Entreprises de démolition
Le contraste saisissant de la crise
Il y a parfois d’étranges collisions dans cette fameuse autoroute de l’information. Au moment même où nos chers lycéens et étudiants luttent pour éviter la précarité institutionnalisée, au moment même où les grands penseurs de notre gouvernement s’échinent à expliquer à la plèbe ignorante qu’un contrat a minima est nécessaire du fait de la fumeuse crise économique, le flamboyant Cac 40 affiche des bénéfices monstrueux.
Les grandes entreprises françaises n’ont jamais affiché de tels bilans mais il est plus que jamais urgent de casser encore et toujours le code du travail pour formater de nouveaux esclaves de manière à augmenter les marges en réduisant les « coûts humains ». Ce contraste saisissant est le fruit de trente années d’aberration politique et économique, toutes ces années où les VRP de la politique nous ont expliqué avec une obstination douteuse, le mythe de l’entreprise à favoriser à tout prix au détriment de l’employé pour générer de l’emploi. La conséquence saute aux yeux chaque jour un peu plus, les entreprises licencient, délocalisent et engrangent des bénéfices records pendant que l’emploi s’assèche, se brade et se précarise.
Malgré cette flagrante contradiction systémique, les habituels faiseurs d’opinion vont continuer à inonder les plateaux de télévision où se formatent les opinions pour nous expliquer qu’il est plus que jamais nécessaire de réformer le code du travail, de desserrer l’étau qui étouffe les entreprises et d’assouplir les règles pour « libérer » l’emploi, comme si cette libéralisation restait à accomplir. Comme pour le CPE, il faut en effet sans cesse expliquer au bon peuple que son exploitation éhontée par les nouveaux seigneurs (saigneurs) de la Bourse demeure une fatalité, une évolution nécessaire et un progrès en cours. Le pire du cynisme néo-libéral reste cependant cette insupportable affirmation, clamée ici et là, des bienfaits de cette évolution de l’économie. Les esclaves modernes, c’est bien connu, ont un sens de l’humour noir plutôt limité…
Le Monde : « Les 40 plus grands groupes cotés en France ont encore réalisé des bénéfices records en 2005, en hausse de plus de 50 % par rapport à 2004, une année déjà marquée par un bond spectaculaire des profits.
Il manque encore les résultats de Gaz de France – attendus jeudi, avec un bénéfice net d'environ 1,5-1,6 milliard d'euros, en hausse d'environ 30 % –, mais la conclusion s'impose déjà : les entreprises du CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris, ont dégagé en 2005 quelque 86 milliards d'euros de bénéfice, contre 57 milliards en 2004, un chiffre déjà en hausse de plus de 60 % par rapport à 2003.
Avec un envol de 215,5 %, le groupe d'agroalimentaire Danone arrive en tête des progressions, même si avec 1,464 milliard d'euros de bénéfice, il ne peut rivaliser avec le pétrolier Total, premier groupe français, et ses 12 milliards d'euros de bénéfice, en hausse de 31 % sur un an. Le géant de l'électricité EDF a, lui, doublé ses profits (+ 102 %), ce qui fait de lui la deuxième meilleure progression (3,242 milliards d'euros de bénéfice), devant France Télécom (+ 89,2 %, 5,7 milliards de bénéfice). Le sidérurgiste européen Arcelor, qui lutte contre une OPA hostile du numéro un mondial de l'acier Mittal Steel, a pour sa part dégagé un bénéfice en hausse de 66 %, à 3,846 milliards d'euros.

LES BANQUES EN HAUT DU CLASSEMENT
Outre les secteurs de l'énergie (Total, EDF, Suez et GDF), de la pharmacie (Sanofi-Aventis) et des télécommunications (France Télécom et Vivendi), le haut du classement est toujours tenu par les banques et assurances (BNP-Paribas, Société générale, AXA et Crédit agricole). "Les entreprises ont bénéficié en 2005 d'un double effet vertueux : une croissance mondiale très forte, et des taux d'intérêt historiquement bas", explique Romain Boscher, responsable de la gestion actions chez Groupama Asset Management. Les entreprises du CAC 40 réalisent les trois quarts de leur activité à l'étranger. Le pétrolier Total réalise ainsi 95 % de ses bénéfices hors de France, tandis que la banque BNP-Paribas emploie désormais plus de salariés à l'étranger qu'en France.
Les entreprises européennes ont en outre bénéficié d'effets de change favorables, consécutifs à la remontée du dollar. Les actionnaires devraient cette année encore largement profiter de ces bonnes performances, avec jusqu'à 100 % d'augmentation des dividendes pour ceux de France Télécom. Une seule entreprise du CAC 40 a subi une perte en 2005, le groupe de services pour les industries du cinéma et de la télévision Thomson, et quatre autres (Vivendi, Carrefour, Peugeot, Pernod-Ricard) ont vu leurs bénéfices diminuer. Hors du CAC 40, le groupe public de chemins de fer SNCF, a pour sa part, doublé son bénéfice courant 2005, et triplé son bénéfice net à 1,334 milliard d'euros en 2005. »
Avec AFP
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