Plan B comme Breton

Publié le par cc jung in effect

Thierry Breton a un plan
 
Le ministre de l’économie vient d’annoncer un plan pour désendetter le pays et relancer l’économie, le 5154787812152 eme du nom sur une longue liste. Sauf que cette fois-ci, le ministre s’appelle Thierry Breton et qu’il a un plan pour réussir. L’admirable amiral a frappé.
 
Il y a les jours sans et les jours avec. Un jour sans une annonce burlesque de notre surréaliste de l’économie se transforme en un gris décompte des heures qui s’enlisent dans la contemplation douloureuse d’un thermomètre déprimant, dans la lecture mécanique d’une actualité toujours plus morose et sanglante et dans l’immobilisme propre à l’hibernation. En somme, un jour sans.
 
Et puis, il y a les jours où l’amiral, dans le flot des dépêches pas si urgentes, fend la foule des futilités, cheveux au vent, barrant le titanesque paquebot « France », en faisant sonner le clairon victorieux. Soudain, les nuages se désagrègent pour laisser resplendir le chaud soleil sur la toile pure d’un ciel bleu, les oiseaux migrateurs repeuplent les arbres d’un chant impétueux, les filles se font belles, légères et parfumées, les fleurs multicolores inondent les jardins verdoyants, la précarité s’efface comme un lointain souvenir, les salaires grimpent en flèche, l’économie explose dans un boom assourdissant emportant dans sa déflagration joyeuse, la dette.
 
 
 
 

Splendeur de la révélation

 
Un plan à trois ans... tous les ans
 
Admirable amiral, le coquin héros de la nation reconnaissante avait donc réellement un plan secret, une ruse de comploteur, une formule magique de chiffres et de mots capable de terrasser tous les démons de l’angoisse en un tour de main et de… vice. La dette ? Une boutade pour l’Amiral qui a bien voulu nous dévoiler quelques pans de son majestueux plan. « Le plan que nous allons proposer lors de cette conférence des finances publiques, c'est d'abord un plan à trois ans parce qu'on doit le faire tous les ans - le pacte de stabilité » professe le prophétique libérateur. Un plan à trois ans ( ? ) parce qu’on doit le faire tous les ans… C’est costaud en effet.
 
C’est, «  probablement au mois de juinque le prodige de Bercy compte "proposer un plan à cinq ans, qui ramènera la France là où elle doit être, c'est-à-dire l'équilibrer en ce qui concerne son budget et passer sous 60% de dette ». Le plan de trois ans... à voir tous les ans est donc un plan à… cinq ans ? Il est souhaitable pour tout lecteur, de s’astreindre à relire des milliers de fois les écrits saints pour tenter d’apercevoir le sens profond et furtif de la prophétie. Le plan, dit le Maître, ne sera ni "trop dur", ni "trop laxiste", sans donner plus de précisions. A la manière messianique et hermétique des oracles, avec une influence bouddhiste évidente (la voie du milieu si chère à Siddhârta) et une touche d’ascétisme zen pour la concision (digne d’un Haïku), le plan se dévoile dans l’absolue clarté du ravissement. 
 
 
 

L'avenir radieux

 
La lumineuse évidence du propos
 
 
Les esprits chagrins, hors de portée des révélations, ont objecté que la baisse de la dette était opportunément fixée à l’horizon 2007, au seuil des élections. D’autres soulignent avec acrimonie que « Les collectivités locales ont enregistré en 2004 un déficit équivalent à 0,1 point de PIB pour la première fois depuis 1995 »et surtout que « la Caisse d'Epargne jugeait probable une aggravation de cette situation dans les prochaines années », sans oublier « le régime général de la Sécurité sociale, encore déficitaire d'une douzaine de milliards d'euros en 2005 » .
 
En méprisant le message, en bafouant la lumineuse évidence du propos, en niant le souffle divin qui anime la parole du sage à la crinière de lion, les perfides ne font qu’illustrer une autre évidence énoncée dans les saintes écritures : nul n’est prophète chez soi. Loin des contingences matérielles et du brouhaha des cyniques, le druide Breton mènera sa barque avec la détermination des conquérants, le panache des chevelus prophètes et la certitude de ceux habités par un destinée surhumaine. Nous, pauvres pêcheurs et maigres épargnants, lui en sommes déjà éternellement reconnaissants.
 
Bon vent, Amiral !
 
 
Liens :
 
(Libération)
 
 
(Le Monde) 
 
 
(Magnifique virage économique, une vraie révolution !)
 
 
Le magnifique prétexte de la dette...
 
 
 
Ressources du site :
 
 
 
 
 
 
 
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CC JuNg
 
 
 
 
 
 

Publié dans Omegactualité

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la chroniqueuse 09/01/2006 13:35

Tu es un véritable poète mon ami, un style aérien, esthétique accompagné d'une très belle ironie, tout ça pour parler d'économie, quel talent!
 

cc jung in effect 09/01/2006 14:04

Merci pour les compliments, c'est trop. Je suis également un passionné de poésie, la meilleure des écoles pour l'écriture. La poésie apprend à respecter les mots, à les regarder vivre ensemble, à les regarder s'aimer, se repousser et se complèter. Elle apprend à écouter également le souffle, à entendre le silence, à écouter la musique des sons et tant de petits secrets de la langue et de son expression. Un texte sacré célèbre dit : "au départ était la magie du Verbe". La poésie est l'apprentissage de cette alchimie du sens. Merci pour l'encouragement.