La nouvelle ère du nucléaire
L’ironie du désespoir énergétique
En pleine commémoration de l'incident de la centrale de Tchernobyl (il y a 20 ans, cet énorme coup de chaud nucléaire qui a eu la courtoisie de se répandre un peu partout...en s’arrêtant à nos frontières), le débat sur l’énergie refait surface de plus belle. La rareté des ressources pétrolières et sa prédation par des états (téléguidés par les multinationales) relance d’une manière inattendue la côte de popularité de l’atome en fission en tant qu'alternative immédiate (Lien). Après la pollution à tout va, les fantômes de l'atôme vont bientôt nous hanter.
Le « peak oil », le pic de production maximum de l’or noir est atteint ou en passe de l’être, ce qui devrait accentuer l’appétit vampirique des pilleurs de l’Empire du Bien d’autant que la rareté et l’épuisement des réserves naturelles devrait correspondre à une explosion du prix de la matière première convoitée. Moins il y aura du pétrole et plus nous serons prêts à le payer des fortunes. Il faut également tenir compte de l'appétit féroce des pays dits "émergents" (Chine, Inde, Brésil) qui vont également pomper des ressources pétrolières de leur côté pour soutenir leur galopante croissance à deux chiffres. Autant d'invités donc pour un repas qui s'amenuise au fur et à mesure. En faisant main-basse sur les derniers filons, les compagnies occidentales et américaines en particulier s’assurent certes de gigantesques bénéfices, une certaine stabilité énergétique et stratégique (à court terme malgré tout) et un peu de temps pour pallier à la pénurie annoncée. Il faut cependant trouver d'urgence une alternative énergétique et c'est là que le nucléaire refait surface...
Le nucléaire, que certains pays développés ont progressivement remplacé par d’autres sources d’énergie alternatives, revient donc sur le devant de la scène à la faveur d'une nouvelle fièvre pétrolière. L’énorme contrat de construction de centrales nucléaires que les USA viennent de signer avec la gloutonne Chine donne une bonne indication des orientations prises par les grands pays industrialisés. Le scénario est donc en train de se dessiner sous nos yeux ébahis. Les volutes de fumée des énergies fossiles que nous consommons en polluant irrémédiablement notre atmosphère (effet de serre, changements climatiques avérés) laisseront peu à peu la place aux menaçantes cheminées des centrales nucléaires posées là comme autant de bombes en puissance.

Nous allons devoir apprendre à vivre au milieu d’un champ de mines nucléaires
Pas besoin d’être féru en statistiques et en probabilités pour comprendre que la multiplication des verrues atomiques entraîne mécaniquement la possibilité d’accident et d’incident. La bonne maintenance des parcs énergétiques nouvellement constitués ne sera en aucune manière un gage de tranquillité puisque l’exemple même de Tchernobyl nous a démontré qu’une catastrophe même éloignée touchera peu ou prou une grande partie du continent concerné. Une seule erreur est fatale. Il y a des centrales atomiques qui ne devraient plus fonctionner et qui continuent de tourner avec plus ou moins de bonheur, de vraies bombes à retardement. N’oublions pas que l’explosion du réacteur ukrainien a produit beaucoup moins de dégâts que prévu du fait du courage inouï et héroïque de milliers de volontaires qui ont enchâssé le poison incandescent en mettant leur propre survie entre parenthèses (Lien). La prochaine bévue pourrait être bien pire.
Pendant des années de guerre froide et de paranoïa, la génération précédente a vécu dans la crainte de l’apocalypse nucléaire en creusant de dérisoires abris anti-atomiques dans les jardins privatifs et en priant pour que les missiles balistiques restent sagement dans leurs pas de tirs même en cas de court-circuit électrique et de bégaiement de l’électronique naissante. Nous allons devoir apprendre à vivre au milieu d’un champ de mines nucléaires avec la menace de plus en plus présente de catastrophes climatiques, en priant Dieu sait qui pour être épargnés par les tremblements de terre, les attentats terroristes, les bugs informatiques ou la négligence dramatique. Rien que cette alléchante perspective devrait faire grimper encore les cours du pétrole, cet or noir qui nous sert encore à monnayer un semblant de sursis.
Liens :
L'Opep maintient son plafond de production (Nouvel Obs)
Les héros oubliés de Tchernobyl (L’Express)

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CC Jung
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