afrique noire et du Maghreb. Difficile cependant d’affirmer qu’ils ôtent le pain et le travail aux français de souche puisqu’ils sont les premiers exclus du système. Pas de panique, les manipulateurs d’opinion ont bien des ressources.
 
Il ne restait donc plus qu’à exploiter le vivier des autres fantasmes qu’ils génèrent, des dealers barbus d’Alquaida aux familles polygames de rappeurs amateurs de tournantes sans oublier les pilleurs de caisses d’allocations. Ce qui fut fait consciencieusement par un important ministre de la République et ses acolytes avec les conséquences que l’on sait : trois semaines d’émeutes et un net glissement vers des discours encore plus extrêmes. Le centre de gravité de la politique française a basculé à l’extrême droite, manœuvre réussie. Une délocalisation des problèmes.
 
 
 
La banlieue et le bouc-émissaire idéal
 
 
 
 
Calamiteux bilan de l’UMP
 
Cette stratégie poursuit plusieurs buts plus ou moins avoués. Il y a tout d’abord la nécessaire diversion. Le bilan de la majorité au pouvoir est tellement calamiteux qu’il est quasiment impossible au futur candidat de l’UMP de s’appuyer sur une quelconque réussite sociale, économique (les grandes entreprises ne sont pas encore l’Etat, pour l’instant…) ou même diplomatique.
 
Les trois gifles électorales successives reçues par la majorité ont clairement indiqué le mécontentement et la fronde sociale. Rien de mieux donc que de déplacer le terrain de l’affrontement et du mécontentement en le positionnant sur la bonne vieille rengaine dérivative, celle du bouc-émissaire, sur fond d’islamisme, de terrorisme et d’amalgame. Une vraie réussite stratégique d’après les derniers sondages, les gogos ont gobé. La crise qui secoue la France est imputée à tout le monde sauf …à ceux qui la dirigent. Bien joué.
 
 
 
 
 

Flou total et crise d'identité

 
 
 
Les vrais artisans du désastre ambiant
 
La vraie attente des Français se situe bien du côté de l’insécurité il est vrai. Insécurité des lendemains, insécurité de l’emploi, insécurité sociale, précarité croissante et inquiétude, durcissement des conditions de vie avec la violence que cela induit nécessairement, voilà les attentes profondes adroitement cornaquées par les faiseurs d’opinion vers d’autres bruns pâturages. Les vrais artisans du désastre ambiant, ces imposteurs et incompétents, les gouvernants, agitent les douleurs, les peurs et les rancœurs pour en faire un cocktail fétide, en mélangeant tout et surtout n’importe quoi, prenant au passage le risque d’une insurrection qui a logiquement éclaté, une poussée de fièvre matée par ni plus ni moins, qu’un couvre-feu. Du jamais vu depuis l’époque des décolonisations.
 
Pour conserver leurs sièges et le pouvoir qui va de pair, ces avides incapables montent les couches de la population les unes contre les autres selon la séculaire maxime politique du « diviser pour régner ». Cela fonctionne encore aujourd’hui pour la simple et bonne raison que la conduite des hommes obéit aux mêmes injonctions depuis des lustres. Panem et circenses, le pain et le cirque. Pour le pain, ils nous mènent effectivement à la baguette ou au tonfa en attendant non pas Godot, mais le Taser. Pour le cirque, le nombre des prétendants est tel qu’il est impossible de tous les citer, de Raoult à Sarkozy en passant par Villiers et Grosdidier. 
 
 
On vit désormais…à crédit
 
Quelques liens proposés apportent un éclairage supplémentaire et forcément subjectif sur la situation. En ces temps de fête religieuse, la parole de paix des hommes d’église mérite un meilleur écho, de l’Abbé Pierre à l'archevêque de Poitiers, tous dénoncent une réalité palpable (Lien). Celle que vivent les foyers d’urgence qui accueillent de plus en plus de femmes et de jeunes, signe évident d’un malaise social (Lien). La hausse des crédits à la consommation suggère également que l’on commence à vivre… à crédit, tout simplement. Le salaire et les aides ne suffisent plus pour survivre, quel symbole (Lien) ! Last but not least, l ‘agité de la semaine a fait un flop dans son propre camps, le médiatique « Raoult », le ballon d’essai de la frange la plus dure du gouvernement. Devant les réactions indignées, ils ont botté en touche le rond peu emballant. Prochain essai ? Bientôt. On ne change pas une recette qui marche.
 
 
Liens :
 
 
L'abbé Pierre a mal à la France
 
 
 
Les jeunes des banlieues ont surtout besoin d'être aimés, selon l'archevêque de Poitiers
 
 
 
De plus en plus de femmes et de jeunes en urgence sociale à Paris
 
 
 
Le crédit à la consommation a le vent en poupe en France
 
 
 
Eric Raoult fait honte même à son propre camps
 
 
 
 
 
Ressources du site :
 
 
 
 
 
 

L'impatient imposteur  

 

Le sale air de la peur  

 

 
 
 
 
 
Etrange mise en page éclatée du fait de la nouvelle plate-forme d'Over_blog, sorry...
 
See U
 
 
CC JuNg

Publié dans Omegactualité

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Yoav 26/12/2005 20:49

Un article brillant qui résume bien l'état castraphophique dans lequel  se trouve notre pays : vive la précarité et l'ère du jetable ! :(

la chroniqueuse 26/12/2005 19:50

Ton article est vraiment riche (moi à coté c'est vraiment de l'amateurisme).
"Rien de mieux donc que de déplacer le terrain de l’affrontement et du mécontentement en le positionnant sur la bonne vieille rengaine dérivative, celle du bouc-émissaire, sur fond d’islamisme, de terrorisme et d’amalgame. Une vraie réussite stratégique d’après les derniers sondages, les gogos ont gobé. La crise qui secoue la France est imputée à tout le monde sauf …à ceux qui la dirigent. Bien joué."
Merci pour ton com, j'avoue que j'aimerai plus de précision sur arno klarsfeld il me chiffonne mais je ne connais pas vraiment le personnage, si tu voulais m'expliciter tes raisons, cela me serait utile...enfin si tu as le temps
:o)

Hasting 26/12/2005 17:38

Sinistre bilan, le raccourci que tu en fais est saisissant ! Bravo.