Imaginons donc la France d'après
Quelques réflexions relatives au slogan de l'UMP...
« Imaginons la France d’après » …Magnifique slogan de l’UMP qui illustre toute la démagogie et la suffisance du projet, une coquille vide qui sonne creux mais qui résonne. Imaginez la France d’après ? Après quoi ? Après la fameuse rupture voyons ! De quelle rupture parlons-nous ? De quelle nouveauté et de quel basculement parlons-nous après des années et des années de mainmise absolue de l’UMP sur les affaires de l’Etat avec les résultats que l’on sait. La majorité actuelle, qui dispose d’un pouvoir absolu depuis 2002, a eu largement le temps de mettre en application son projet et les errements de sa gouvernance sont si nombreux qu’il serait même fastidieux de les énumérer, de la crise des banlieues au CPE.
Ce qu’ils ont été incapables de réussir pendant toutes ces années sans réelle opposition et avec tous les leviers de pouvoir, et bien…ils vont le réussir après, une fois que les urnes seront à nouveau pleines de promesses qui n’engagent que les naïfs qui les croient. Il suffit donc d’avoir juste un peu d’imagination comme nous l’indique le slogan, très peu de mémoire et une crédulité inouïe pour adhérer à la supercherie sémantique. La France d’après est donc incarnée par le charismatique démagogue à talonnettes qui nous claironne de la rupture à plein tube, bien conscient de l'obligation de se démarquer d’une majorité au bilan désastreux.

Suprême imposture que cet air du renouveau
Suprême schizophrénie pour un candidat qui a exercé les plus hautes fonctions dans cette même majorité en faillite totale, suprême imposture que cet air du renouveau pour un élu qui est le prototype même du professionnel de la politique avec trente années au compteur, des convictions qui changent au rythme des sondages d’opinion et une loyauté cyclothymique. Peu importe les contradictions ahurissantes entre la réalité et le discours, entre le bilan et les engagements, entre les actes et la réalité sur le terrain. La machine médiatique est verrouillée, la machine judiciaire l’est également et les réseaux fourmillent comme un essaim bien ordonné. Tout est en ordre de marche pour hisser sur pilotis l’Empereur de pacotille…
Le « phénomène » Nicolas Sarkozy, c’est une schizophrénie à plusieurs voix qui se répand dans les média comme une polyphonie déphasée et un brin irréelle. Un exemple ? Le chef de l’état s’est adressé au JT de France 2 lundi soir pour requinquer sa majorité déconfite en saluant le magnifique travail de son équipage brinqueballant de pieds nickelés ? Voilà que Nicolas salue le discours fort (un pied dedans) tandis que ses roquets de service mordent allègrement les mollets vacillants du vieux chef qui radote (un pied en dehors). Comment incarner la rupture lorsque l’on est à ce point compromis dans l’échec retentissant de cette Majorité accidentellement absolue ? En surjouant de la différence, du double discours, de la critique d’une action de l’Etat dont il est pourtant un des plus importants leviers. Un grand écart hallucinant qui n’a pas l’air de gêner les Français qui continuent de miser sur le contorsionniste et le transformiste, le chantre de l’ultra libéralisme, le poulain de l’administration Bush et le clone de Jean-Marie Lepen. Quelle performance !
Il prétend incarner une vision neuve...celui qui a usé tous les maroquins : Ministre du Budget (1993-1995) et de la Communication (1994-1995), Porte-Parole du Gouvernement (1993-1995), Ministre de l'Intérieur (mai 2002 - mars 2004), Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie (mars 2004 - novembre 2004) ! Le champion de la sécurité auto-proclamé en est réduit à bidouiller les chiffres de la délinquance pour masquer les limites de son incurie et de sa dialectique empruntée à l’extrême droite. Nous voilà cités par toutes organisations des Droits de l’homme pour les innombrables dérapages d’une Police qui confond trop souvent le rétablissement de l’ordre et la mise en place d’un ordre nouveau. Rien d’étonnant quand la seule obsession électorale de la Droite se niche du côté rance d’une certaine vieille France grégaire et passéiste.

Le populiste tisse sa toile avec la frénésie d’une araignée sous LSD
Peu importe à l’imposteur, l’agitation comble la légèreté des résultats, les média ronronnent en préparant l’opinion comme en 2002 tandis que le populiste tisse sa toile avec la frénésie d’une araignée sous LSD. Au cœur du système pourrissant, le charognard se délecte. Il faut dire que la place est chaude et utile pour se démultiplier à l’infini dans les média, pour parasiter le quotidien des Français et s’imposer comme une évidence totalement fabriquée. Les média se nourrissent de Nicolas Sarkozy qui leur fournit de la matière et ils deviennent, peu à peu, les rouages bien huilés d’une communication politique qui a su jouer sur les connivences, de la menace au carriérisme honteux.
Qui parle et qui vend ad nauseam son plan marketing et sa stratégie de communication ? Le chef de l’UMP ? Le Ministre de l’intérieur ? Nicolas Sarkozy ? Le Président du Comité départemental du RPR des Hauts-de-Seine ? Le Député des Hauts-de-Seine ? Le candidat à l’élection présidentielle ? Le « premier flic de France » ? Le compagnon de Cécilia ? Habile confusion pour abriter le fouillis inextricable d’un discours confus, contradictoire, fluctuant et démagogue. Habile profusion d’annonces pour dissimuler le vide de cette machine à faire du bruit pour rien, cette machine à brasser des relents et du vent, une girouette, un miroir aux alouettes…
La France d’après promet d’être pire que le spectacle grotesque et grimaçant qui nous est donné à voir tous les jours sous la houlette de l’agitateur frénétique. Et pourtant, l’avant-goût est déjà bien pâteux en bouche… De la rhétorique calquée sous toutes les coutures de l’extrême droite à la démagogie gouvernementale érigée en kit de survie, nous avons eu droit déjà à un amuse-gueule plutôt boucané. De la chasse aux enfants immigrés dans les écoles à la traque des clandestins dans les bloc-opératoires en passant par de multiples dérapages d’élus UMP sur les étrangers, les gays, les chômeurs et la magistrature, les prémices fleurent bon la décomposition avancée d’une démocratie dévoyée. Encore dix mois d’attente avant de définitivement basculer dans la France d’après, celle qui promet d’effacer définitivement les derniers et encombrants stigmates du pays des Droits de l’homme et de la Révolution. Prenons notre mal en patience, nous allons aussi avoir notre Empereur du Bien, ce n’est qu’une question de temps.
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CC Jung
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