La propagande philosophique du Figaro
Le Figaro du jour poursuit son œuvre d’endoctrinement actif pour le compte de l’Empire en usant de tous les artifices du « journalisme ». Après avoir justifié l’horreur de Guantanamo, inventé des bombes nucléaires iraniennes prêtes à l’emploi, le journal du marchand de canons publie un long article du philosophe André Glucksmann qui utilise habilement l’actualité récente pour soutenir l’effort de guerre de Bush et compagnie (pétrolière). L’argumentaire est habile, l’emballage est avenant mais le contenu n’est rien d’autre que de la sournoise propagande. Analysons le propos qui mérite d’être décortiqué…
Le principe de la persuasion est simple, il faut toujours miser sur l’émotion pour provoquer une adhésion et une réaction. C’est le triptyque courant de la manipulation : action-émotion- réaction. Sous le titre de « La Somalie est le laboratoire in vivo de l'abomination des abominations : la guerre contre les civils », André Glucksmann démarre vaillamment sa tribune en utilisant un argument massif, la surenchère émotionnelle matinée d’actualité. Le prétexte ? La Somalie qui est revenue sous les feux de l’actualité depuis que les milices islamiques ont bouté dehors les chefs de guerre locaux sponsorisés par les USA. La surenchère ? L’habile « faiseur d’opinion » assomme d’entrée son lecteur en lui assénant un déluge d’indignation, qualifiant la situation somalienne « d’abomination des abominations », rien que cela. Difficile d’en faire plus, avouons-le…
Les « rêveurs de paix éternelle » sont méchamment mouchés d’entrée de jeu par le philosophe qui s’apprête donc à leurs faire la leçon. Par cette appellation méprisante et ironique, il nomme sans doute ceux qui ne cautionnent pas la boucherie irakienne et la guerre d’expansion des USA. Le philosophe dresse un tableau apocalyptique de l’actualité en énumérant la situation au Timor, en Afghanistan, en Somalie et en Irak pour rappeler aux doux rêveurs que nous sommes « l'implacable permanence du chaos ». Personne n’a prétendu le contraire et c’est même parce que l’on refuse d’ajouter du chaos au chaos que l’on dénonce la campagne irakienne, passons…

Les milices soutenues par la CIA ont été chassées du pouvoir en Somalie
Petite prouesse rhétorique, le philosophe utilise un argument rondement bien amené en nous indiquant que les vainqueurs de la bataille de Mogadiscio se sont empressés d’interdire la retransmission du Mondial de foot ! C’est dire l’abomination de ces islamistes mais c'est surtout un moyen de toucher le lecteur qui ne peut qu' être sensible à une telle infamie en ce moment de foot planétaire. Il y a là une identification immédiate avec les victimes. Bien joué… André Glucksmann vient apparemment de découvrir que les civils souffraient dans la corne de l’Afrique, en fait depuis que les milices soutenues par la CIA ont été chassées du pouvoir par d’autres milices estampillées illico « islamistes » et donc forcément d’Al Quaeda… Il oublie de préciser que les féroces chefs de guerre aujourd’hui en fuite, tenaient d’une main de fer un pays fantôme où ils faisaient régner leur terreur à coups de « pick-up et 4 x 4 hérissés de mitrailleuses »…depuis quinze longues années (« Du rififi dans le riff »). Ces engins de mort utilisés par toutes les milices du pays sans exception, « assurent le triomphe des plus fanatiques, les tribunaux islamistes ». « Fanatiques », « islamistes », vous connaissez la suite…« terroristes » bien sûr. La machine sémantique est bien huilée désormais.
Là où l’argumentaire se fait sournois, c’est lorsque l’on en arrive au vrai nœud de cette démonstration qui puise un peu partout dans l’actualité pour noyer le poisson, la situation en Irak… La guerre en Irak vue par notre « philosophe » est présentée sur le mode de l’émotion et de l’indignation toujours. « L'Irak pleure chaque jour ses brassées de civils égorgés, explosés, abattus par les nostalgiques sanguinaires de Saddam Hussein et les dévots de Ben Laden ». Séchons nos larmes et analysons le propos. Les civils « égorgés, explosés, abattus » (émotion – indignation) ne sont absolument pas victimes des bavures des troupes d’occupation américaines, de cette guerre inachevée et des escadrons de la mort de Rumsfeld qui sèment la désolation et activent la guerre civile. Rien de cela, ils sont victimes des « nostalgiques sanguinaires de Saddam Hussein et les dévots de Ben Laden » . La résistance irakienne est donc composée de nostalgiques sanguinaires du (sanguinaire) Saddam et des dévots ("dévots", utilisation du registre religieux, donc « fanatiques » donc « islamistes » donc « terroristes) de…Ben Laden ! Ce n’est pas de la résistance, c’est un conglomérat de bouchers et de terroristes.
Face à cette horde de maniaques islamistes, le philosophe accuse les pays européens de défaitisme et d’inaction. Il faut dire que les états-majors sont devenus « pacifistes » (un état-major militaire pacifiste, il fallait oser…) et souffrent « d’aboulie » (manque de volonté chronique, c’est une maladie mentale dont il s’agit). Pourquoi tant de haine ? La suite nous l’indique : « les états-majors pacifistes qui s'étourdissent des pseudo-leçons du passé en reprochant à Washington de s'enliser dans un «nouveau Vietnam». Nous y sommes… Ils sont donc coupables à tous les niveaux. Etourdis, privés de volonté, pacifistes égarés et en plus ils ont le culot de qualifier le bourbier irakien en faisant référence au Vietnam. Quelle honte !
La suite est une jolie démonstration qui se base sur l’intervention américaine (ratée) en Somalie (opération «Restore Hope», 1993) pour culpabiliser l’opinion en arguant que l’échec de l’intervention américaine en Somalie est directement responsable du…génocide rwandais ! Pour ne pas avoir soutenu cette mascarade mise en scène à l’époque par l’équipe de communication de Reagan, nous sommes quasiment responsables de tous les malheurs que le continent noir a subi depuis. Soit la mort d’« un million de Tutsis en trois mois (record d'Auschwitz battu dans le rapport entre vitesse et nombre de victimes ) ». Ne pas soutenir l’Empire expose à de funestes retombées puisque « la peste exterminatrice se répandit sur l'Afrique tropicale, on compte des millions de morts au Congo et alentour ». Triste utilisation partisane de l’histoire tragique de la sous-région africaine pour culpabiliser l’opinion publique et lui faire porter un grand chapeau et une faux funeste parce qu’elle ne soutient pas assez l’Empire. Voilà ce qui arrive si nous ne portons pas assistance à la folie expansionniste du Pentagone. Nous avons des millions de mort sur la conscience, rien que cela !
Vient ensuite l’habituel argumentaire pour justifier l’invasion américaine en Irak en oubliant de préciser les motifs initiaux, les fameuses « armes de destruction massive » et tout le baratin. « Eût-il mieux valu ne pas renverser Saddam Hussein en l'autorisant à compléter pendant une décennie supplémentaire son horrible palmarès de tortures, d'éclopés et de cadavres – un ou deux millions de victimes en un quart de siècle ? ». Interrogation biaisée et malhonnête. Qui peut vouloir la perpétuation du règne d’un dictateur sanguinaire (mis en place par la…CIA) ? Les chiffres sont largement exagérés bien sûr et notre philosophe oublie vertueusement de souligner que le monde est peuplé de dictateurs sanguinaires qui continuent tranquillement leurs atrocité quotidiennes… s’ils ont pris soin de faire allégeance à l’Empire.

Heureusement que le philosophe est là pour nous éclairer de sa pensée jaillissante
Tous ce fatras et cette distorsion des faits et de leur déroulement pour aboutir à la conclusion qui nous pendait au nez, à nous les responsables de génocide, les Européens couards et aveugles. Heureusement que le philosophe est là pour nous éclairer de sa pensée jaillissante. « Il faut choisir. Soit on accepte la somalisation générale en cherchant refuge dans une illusoire forteresse euro-asiatique. Soit on ressuscite une alliance démocratique, militaire et critique euro-atlantique. » conclut l’éreintant lobbyiste. Voilà donc le deal. Soit nous sommes responsables de tous les malheurs du monde et du chaos (la « somalisation générale ») parce que nous nous planquons dans notre « illusoire forteresse euro-asiatique » en refusant d’aider l’Empire qui dévore la planète, soit nous collaborons activement. Comment ? Rien de plus simple, « on ressuscite une alliance démocratique, militaire et critique euro-atlantique. ».
Une bonne et belle association de malfaiteurs en somme pour se partager les rapines et mettre définitivement le monde et ses richesses sous coupe réglée. Sacré choix n’est-ce pas… Vous avez sans doute noté le vernis de la formulation. Pas de collaboration avec la clique militaro-industrielle du Pentagone mais une « alliance démocratique » ( ?????), « militaire » et « critique euro-atlantique. » ( ?????). En clair et sans décodeur philosophique, fournissons des bataillons pour les charognards de l’Empire et nous aurons notre mot à dire au moment du partage (démocratique et critique sera la répartition des produits du pillage planétaire), nous aurons une part du gâteau… Curieuse démonstration philosophique quand même qui est partie des terribles massacres de civils pour aboutir au fait que nous avons intérêt…à faire perdurer la boucherie irakienne en soutenant une clique d’affairistes dangereux, en s’engageant au côté d’une armée qui fait une sale guerre de prédation et qui multiplie les massacres…de civils. C’est cela sans doute la force des grands esprits au service dévoué de l’Empire …
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Liens :
L'Amérique, la guerre d'Irak et la «somalisation» de la planète (Figaro, A. Glucksmann)
La Palestine : c’est cuit ! (Voltaire, article de A. Cockburn, Journaliste états-unien. Éditeur de la revue Counterpunch)
« La fin de cette histoire ? Je dirais que la stratégie de fond est ce qu’elle a toujours été, dès 1948 : obtenir des transferts de population en rendant la vie tellement invivable pour les Palestiniens que la plupart d’entre eux s’en iront, laissant derrière eux quelques ghettos financièrement ruinés comme mémoriaux de tous ces espoirs illusoires placés en un État palestinien indépendant. »
Omegalpha avait abouti à la même conclusion dans l'article « Terrain miné » »
Scotland Yard présente ses excuses après le raid antiterroriste (Le Monde) La paranoïa d'Etat a des effets secondaires dangereux…
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CC Jung
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