Police : pression et répression
L’ordre forcé forcément féroce
La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) vient de publier son rapport et son constat est accablant. La Police nationale est dans le collimateur puisque le nombre des plaintes contre les fonctionnaires chargés du maintien de l’ordre est en hausse sensible. Tout l’arsenal répressif est utilisé à mauvais escient, du ficelage systématique à la garde à vue illégale en passant par les brutalités, les injures raciales et les bavures plus ou moins déguisées. Cruelle ironie du réel, notre ministre de l’intérieur exigeait des chiffres pour faire grimper sa côte de popularité, les seuls valables qu’il récolte dans sa frénésie sécuritaire sont ceux des plaintes en constante augmentation…
L’actualité semble parfois orchestrée par de petites mains obscures quand elle offre des concomitances appuyées mais ne soyons pas plus paranoïaques que la moyenne. Le même jour où la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) publie un rapport salé sur les us et coutumes policières dans notre beau pays, un haut responsable de la police des étrangers est mis aux arrêts pour des faits de corruption tandis que le jugement concernant une bande de ripoux violeurs et racketteurs tombait sur un verdit gradué à la gravité des faits reprochés. Ouf ! Quels sont les enseignements à tirer de cette attaque en règle contre la maison de Nicolas ?
La première évidence qui vient à l’esprit c’est le problème de méthode et plus particulièrement celle qui a été édictée par le « premier flic de France ». Il y a d’abord la brutalité des mots et des discours qui ont d’ailleurs mis le feu il n’y a pas si longtemps dans les succursales de la République. Ces dérapages verbaux multiples et ce mauvais exemple venu d’en haut sont interprétés par la base en uniforme comme un mot d’ordre (c’est le cas de le dire) et une injonction à montrer ses muscles et à bomber le torse et les récalcitrants de lacrymogène. L’autre véritable souci concerne la notion de rentabilité si chère à nos joyeux de l’ultra libéralisme, elle entre fatalement en collision avec la réalité du terrain. Difficile de demander des chiffres sans provoquer une inflation des dérives. Comment faire du chiffre à tout prix dans le domaine de la sécurité ?

Un garde-fou réel existe malgré l’hystérie collective de la sécurité
Il y a les méthodes classiques de bidouillage statistiques pour augmenter ce qui stagne et abaisser ce qui grimpe en flèche (voir ressources du site « Sarkozy : la réalité du discours » et « Sécurité : le discours et la méthode ») . Et puis, il y a l’abattage, l’arrestation à la chaîne, le contrôle répétitif et mêmes les provocations qui s’exercent généralement sur le même type de population estampillée criminogène, faible électoralement et peu susceptible de résister à la pression de la répression. Il y a des esprits un peu simples qui vont crier que notre démocratie fonctionne décidément à merveille puisque la publication des chiffres est le vrai signal d’une meilleure défense des bénéficiaires du traitement de choc électoral, le symbole d’une Police qui sait se corriger et la plus éclatante preuve qu’un garde-fou réel existe malgré l’hystérie collective de la sécurité. C’est sans doute de cette manière que les informations vont être exploitées plus ou moins habilement.
Certes… Ces chiffres sont les plus récents témoignages d’une dérive des forces de l’ordre qui a déjà été épinglée dans les rapports européens et même par le Département américain (et oui, quel culot ! Voir ressources du site "la France se fait tirer les oreilles") qui ont tous deux jugés que les dérapages se multipliaient et que la situation se dégradait passablement. Le constat est donc partagé par bien des observateurs extérieurs et la « rébellion des banlieues » a été largement alimentée il y a quelques mois à peine par une surchauffe consécutive aux méthodes utilisées. Cette augmentation du nombre d’affaires est significative car on se doute bien que pour arriver à traverser les divers tamis institutionnels, ces affaires doivent être en nette augmentation. On se doute bien également que les bavures à l’encontre d’une certaine jeunesse qui n’a pas la bonne couleur électorale, celle qui s’exerce contre les plus démunis et les moins représentés, a peu de chance d’atterrir sur le bureau de l’IGS (Police des polices), de IGPN (Inspection générale des services) ou de la CNDS.

Revenir dans ce même commissariat pour porter plainte…contre la Police ?
Le scénario est bien rôdé : toute contestation de la méthode et des manières sera taxée de « rébellion et outrage », la parole du plaignant sera remise en cause par le témoignage unanime et solidaire des collègues présents et absents d’ailleurs et les choses rentreront ainsi naturellement…dans l’ordre. Le petit délinquant de banlieue qui est interpellé, le clochard, le pauvre de la France d’en bas qui subiront une garde à vue mouvementée, des injures racistes et des coups humiliants ont peu de chances de revenir dans ce même commissariat ou celui du voisinage pour porter plainte…contre la Police, soyons réalistes.
Pour conclure sur ce sujet douloureux comme un coup de tonfa, signalons que les policiers ripoux qui sont jugés en ce moment ne sont pas très représentatifs a bien des égards. Non seulement ils ont agi comme des voyous en uniformes mais ils ont sans doute poussé le bouchon festif un peu loin puisque le pot aux roses a été découvert grâce aux indiscrétions de collègues outrés par leurs comportements ignobles. Ce ne sont ni les prostituées abusées, ni les vendeurs à la sauvette qui ont fait aboutir la démarche judiciaire mais bien une enquête interne diligentée à la suite de dénonciations.
Autre clin d’œil appuyé de l’actualité, celui du Figaro qui n’en finit plus de nous étonner par la hardiesse de ses analyses. La presse unanime a appuyé là où cela fait mal pour le bien de tous et sans aucun doute de la Police elle-même mais le journal objectif du groupe Dassault n’a trouvé rien d’autre à canonner à propos de ce rapport que cette information : « moins de bavures policières selon les inspections » (Lien). On applaudit à deux mains la prouesse militante et la légèreté caressante de la plume journalistique.
Liens :
Quatre policiers, dont un commissaire, jugés pour proxénétisme dans le milieu des clubs échangistes ( AP)
De la prison ferme pour les ripoux (L’Express)
La CNDS débordée par les plaintes (Le Nouvel Obs)
Un pavé dans la mare des policiers qui dérapent (Libération)
Ressources du site :
See U
CC Jung
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