La curieuse histoire de la fin de Zarquaoui
Comme toujours lorsque la communication de l’Empire fait du sensationnalisme à grands coups de communiqués triomphants, il faut laisser passer un peu de temps pour soulever le voile et traquer les incohérences. Annoncée comme une grande victoire de la Coalition, la mort du très controversé Zarquaoui pourrait être le fruit d’un pur hasard que le Pentagone s’est empressé de récupérer en maquillant le déroulement des faits. Quelque soit la version retenue, la mort du terroriste jordanien s’avère aujourd’hui à double tranchant pour la communication de l’armée américaine. Zarquaoui n’est plus là pour endosser la responsabilité de la cinquantaine d’attentats qui secouent quotidiennement le pays et la violence ne fait qu’empirer…Il sera de plus en plus difficile désormais de masquer la réalité de l’insurrection contre l’occupation étrangère, faute de paravent.
Une grande victoire de la Coalition et des services jordaniens. Telle était la teneur du message que la communication de l’Empire relayait un peu partout à l’annonce de la mort de Zarquaoui, le 8 juin dernier. Le grand manitou d’Al Quaeda en Irak, l’insaisissable fantôme et son cadavre pouvaient enfin être exhibés au monde entier. Les shérifs avaient bien fait leur travail, dead et surtout pas alive le méchant Zarquaoui. Une petite bombe très intelligente avait pulvérisé le méchant égorgeur (surtout de civils irakiens…) et ses complices, du beau travail. Good job guys ! Enfin, cela, c’est la version officielle…
Les premières informations livrées sur les circonstances de la mort du terroriste semblaient au départ limpides comme toujours. Filés depuis plusieurs jours, localisés dans leur repaire près de Bakouba, à 60 km au nord de Bagdad, Zarquaoui et ses sanglants sbires n’ont pas résisté au bombardement de leur cache par un chasseur américain (deux bombes de 250 kg ). Le commandant des forces américaines en Irak, le général George Casey, indiquait même ce jour-là, que l’opération avait réussi grâce à « "des renseignements obtenus de hauts responsables de son organisation, selon lesquels il allait participer à une réunion à quelque 8 km au nord de Bakouba". Comme toujours dans ces cas-là, l’excès de précisions semblait suspect tout comme la méthode utilisée…

Autant de questions dérangeantes
Puisque les renseignements semblaient très précis, livrés par une taupe ( « griller » un pion si important en indiquant l’origine des fuites, étrange non ?), pourquoi les forces spéciales US n’ont pas tenté de capturer Zarquaoui et ses lieutenants vivants afin de leur soutirer toutes les informations sur le réseau Al Quaeda en Irak et le reste ? Pourquoi utiliser l’aviation (l’arme la moins précise dans ce type d’opération) pour anéantir les terroristes là où des unités terrestres ou des blindés suffisaient largement ? Autant de questions dérangeantes qui allaient bientôt avoir un début de réponse, les jours suivants…
Quelques jours plus tard, une dépêche d’agence nous apprenait que plusieurs témoins, des irakiens présents sur les lieux, avaient vu les militaires américains extirper des ambulances les terroristes blessés avant d’achever une des victimes à coups de pied vengeurs. Celui qui a bénéficié du traitement de choc était Zarquaoui ont réalisé un peu plus tard, les gênants témoins. Le général américain George Casey, commandant de la Force multinationale en Irak, avait qualifié de "grotesques" ces allégations mais cet éclairage nouveau a suscité un malaise. Pour dissiper les doutes, l’armée US a donné de plus amples précisions qui se sont avérées très intéressantes…
Par la voix du médecin militaire, le colonel Steve Jones, l’armée américaine a fait savoir que « Zarkaoui est mort 52 minutes après la frappe aérienne. Les forces américaines seraient arrivées sur place 24 minutes plus tôt et auraient soigné le terroriste blessé, en vain… » (Lien le Monde). Les précisions apportées suite à l’autopsie et tout le déroulement des soins n’ont aucun intérêt du fait de même de leur provenance mais un indice nous donne une précieuse indication. Alors qu’ils avaient repéré Zarquaoui et compagnie, les troupes se sont rendues approximativement 28 minutes après le bombardement pour constater les dégâts. Relisez bien le compte-rendu…. Pratiquement une demie heure, soit une éternité pour ce genre d’opération…
Voilà une opération que l’on nous dit planifiée avec le soin que l’on imagine pour ce type de « client » mais les forces américaines, après le bombardement, ont mis une moitié d’heure pour se rendre sur les lieux du pilonnage. Ce qui laissait largement le temps à l’homme le plus recherché d’Irak pour prendre la fuite et disparaître si les bombes l’avaient manqué, le temps de prévenir des complices ou d’être "délocalisé" par des sympathisants. C’est ce qui a failli arriver d’ailleurs. Habitués aux habituelles bavures, les locaux avaient activé la procédure habituelle en appelant les ambulances qui ont eu le temps de prendre en charge les blessés et les morts. Au moment de l’évacuation des corps, la cavalerie débarque et s’empresse d’identifier les individus touchés par les bombes… Curieuse chronologie pour une opération d’une si haute importance non ?
Cette étrangeté du récit allait bientôt prendre une autre tournure à la publication (via internet) d’un communiqué d’une des innombrables branches d’Al Quaeda en Irak qui donnait une version beaucoup plus crédible de l’affaire. « "Les Croisés ne savaient rien" sur la présence dans la maison bombardée d'Abou Moussab Al-Zarqaoui et ils "ont été surpris par sa présence, après la fin du raid", ajoute le communiqué, citant le témoignage d'un des gardes du corps du Jordanien, présenté comme "l'unique survivant du raid" » indique une dépêche de l’AFP (lien). Les auteurs du communiqué relèvent même l’absurdité apparente de l’opération décrite par l’état-major américain en s’interrogeant sur leur stratégie incompréhensible : « "Si les Croisés étaient au courant de la présence du cheikh avant le raid, pourquoi n'ont-ils pas bouclé le secteur et arrêté le cheikh ?".

L’improvisation apparente des services américains donne une bonne indication
Tout ceci nous donne une version qui n’a plus rien à voir avec celle que les troupes d’occupation ont véhiculé dans le monde entier, un mélange de triomphalisme et d’intoxication massive (les pseudo complicités au cœur même de la cellule du Jordanien). Comme d’habitude, le mensonge et la propagande ont bien vite pris le relais sur ce qui ressemble à une…bavure. L’improvisation apparente des services américains donne une bonne indication, ils ont sans doute été pris de court. Bombardement par erreur ? Mauvaise coordination des services ou pion sacrifié pour les besoins de la propagande et pour donner une contenance au tout nouveau premier ministre irakien Nouri Al-Maliki ? Ce qu’il y a de sûr, c’est que les Américains ne souhaitaient surtout pas la capture du très trouble terroriste vivant puisqu’ils ont pris le soin de l’achever dans l’urgence, au vu et au su des témoins irakiens présents…
Autre incohérence, Zarquaoui a toujours été un des alliés les plus sûrs de la Coalition en agissant comme le parfait contre-terroriste qu’il était certainement. En divisant la résistance par ses actions qui touchaient essentiellement les civils irakiens (drôle de résistance à une occupation…), en attisant la guerre civile entre les Chiites et les Sunnites (attentat contre la mosquée de Samarra, un comble pour un musulman intégriste) et en intimidant les journalistes et les curieux, le terroriste jordanien semblait agir pour le compte…de la Coalition. Cette dernière a d’ailleurs partiellement avoué que le « mythe Zarquaoui » était une opération de propagande psychologique (Lien Voltaire). Sa disparition arrange surtout la …résistance irakienne, divisée et éclaboussée sans cesse par les horreurs commises par Zarquaoui and Co au nom de la lutte contre l’occupant.
Cette histoire démontre aussi une chose évidente, l’utilisation permanente de l’intoxication comme ces précisions sur l’informateur niché au cœur même de la nébuleuse pour semer le doute et la suspicion dans les rangs des terroristes. Idem pour l’information diffusée par les média le lendemain du bombardement qui indiquait qu’un ordinateur avait été découvert dans le repaire du terroriste ainsi que de nombreux documents. Les habitudes « bureaucratiques » des membres d’Al Quaeda qui passent leur temps à oublier des ordinateurs bourrés d’informations et des dossiers entiers prêtent à sourire… Pour des fugitifs et des personnes que l’on imagine atteintes de paranoïa aiguë, ces transports permanents de documents ressemblent à de la mauvaise intoxication de réseau. De la même manière, l’état-major nous a pondu une belle histoire pour maquiller une réalité peu glorieuse. Il suffisait juste de reconstituer le puzzle…sans vraiment comprendre le fin mot du désormais silencieux "mythe Zarquaoui".
Ressources du site :
La mort du fantôme Zarquaoui - Voix discordante et faits concordants - 3 petites oranges amères - Irak : la Compagnie Zarkaos... - La grande famille d'Al Qaïda... - Le spectre de My Lai - USA : un glorieux passé sous silence - Bidonnage sur toute la ligne - - Iran : propagande une étoile - La technique du chaos - Naissance d'une junte militaro-industrielle - Guerre de chiffres - Le mur qui les mange - Iran, Irak, mêmes mensonges, même effet - Le 11 septembre tue encore - Désertion dans le désert irakien - Le Mollah motard - Le souffle du Napalm - - Bush : l'impasteur porte sa croix - L'autre intégrisme religieux - USA : amour, gloire et beauté - 24 images ou 24 mensonges ? - Super héros de l'Empire - Quelques évidences sur le 11 septembre…

Liens :
Selon l'armée américaine, ADN et autopsie confirment que Zarkaoui est mort de ses blessures (Le Monde)
Une nouvelle bavure de l’Armée US en Irak ? Deux femmes, dont l’une enceinte, abattues à Samarra (Voltaire)
GAZA - « Un raid aérien israélien dirigé contre une voiture transportant des activistes palestiniens dans la bande de Gaza a causé la mort de deux enfants et fait une dizaine de blessés, dont huit enfants, rapportent des témoins et les services médicaux. (…) »
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CC Jung
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