CNE: contrat de nouvel embaumement

Publié le par cc jung in effect

Le travail, fausse valeur et fosse commune
 
Le gouvernement vient une nouvelle fois d’occire le droit du travail en créant un contrat d’embauche que même le MEDEF ne pouvait imaginer. C’est, nous dira-t-on comme à chaque fois, une manière de s’adapter à la réalité du monde, à la fatalité de la mondialisation et autres sornettes que le serpent de mer libéral agite systématiquement. La crise de l’emploi est effectivement une réalité, les monstrueux bénéfices des multinationales en est une autre beaucoup plus signifiante.
 
Comme un las sentiment de déjà-vu… Le gouvernement s’apprête donc à faire passer un nouveau contrat de travail taillé spécifiquement pour les jeunes, une sorte de légalisation de la précarité, de l’insécurité de l’emploi et un stage à peine payé qui perdure jusqu’à l’échéance de l’embauche obligatoire. Des stages de deux années avec des promesses d’embauche qui n’engagent…à rien, aux contrats d’intérim et autres CDD, toutes les couleurs de la précarité institutionnelle ont servi à maquiller une évolution législative qui va toujours dans le même sens, celui du patronat. Les habituels commentateurs économiques qui distillent des leçons de propagande grossière vont à nouveau envahir les plateaux télés pour délivrer la bonne parole frappée du sceau de l’évidence, en apparence seulement. Quelle type de phrases ? Vous les connaissez sans doute ces refrains, ces tubes des multinationales que nos médias diffusent en boucle, phrases toutes faites pour noyer le poisson et étourdir l’opinion.
 
 
 
 

Energie du possible

 
 
 
Formules de dissolution d’esprit critique mille fois vendues
 
 
 
« Il faut libérer les énergies », « desserrer l’étau législatif qui freine l’emploi », « assouplir les règles en tenant compte d’une nouvelle réalité », « s’adapter au marché », « anticiper les mouvements inéluctables », « repenser le travail », « s’attaquer au problème du chômage », formules de dissolution d’esprit critique mille fois vendues par nos « faiseurs d’opinion », ceux-là même qui fournissent du prêt-à penser économique péremptoire mais sans fondement. Vieilles ritournelles et sempiternels refrains que nos joyeux élus nous débitent au kilomètre pour nous expliquer que la mort du code du travail est la meilleure nouvelle pour le marché de l’emploi, en fait un éloge funèbre pour des millions de travailleurs abonnés à la fatalité et un « hymne à la joie » capitaliste.
 
La mondialisation ? Un esclavage technocratique et froid, une mise en concurrence directe de tous les travailleurs de la planète pour tirer vers le bas, le très bas, les salaires et les droits tout en garantissant les très hautes marges bénéficiaires des grands planteurs nouveaux, ceux qui n’ont plus besoin de fouet pour doper le marché et assujettir la masse à qui on a inculqué le fatalisme économique comme une nouvelle religion de soumission.
 
Ironie du calendrier qui en dit long sur la duplicité de notre gouvernement. A l’heure où ce dernier présente une nouvelle réforme du code du travail, une énième casse sociale en règle, les banques, comme la plupart des autres grandes entreprises de notre pays, s’apprêtent à annoncer de triomphales marges bénéficiaires (Lien). Contraste étrange et dérangeant avec un discours compassé qui nous parle de crise, d’ajustement à accomplir, de précarité nécessaire, de chômage bondissant à peine bridé par des pansements statistiques, de concurrence mondiale, de « patriotisme économique » (sic) au moment même où les valeurs à la bourse atteignent des records assourdissants, au moment même où les entreprises françaises exhibent des chiffres étourdissants et vertigineux.
 
Le code du travail avait été mis à mal pour, nous disait-on, « libérer des énergies » et « générer de l’emploi », les alibis coutumiers et la rhétorique pour annoncer que le seul bénéfice à tirer des réformes irait dans l’escarcelle obèse de l’employeur, comme à chaque fois. Le résultat n’étonne guère, les entreprises licencient par vagues successives, effectivement libérées de toute éthique et de toute contrainte législative, les emplois s’enfuient dans des pays lointains où les esclaves n’ont pas eu le temps d’apprendre à devenir des hommes libres et le chômage grimpe en flèche, entretenant de facto, une concurrence sanglante entre les prétendants au Graal salarié, pour le plus grand bonheur cynique des mêmes. 
 
 
 

Economie d'âme

 
 
Une « bonne santé de l’économie » qui ne signifie plus grand chose de concret
 
 
 
Un jour, si entre-temps le monde ne s’enfonce pas dans une durable crise qui aboutira à une révolte des esclaves, les historiens se pencheront sans doute sur cette curieuse période du capitalisme où ce dernier commence à s’attaquer au fondement même de sa logique. L’Europe, l’Amérique et les pays développés ont atteint un seuil économique, celui de la maîtrise technologique que l’on délocalise en oubliant au passage les artisans de cette avancée, en négligeant la clientèle « primitive » pour conquérir de nouveaux marchés émergents. La tragédie du chômage et de l’exclusion (économique, ethnique ou politique) et le matraquage idéologique n’empêchent pas pourtant l’apparition de nouvelles formes de résistances comme l’alter-mondialisme et les prémices des notions de développement durable. Des mouvements que les instances dirigeantes (qui sont désormais les chargés de communication des grands groupes industriels quand ils n’en sont pas directement issus comme Thierry Breton) vont tenter de marginaliser et de dénigrer.
 
Ils ont sans doute raison ces communiquants, le système n’a rien à se reprocher puisque les multinationales génèrent des profits faramineux pour les happy-few des conseils d’administration et les actionnaires, signe d’une bonne santé de l’économie qui ne signifie plus grand chose de concret. Il est également parfaitement normal que 95% de la planète continue à servir d’ateliers d’esclaves pour une minorité de plus en plus ténue. Il est certainement souhaitable que le niveau de taxation directe et indirecte (TVA, impôts, essence, denrées, énergie, eau, etc) atteigne des sommets tout en annonçant à cette même plèbe qui n’aura vu que furtivement la somme de leur humiliation journalière (le travail), que les caisses sont vides et qu’il faut faire de nouveaux sacrifices.
 
Il est tout aussi étrange de voir naître des mouvements de refus, armés ou terroristes, qui refusent le modèle économique que l’on impose de force par l’occupation (Irak), l’intimidation (l’Iran) et la déstabilisation (Venezuela et toute l’Amérique latine). On ne comprend décidément pas pourquoi le reste du monde ne nous envie pas notre magnifique modèle économique, celui qui récompense le labeur, celui qui propage les bienfaits du progrès et celui qui annonce des lendemains radieux et de nouveaux records à la Bourse. Le monde « libre » en somme.
 
 
 
Liens :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ressources du site :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
See U
 
CC Jung
 
 
 
 
 
Publicité

Publié dans Omegactualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article