Le CPE en ligne de mire électorale
Splendeur et misère de la politique
Dans la frénésie communicante d’un gouvernement où les uns s’inventent des postures d’imposteur et les autres des épingles à tirer de ce jeu vaudou qu’est le pouvoir, le CPE reste la pierre angulaire des ambitions larvées de tout le monde en fait. Devenu un enjeu électoral, ce contrat mal ficelé est véritablement pris au piège au milieu d’un fatras de contradictions, sa portée devenant soudain presque dérisoire tout comme sa popularité. On attend toujours de bonnes nouvelles pour notre manifestant groggy par l’empathie policière et la violence des affrontements même si la réaction des autorités est conforme à ce que l’on subodorait. Dans l’actualité du jour, il convient également de prendre connaissance des critiques émises à l’encontre de l’ANPE empêtrée également dans les contradictions des " bons" chiffres à annoncer et une réalité du chômage bien morose. On garde bien sûr un œil sur le projet de nos gouvernants qui vise à ficher dès la maternelle les primo-délinquants en couches-culottes, un avatar du « meilleur des mondes » du plus mauvais goût…
Après les furieuses et curieuses explications sur le drame de la Nation, l’insidieuse insinuation éthylique du syndicaliste et le témoignage de dernière minute d’un CRS compatissant, le DJ Jung vous annonçait le déroulement de la gestion de la crise à venir à propos de cette bavure qui ne dit pas son nom. Au mot près, selon un plan bien précis, Omegalpha donnait le la bien avant que le chef d’orchestre à talonnettes n’entonne son refrain (voir « Bon pied bon oeil pour Villepin »). Toutes les postures habituelles de l’imposture codifiée sont bien présentes, la double (pourquoi pas triple ?) enquête qui ne mènera nulle part, la fausse empathie pour la victime déjà bien salie, le message de fermeté pour les casseurs de manière à insinuer qu’ils sont, in fine, les responsables de ce grave incident. Last but not least, la brosse à reluire pour son électorat en uniforme puisque notre ministre ne manque bien évidemment pas de saluer « le sang froid des policiers». La culture de l’impunité policière dénoncée par nombre d’observateurs locaux ou internationaux vient peut-être de porter ses premiers fruits amers…
Notre cher premier ministre M. Villepin, créature de l’ombre grandie sous les ors et les lambris sentencieux de la république, nous montre de quel alliage il est fait : de l’espèce la plus dure, la plus froide et la plus calculatrice. Une vieille patine trempée dans l’argent des cuillères, rouillée par l’héritage pompeux d’une supposée noblesse, le sabre au clair et la fourchette grégaire, bien décidée à toujours remettre le couvert. Il ne fallait pas s’attendre à mieux de la part d’un fidèle collaborateur de Jacques Chirac, un membre actif de son cabinet noir, une officine assassine spécialisée en coups tordus et en coups fourrés. Les images d’Epinal patiemment formatées, toutes de mèche grise et de jogging à la mode zapping, élaborées par ses conseillers en communication, volent en éclats dangereux pour sa majorité. Le vernis doré qui masquait les serres vient de craqueler. Le peuple a besoin d’un maître pour s’étalonner.

Le peuple ne comprend rien aux « améliorations »…
Il s’imagine un destin glorieux, une épopée pittoresque rêvée et enfermée dans les livres d’histoire épique, un mélange de poussière ancienne, de souffle fermenté et de lyrisme de classe. Le propos intime est d’un tout autre ordre, une libelle bien troussée, toute de « gaudriole » pour cette Marianne qui attend que l’on l’a « prenne » comme le rapportait méchamment Franz-Olivier Giesbert dans son dernier essai. Le peuple, la chien-lit et la plèbe ne comprennent décidément rien aux « améliorations » que les seigneurs fomentent dans leurs donjons républicains. Le droit de cuissage d’une jeunesse éperdue est le rite initiatique pour entrer dans la prison capitaliste, un bout d’âme ou de fesse pour pénétrer dans les mêmes rouages qui vont vous presser de rendre…la monnaie un temps égarée dans les illusions de liberté consommatrice. La sueur et la peur nourrissent depuis des siècles la grande machinerie, celle qui menace et affame, celle qui prive, condamne et nie le démuni. Pourquoi changer un système où les mêmes gagnent, il suffit de faire quelques petits arrangements avec la réalité… C’est cela le progrès, celui qui « améliore » les conditions de vie.
Mais comme toujours avec cette France attardée, celle qui se fait tranquillement dépecer depuis des lustres pour oublier ses grèves et ses rêves d’égalité et de fraternité trépassés, il faut encore et toujours tout lui expliquer, faire des dessins enfantins pour saisir les desseins supérieurs concoctés par nos élus. Lui dire et redire que le CPE est essentiellement destiné aux bidonvilles bétonnés de la République, à ses esclaves mal formés, difformes de la société, donner un statut social à ces esclaves colorés est bien une avancée. Dire que le CPE comme le CNE vont créer des embauches à gogos est une évidence, voyons. On « assouplit » le cuir pour les équarrisseurs, ils ne vont pas s’en priver comme à chaque fois qu’il y a une « avancée sociale » du code du travail.

On « assouplit » le cuir pour les équarrisseurs, ils ne vont pas s’en priver…
Le gouvernement vous mâche le travail sur mesure Messieurs les patrons, prière de broyer l’employé. Selon les économistes consultés, les nouveaux contrats de travail, largement bénéficiaires aux entreprises, vont générer un appel d’air, l’attrait de la nouveauté et de la fiscalité… Résultat ? Un peu moins de deux ans de bons chiffres bidouillés, le temps de traire l’état laitier en subventions, le temps de faire son beurre sur les salariés qui autrefois auraient été embauchés sous une autre étiquette laitière. Le temps d’arriver jusqu’aux élections avec un bilan digne d’Enron et de Parmalat. Deux presque années de répit, juste assez pour tenir jusqu’aux élections en exhibant le bilan d’un code du travail évidé, quelques chiffres non vérifiables pour faire douter le contribuable, celui qui paye encore et toujours pour cette réalité rapiécée.
Article principal :
Liens :
Circonstance aggravante (Pierre Marcelle – Libération)
Droits de l'homme : la FIDH alerte (Nouvel Obs)
Ressources du site :
See u
CC Jung
Publicité