3 little birds

Publié le par cc jung in effect

Cuti-réactions

 
La crise que la France vient de traverser aura peut-être eu un seul mérite, celui de renouer les fils du dialogue, de susciter de l’écoute même si elle est ponctuelle, calculée et quelque peu distante. Elle aura également eu le mérite de faire tomber bon nombre de masques tant la problématique est passionnelle. De la fine analyse de Baudrillard, à celle plus épidermique de M. Kassovitz en passant par la diatribe haineuse et caricaturale de Maurice G. Dantec, il y a un gouffre vertigineux. Trois lectures des évènements et trois visions originales.
 

 

« Nique ta mère ! »

 
Voitures brûlées et non au référendum sont les phases d'une même révolte encore inachevée.
par Jean BAUDRILLARD (sociologue).

Il aura fallu que brûlent en une seule nuit 1 500 voitures, puis, en ordre décroissant, 900, 500, 200, jusqu'à se rapprocher de la «normale» quotidienne, pour qu'on s'aperçoive que chaque nuit 90 voitures en moyenne brûlaient dans notre douce France. Une sorte de flamme perpétuelle, comme celle de l'Arc de triomphe, brûlant en hommage à l'Immigré inconnu. Aujourd'hui reconnu, le temps d'une révision déchirante, mais tout en trompe-l’œil.
 
 
Une chose est sûre, c'est que l'exception française, qui avait commencé avec Tchernobyl, est révolue. Notre frontière a bien été violée par le nuage radioactif, et le «modèle français» s'effondre bien sous nos yeux. Mais, rassurons-nous, ce n'est pas le seul modèle français qui s'effondre, c'est le modèle occidental tout entier qui se désintègre, non seulement sous le coup d'une violence externe (celle du terrorisme ou des Africains prenant d'assaut les barbelés de Melilla), mais encore de l'intérieur même.
 
 
 
L'exil de l'Européen dans sa propre société
 
La première conclusion ­ et ceci annule toutes les homélies et les discours actuels ­ c'est qu'une société elle-même en voie de désintégration n'a aucune chance de pouvoir intégrer ses immigrés, puisqu'ils sont à la fois le résultat et l'analyseur sauvage de cette désintégration. La réalité cruelle c'est que si les immigrés sont virtuellement hors jeu, nous, nous sommes profondément en déshérence et en mal d'identité. L'immigration et ses problèmes ne sont que les symptômes de la dissociation de notre société aux prises avec elle-même. Ou encore : la question sociale de l'immigration n'est qu'une illustration plus visible, plus grossière, de l'exil de l'Européen dans sa propre société (Hélé Béji).
 
 
 
Propaganda damage
 
 
 
 
 
La vérité inacceptable est là : c'est nous qui n'intégrons même plus nos propres valeurs et, du coup, faute de les assumer, il ne nous reste plus qu'à les refiler aux autres de gré ou de force.
Nous ne sommes plus en mesure de proposer quoi que ce soit en termes d'intégration ­ d'ailleurs, l'intégration à quoi ? ­, nous sommes le triste exemple d'une intégration «réussie», celle d'un mode de vie totalement banalisé, technique et confortable, sur lequel nous prenons bien soin de ne plus nous interroger. Donc, parler d'intégration au nom d'une définition introuvable de la France, c'est tout simplement pour les Français rêver désespérément de leur propre intégration (…)
 
 
Cette société doit affronter une épreuve bien plus terrible que celle de forces adverses : celle de sa propre absence, de sa perte de réalité, telle qu'elle n'aura bientôt plus d'autre définition que celle des corps étrangers qui hantent sa périphérie, de ceux qu'elle a expulsés et qui, maintenant, l'expulsent d'elle-même, mais dont l'interpellation violente à la fois révèle ce qui se défait en elle et réveille une sorte de prise de conscience. Si elle réussissait à les intégrer, elle cesserait définitivement d'exister à ses propres yeux. (…)
 
 
Une révolte qui n'est pas près de prendre fin
 
(…) Rien n'empêchera nos politiciens et nos intellectuels éclairés de considérer ces événements comme des incidents de parcours sur la voie d'une réconciliation démocratique de toutes les cultures, tout porte à considérer au contraire que ce sont les phases successives d'une révolte qui n'est pas près de prendre fin.
J'aurais bien aimé une conclusion un peu plus joyeuse ­ mais laquelle ?
 
 
Dernier ouvrage paru : Les Exilés du dialogue avec Enrique Valiente Noailles (Galilée, 2005).
 
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Chaos computer design
 
 
 
 
 
« Moi m'excuser beaucoup »
 
 
 
« Très franchement, accuser de bestialité et de sauvagerie trois pauvres chômeurs en BMW parce qu'ils s'étaient sentis insultés par l'appareil photographique obscène que dirigeait vers leurs lampadaires cet obscur tâcheron de l'urbanisme, non, ce ne peut être toléré, et surtout pas par moi, en tout cas plus du tout depuis que j'ai lu l'intégrale des oeuvres de Pierre Marcelle et d'Aude Lancelin, entrecoupée de l'écoute répétée des sketches de Dieudonné et des cassettes d'information coranique de Tariq Ramadan.(…)
 
 
Ainsi, très humblement, je le dis et le redis : moi m'excuser beaucoup envers tous ces jeunes artistes qui transforment Clichy-sous-Bois et les villes adjacentes en une vaste performance de Land-Art pyrotechnique dont on se demande bien pourquoi elle n'est pas sponsorisée par Jack Lang, ou Delanoë. C'est beau, en effet, une ville qui brille la nuit. Voilà des " nuits blanches " qui se teintent de l'orange éclatant de l'essence enflammée. Il serait absurde d'en nier la portée esthétique. (….)
 
 
Maurice G. Dantec

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Cocteau Twins
 
 
 
 
 
La france d'en bas...
 
« Si les banlieues explosent une nouvelle fois aujourd’hui, ce n’est pas dû à un raz le bol général des conditions de vies face auxquelles des générations entières « d’immigrés » doivent se battre quotidiennement. Il n’y a malheureusement pas de combat politique dans ceux qui opposent les jeunes de cités à la police de Nicolas SARKOZY. Ces voitures qui brûlent sont des réactions cutanées face au manque de respect du ministre de l’intérieur envers leur communauté.
Nicolas SARKOZY n’aime pas cette communauté, il veut se débarrasser de cette « racaille » à coups de Karcher et il le hurle haut et fort au milieu d’une cité « chaude » à 11 heures du soir. »
 
 
Article dans son intégralité :
 
 
 
See U
 
CC JuNg
 

Publié dans Omegactualité

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Hasting 21/11/2005 12:44

"Une sorte de flamme perpétuelle, comme celle de l'Arc de triomphe, brûlant en hommage à l'Immigré inconnu." Bravo, c'est aussi beau que vrai... Et merci pour le lien vers Kassovitz, une découverte.
Merci aussi (et comment !) de m'avoir mis en lien sur ton site et sous un joli titre très... cannois.