Surenchère électoraliste

Publié le par cc jung in effect

Ces cités…

 
Loin de privilégier l’apaisement dans les cités au bord de l’émeute, une partie de la classe politique, ministre de l’intérieur en tête, a choisi l’option répressive comme seule réponse au malaise croissant dans les banlieues. Erreur de diagnostic, raideur des postures et aveuglement laissent présager des lendemains difficiles.
 
Les pompiers pyromanes, on les connaissait dans les vastes étendues de garrigues et de maquis dans le sud de la France, on les découvre aujourd’hui dans les hémicycles et à la tête de l’Etat. Non contents d’avoir fait dégénérer un fait divers tragique en une violente émeute par une gestion de crise calamiteuse, ils nient complaisamment la réalité des faits propre aux cités « difficiles ».
 
A la stigmatisation insidieuse, à l’amalgame infamant, à la caricature et à la provocation, ils ajoutent mépris, méconnaissance et démonstration de force malvenue dans ce cadre précis.  Petite piqûre de rappel pour ceux qui ont oublié de lire la notice : Deux adolescents qui revenaient d’un match de football (activité illicite, des hooligans sans doute) sont interpellés par une patrouille de Police. Peur panique, fuite désespérée des deux ados qui n’hésitent pas à franchir les trois mètres de murs hérissés de barbelés pour se réfugier… dans un transformateur électrique. Bilan : deux morts, deux innocents électrocutés. La suite ? Une litanie de dérapages.
 
Le Ministre de l’Intérieur, en vraie fée du logis, promettait le grand nettoyage technique avec du matériel sophistiqué (Karscher) dans les banlieues, lieux où tout le monde le sait, réside la « racaille ». Réactualisation du terme « sauvageons » avec la même connotation larvée en filigrane, le même relent aux frontières nauséeuses de l’extrême droite. Le bruit et l’odeur de … la délinquance colorée. Deux morts donc dans de tragiques circonstances et tout de suite, le parapluie est ouvert pour protéger… la Police.
 
 

Complexe

 
 
 
 
Les deux footballeurs en herbe sont présentés comme… des cambrioleurs en cavale qui auraient choisi la mauvaise planque. Calomnie, mensonge et pas une once de repentir pour les « fonctionnaires de la peur ». Terroriser les terroristes disait l’un, pour l’autre, il s’agit à présent, à la Minute même…, de terroriser tout ce qui court (jeune), qui est identifié comme cible (jeunes des banlieues) et comme récipiendaire des ébauches de la discrimination positive (français Mais d’origine étrangère…). Négation du déroulement des faits et mépris de la douleur des familles victimes suscitent alors colère et indignation, début de la mise à feu.
 
Au lieu de temporiser, le premier flic ne trouve rien de mieux que de sonner la troupe contre ces hordes de délinquants présupposés à l’indignation rocailleuse. « Bataillons de CRS », « reconquête des territoires », le langage est martial et la réponse brutale. Nouveau bilan : arrestations à l ‘aveuglette et tirs de grenades dans un lieu de culte. Imagine-t-on des grenades lacrymogènes lancées en plein office religieux dans n’importe quelle église catholique ou protestante pour s’étonner du peu d’indignation que cette bavure suscite. Embrasement.
 
 
 

Réponse

 
 
 
 
Cette fois-ci les choses sont allées trop loin pense-t-on, il faut arrêter le manège infernal. Pas du tout ! Négation obstinée des faits et mauvaise foi de Nicolas. Qui dit que les grenades policières ont été lancées par des policiers ? La perspective des élections, une certaine mollesse dans les sondages et l’obstination teigneuse de celui qui croit détenir les vérités universelles expliquent sans doute cette fuite en avant délétère. Une bonne petite émeute des banlieues, quoi de mieux pour faire une démonstration réglementaire du futur état policier qui sortira des urnes ? Pompiers pyromanes.
 
Les émeutes ? Des faits de rébellion d’une poignée de casseurs, des dealers que l’on dérange, une économie souterraine en transe… A ces parias de la société, ces jeunes sans avenir, sans identité républicaine, harcelés par les forces de l’ordre au quotidien, on nie également la capacité d’indignation et de révolte devant d’intolérables dérapages verbaux, de la calomnie et le matraquage en règle pour toute conclusion à cette bavure en continu. Aux uns, la grandeur des jacqueries et des révolutions qui ont donné au peuple la République, aux autres les CRS, les grenades lacrymogènes et la stigmatisation. Démagogues.
 
Ces voitures qu’ils brûlent aujourd’hui, ces écoles, sont pourtant les leurs. Politique de la terre brûlée dans des territoires perdus, en marge, au ban de la société dite « civilisée ». Celle qui a du travail, des entreprises, des bénéfices colossaux, la Bourse, des réseaux, des délits d ‘initiés et des initiés au délit, en col blanc, des postes à pourvoir, des emplois fictifs, des marchés, des intellectuels, des copinages, des énarques pensifs et penseurs de la République, des commissions, des voix dans les urnes ponctuellement, des sondages et l’avenir devant eux…
 
 
 

 
 
 
 
Ce sont aux reliques de l’espoir qu’ils mettent le feu. Cruel désarroi, absence de dialogue, absence de relais d’opinion, absence de tout. Celui qui n’a pas d’avenir n’a rien à perdre, il lui reste parfois juste assez de dignité pour refuser de servir de paillasson électoral, de punching ball au corps d’élite de notre société démocratique, la Police. Il lui reste parfois assez de dignité pour dire sa colère ravalée chaque jour à l’occasion du énième contrôle policier, des quolibets de ceux qui sont en uniformes, des fouilles aux corps, des lettres de motivation démotivées, du RMI, du gâchis, des soupçons et de l’injustice érigée en système de vie. Erreur de diagnostic.
 
A ce malaise généralisé, Sarkozy a pour seul réponse sociétale, des escadrons de policiers et un arsenal répressif sans commune mesure. Le syndicat policier « Alliance » ( le bien nommé) demande un couvre-feu ( ?!), d’autres prônent même l’intervention de l’armée ( ???? !!!!!), absurde logique de guerre civile. Pourquoi pas un bombardement massif (par le biais de frappes chirurgicales) de ces insurgés, sur ces bastions futurs d’AL Quaida sur Seine ?
 
Il est temps en effet de sonner la mobilisation, non pas celle dont rêvent tous les cow-boys au brassard orange, ces avants postes du front mais celle, pour une revitalisation en profondeur de la Nation (Une et indivisible) en sauvant ses banlieues, ces lieux qui ne doivent plus être mis au ban, ces "villes nouvelles" qui ne sont pas encore mortes puisqu’elles bougent encore. On peut même dire qu’au delà de toute espérance, elles pêtent le feu !
 
 

 

Liens :

 

Une colère qui court au-delà de Clichy (excellent article à lire absolument.)

  
 
 
 
L'Unsa police demande à Nicolas Sarkozy de modérer son langage
 
 
 
 

Les limites d'une politique

 
 
 

Tolérance zéro

 
 
 
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Publié dans Omegactualité

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