La folie planifiée de Bush Jr
Ainsi donc Bush vient de décider de ne pas tenir compte de sa propre opinion publique, du rapport Baker et de l’opposition des Démocrates. L’Empereur vient de présenter un nouveau plan victorieux qui consiste en l’envoi de troupes supplémentaires en Irak. Cette démarche ressemble comme deux gouttes d’eau à la gestion calamiteuse de la guerre du Vietnam et on ne trouve plus personne pour cautionner cette fuite en avant qui apparaît délirante. Cette obstination et ce déni de la réalité peuvent être analysés de mille manières mais la réalité est bien plus simple. Les néo-conservateurs préparent la goinfrerie planétaire depuis près d’un demi-siècle et ils ne semblent pas prêts à renoncer à l’orgie d’autant que de puissants intérêts agissent en coulisses pour profiter de cette situation chaotique mais avantageuse. L’Empereur n’est finalement qu’un jouet obéissant entre les mains des instigateurs du Nouvel ordre mondial promulgué par son propre père…
Hallucinant. C’est sans doute le mot qui est venu à la bouche de ceux qui ont écouté …Bush présentant son nouveau « plan victorieux » pour l’Irak il y a quelques jours à peine (lien AFP). Exit les sages recommandations du rapport Baker qui prévoyaient un retrait échelonné et l’ouverture de négociations avec l’Iran et la Syrie qui mènent, d’une manière ou d’une autre, le jeu stratégique dans la région. Oubliés également les sondages d’opinion de plus en plus défavorables à l’occupation américaine en Irak. Au rythme élevé des pertes dans les rangs de l’US Army, ils devraient atteindre bientôt des sommets de mécontentement. Oublié également le raz-de-marée démocrate qui symbolisait mieux que tout, l’irruption pétaradante de la question irakienne dans le débat politique local et surtout, la désaffection des électeurs pour une administration qui avait poussé le mensonge à son paroxysme. Un mensonge sanglant, c’est ainsi que l’Irak est désormais perçu par le citoyen lambda que l’on a si longtemps abreuvé d’Al Quaeda (l’ennemi imaginaire et…pratique), de lutte contre le terrorisme (pour masquer la prédation pétrolière en cours) et d’axes du Bien et du mal manichéistes et simplistes à l’extrême.
L’histoire jugera sans doute cet acharnement dans l’échec avec tous les ressorts de la psychologie typiquement américaine, en discernant les enjeux du moment et les priorités stratégiques ou en couronnant définitivement l’Empereur comme le roi des imbéciles mais la réalité s’avère sans doute plus prosaïque, moins mystique et faussement messianique qu’elle en a l’air. Le Néron texan reproduit les mêmes erreurs avec une constance qui frise l’inconscience la plus totale ou la naïveté la plus dangereuse, en apparence. Il faut se souvenir que le pantin de la Maison Blanche n’a jamais eu la moindre vision de sa mission républicaine, qu’il n’a jamais brillé par son érudition ou sa profondeur d’esprit et qu’il est bien incapable de comprendre la portée historique de son mandat. Il a même été choisi et imposé pour cela (via des élections éhontément truquées), pour sa docilité de médiocre figurant et son absence totale d’analyse rétrospective ou prospective. Il obéit à un cénacle, celui des néo-cons et du complexe militaro-industriel tant redouté par l’un de ses prédécesseurs, le très lucide Eisenhower (lien Voltaire).
La figure emblématique Bush que l’on prend plaisir à rouler dans la fange est un exutoire commode car le bonhomme n’est finalement rien d’autre que l’otage d’un groupe de l’ombre qui l’a fait et peut le défaire comme une marionnette soudainement désarticulée. Il est l’obligé justement de tous les lobbys et de tous les courants souterrains qui l’ont maladroitement assis sur le trône. Le 11 septembre 2001 a d’ailleurs constitué un message clair sur la détermination de ses forces occultes qui travaillent dans l’ombre pour faire perdurer ce chaos constructif et…lucratif. Tout le monde a oublié cet épisode très instructif, celui des « terroristes » qui ont directement contacté l’homme le plus puissant de la planète via sa ligne de téléphone ultra-sécurisée pour le menacer le jour des attentats. Personne ne saura jamais la nature des menaces proférées mais l’utilisation même de ce canal plus que protégé (cette ligne est l’ultime maillon de la chaîne de commandement militaire), suggère fortement une implication des plus hautes sphères de la défense nationale dans ce qui ressemble à un coup d’état ou un coup de semonce.

« Pour la cinquantaine d’années à venir, le futur appartient à l’Amérique »
On ne peut résister à la tentation de citer Robert Strausz-Hupé, le fondateur de la très puissante FPRI (Foreign Policy Research Institute ), un institut de géopolitique américain qui a formé entre autres, Kissinger et toute une descendance d’idéologues qui manœuvrent dans les coulisses du Pentagone en ce moment. Le fondateur de la revue politique Orbis, dès le premier numéro de la revue qui allait devenir une référence, publiait un article éloquent, « l’équilibre de demain » qui jetait les bases du Nouvel ordre mondial qui ressemble à s’y méprendre au chaos actuel. Il s’agit donc d’un chamboulement mûrement réfléchi et théorisé depuis belle lurette comme en témoigne cette profession de foi sans ambiguïté : « L’ordre mondial qui se profile sera-t-il celui de l’empire universel américain ? Il doit en être ainsi, dans la mesure où il portera le sceau de l’esprit américain. L’ordre à venir marquera la dernière phase d’une transition historique et en finira avec la période révolutionnaire de ce siècle. La mission du peuple américain consiste à enterrer les États-nations, guider leurs peuples endeuillés vers des unions plus larges, et intimider par sa puissance les velléités de sabotage du nouvel ordre mondial qui n’ont rien d’autre à offrir à l’humanité que de l’idéologie putréfiée et de la force brute… Pour la cinquantaine d’années à venir, le futur appartient à l’Amérique. L’empire américain et l’humanité ne seront pas opposés, mais simplement deux noms pour un même ordre universel sous le signe de la paix et du bonheur. Novus orbis terranum (Nouvel ordre mondial) » (lien Voltaire).
Voilà qui en dit long sur les ressorts qui animent ces froids théoriciens, il suffit d’ajouter à cette décoction machiavélique, les puissantes multinationales qui sont l’autre versant de la domination absolue et de la razzia en cours. Vous obtenez ainsi un panorama plutôt effrayant de la tectonique des plaques qui secoue le monde actuellement. Et comme le cynisme et le culot ne dérangent absolument pas ces instigateurs cupides et avides, on s’étonnera à peine de la énième demande de rallonge budgétaire pour l’Irak sachant que les sommes déjà dépensées en pure perte sont faramineuses (lien Libération). En pure perte mais pas pour tout le monde puisque les entreprises « amies » et contributrices de la campagne Bush (Halliburton, Bechtel, KBR and Co) engloutissent ces milliards de dollars alloués à la reconstruction de l’Irak et à la logistique militaire tandis que la capitale irakienne offre toujours le spectacle d’une ville désolée, privée d’eau, de voirie et d’électricité la plupart du temps. Les milliards de dollars s’évanouissent mystérieusement tandis que le président ne cesse de demander de nouvelles enveloppes à chaque nouveau plan victorieux mis en route (nous en sommes au…huitième…). Seul indice pour expliquer cette évaporation de liquidités, les résultats bénéficiaires des compagnies associées au pillage qui atteignent des records depuis l’avènement de Bush au pouvoir.

Une irrésistible frénésie destructrice
Tous les observateurs y compris dans son propre camp disent l’absurdité de cette augmentation minime des effectifs pour stabiliser un pays en pleine guerre civile (liens Libération – Mondialisation.ca – AFP), un pays où les combats secouent la capitale trois années après la fin officielle de la guerre (liens AFP), une contrée où les GI’s formés à la va-vite et terrorisés ajoutent du chaos au chaos sans la moindre chance d’une issue favorable (lien Defensa). D’ailleurs, comme le fait justement remarquer Remy Ourdan dans le Monde (lien), ce plan qui se veut novateur est une imposture de plus : « ce renfort va, selon lui, mener au "succès". Ce que le président américain oublie notamment de préciser est que le fait de passer de 132 000 à 153 500 hommes a déjà été expérimenté - le contingent américain a atteint jusqu'à 160 000 hommes en décembre 2005 - sans mener à une quelconque amélioration de la situation, bien au contraire. ». L’excellent dessinateur Chappatte illustre plutôt bien cet élan suicidaire et cet échec déjà annoncé (lien).
Le vrai mot pour qualifier cette conduite à tombeau ouvert justement est celui de fuite en avant puisque l’Empire semble pris d’une irrésistible frénésie destructrice à l’image de ces bombardements meurtriers en Somalie qui ont fauché une centaine de civils (liens Le Monde – Reuters – AFP). Ivre de sa puissance militaire incontestable, l’Empire semble devenu au fil du temps, une machinerie aveugle et incontrôlée qui détruit inlassablement tous les signes évidents de l’échec de sa stratégie qui se voulait triomphante et victorieuse.
Livrée depuis une quinzaine d’années à des chefs de guerre qui faisaient régner la terreur, la Somalie est devenue le dernier terrain de jeu impérial. Suprême ironie, ces « mad max » qui ont infligé de lourdes pertes aux troupes US lors d’un très médiatique débarquement (opération « Restore hope », 1993, voir également « la chute du faucon noir » de Ridley Scott), voient aujourd’hui les bombardiers US voler…à leur secours. Il faut dire qu’ils ont eu entre-temps, la bonne idée de rebaptiser leur bande armée après le 11 septembre 2001, en un groupe de lutte contre les terroristes (sic) et de désigner leurs adversaires islamistes comme des « membres d’Al Quaeda ». Dans un réflexe très pavlovien et surtout pour protéger la route du pétrole qui passe par la corne de l’Afrique, l’Empire s’est jeté dans la mêlée (lien Defensa) sans le moindre mandat et sans la moindre admonestation de la communauté internationale qui regarde ailleurs, comme d’habitude…
Après l’Afghanistan en proie à une violence qui va crescendo, après l’Irak qui sombre dans une guerre fratricide (liens Libération), après l’exercice brillant de la succursale impériale (Israël) au Liban, c’est donc au tour de la Somalie de bénéficier des remèdes miracles de l’Oncle Sam, le fossoyeur en chef et le génial entrepreneur du « chaos constructif ». Les néo-conservateurs qui ont planifié la chute du communisme et l’émergence de la seule superpuissance américaine, attendaient cette conjonction historique favorable depuis près de cinquante années. Très paradoxalement, ils semblent complètement dépassés par les évènements et la tournure des choses d’autant que l’horloge du temps s’égrène et que la liste des ratés s’allonge à vue d’œil.

Voilà un péché d’orgueil mortifère qui risque de nous coûter cher
Forts d’une hégémonie sans contestation possible, ils avaient prévu de faire table-rase d’un équilibre approximatif du monde pour imposer par le glaive et la duplicité, leur fameux Nouvel ordre mondial qui s’apparente plus à un nouveau chaos mondial. Le pire, c’est ce sentiment d’urgence qui gagne les conspirateurs de l’ombre qui tirent les ficelles depuis le Pentagone et Tel Aviv (voir liens très instructifs du Réseau Voltaire sur le Liban et l’article de Michel Chossudovsky). Il faut faire vite avant que Bush ne trébuche, deux années à peine pour mettre en branle un plan qui attend dans les cartons depuis près de cinquante années. C'est parce que rien n'a fonctionné...qu'il faut mettre les bouchées doubles, telle est leur nouvelle inspiration. Englués dans tous les théâtres d’opérations, empêtrés dans un bourbier irakien qui profite au voisin iranien, ces conjurés ont adopté la pire des attitudes en niant l’échec total de leur aventureuse politique en manigançant une nouvelle folie militaire avec l’amer caviar iranien au menu. Ces gens-là ne peuvent se résigner à perdre du fait de leur colossale supériorité et de l’absence de réaction d’une Europe noyautée (lien Voltaire sur Angela Merkel). Voilà un péché d’orgueil mortifère qui risque de nous coûter cher. Les deux dernières années de règne de l’Empereur transformé en jouet abruti entre les serres des faucons prédateurs s’annoncent comme celles de tous les dangers, hélas. Rien ne pourra arrêter l’équipage de fous dangereux parce que trop d’intérêts (l’or noir…) sont en jeu. L’Alaska n’est même plus épargné par l’avidité de ces goinfres, c’est dire leur appétit toujours vorace. (lien AP)

Liens :
Le FPRI et Robert Strausz-Hupé (Voltaire)
Bush lâché par les siens (Libération)
À qui profite l'escalade du chaos en Irak ? (Mondialisation.ca)
" Trois mille militaires étasuniens sont morts, plus de 22.000 sont blessés, et des dizaines de milliers seront mentalement traumatisés par leur mission en Irak. Sans compter les centaines de milliers de civils irakiens tués dans cette guerre. Nous avons dépensé 400 milliards de dollars jusqu'ici, sans même apercevoir notre objectif final. "
Ron Paul est un élu républicain du Texas au Congrès.
Excellent dessin de Chappatte sur l’Irak
Tirs à Mogadiscio, un raid américain aurait tué 70 civils (Libération – Reuters)
En avant pour la Somalie (De Defensa)
Le mollah Omar n'a pas vu Ben Laden (Libération)
Les talibans règnent au Waziristan (Libération)
Guantanamo, cinq ans de «routine hideuse» (Libération)
La « diabolisation » des musulmans et la bataille pour le pétrole ( par Michel Chossudovsky )
(…) Les pays musulmans possèdent les trois quarts des réserves de pétrole mondiales. Les États-Unis ne détiennent que 2 pour cent du total des réserves de pétrole.(…)
La longue route d’Israël vers la guerre de Juillet 2006 (Voltaire Partie 1 - Jürgen Cain Külbel, (Voltaire Partie 1 - Jürgen Cain Külbel, ancien enquêteur de la police criminelle de RDA (1974-1988), Jürgen Cain Külbel est journaliste indépendant et écrivain)
Les réseaux terroristes israéliens au Liban (Voltaire – partie 2)
L'Iran n'entend pas sortir du Traité de non-prolifération (Libération – Reuters)
George W. Bush lève l'interdiction de forage du pétrole et du gaz dans la baie de Bristol en Alaska ( AP)

Ressources du site :
Les 2 tours et la diagonale du Fou - Olmert, Carter et l'omerta - Irak : la victoire virtuelle est bien une fiction - USA : le mensonge empire - Le Vietnam, le mot est lâché - Moyen Orient : une destruction planifiée - L'Empire a de...l'imagination - La bannière étiolée - Mortelles comparaisons -Le "chaos constructif" est un peu k.o - Attentats virtuels mais vraies retombées - La curieuse histoire de la fin de Zarquaoui - Voix discordante et faits concordants - Terrain miné - 3 petites oranges amères - La technique du chaos - Naissance d'une junte militaro-industrielle - La bannière étiolée - Le spectre de My Lai - Guerre de chiffres - Bas Bush - Iran, Irak, mêmes mensonges, même effet - L'homme du 11 septembre - La litanie sanglante - Le Mollah motard - Irak : la Compagnie Zarkaos... - Guantanamo air line...-Un jour comme un autre en Irak - 11 septembre : des étudiants pas comme les autres - Guantanamo : le silence complice - Terrorisme : à qui profite le crime ? - Un petit flash-back impérial...
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CC Jung
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