Cocktail de coke

Publié le par cc jung in effect

Des crochets
 
L’interview que vient d’accorder Virginie Despentes au journal Le Monde claque comme une gifle salutaire, une griffure sévère et se savoure comme une descente douloureuse dans le monde du réel. Non seulement le constat est juste mais nombre de protagonistes pourraient se reconnaître en filigrane dans cette Franche branchée et arrogante, artificiellement sûre d’elle, la tête dans le guidon et la schnouf, les yeux brillants d’une chimique ambition et d’une euphorie passagère.
 
La propagation de cette drogue fabriquée à base de kérosène (c’est sans doute pour cela qu’elle fait planer) et de feuilles de coca atteint des proportions alarmantes en Europe et touche, en cascades, au fur et à mesure de la chute des prix, une population plus jeune, plus périphérique aux grandes villes et plus hétérogène. Réservée autrefois à des métiers dit « créatifs » pour ses vertus supposées "récréatives", le poison absolu saupoudre maintenant à plus grande échelle le monde avec des conséquences à long terme impossibles à quantifier. Des études récentes sur les traces de cocaïne des billets de 20 et 50 euros en circulation ( Allemagne) qui servent de canal d’aspiration et sur la quantité de ce même produit retrouvée dans les eaux usagées (Italie) sont alarmantes. La France comble son retard sur les autres grands pays européens, hélas.
 
Considérée à juste titre comme une drogue dure qui ravage les méninges, la coke symbolise à merveille une société où le paraître, le bagout et l’esbroufe servent de passeports et de signes de reconnaissance à une prétendue élite. Pour les populations moins aisées, elle sert de rite iniatique, de défonce "speedante" et de camisole chimique. « La drogue du suicide absolu » (dixit Despentes) irrigue en pointillés de plus en plus de circuits privés, d’entreprises et de carrières apparemment éclatantes, c’est la béquille cachée du rêve officiel.
 
On se remémore avec stupéfaction (c’est le cas de le dire) cette anecdote (parue dans la presse fugitivement) qui concernait le rejeton d’un ministre venu réclamer vertement dans les locaux de la Police son sachet de poudreuse saisi. C’est dire à quelle point son usage est banalisé au possible et l’impunité des consommateurs assurée de facto, en vertu d'un marquage social et ethnique. Comme le souligne Virginie Despentes, « avec la police, le risque n'est pas grand, la coke est classée comme une drogue de Blancs qui bossent, un peu protégés ». Le propos est cru, sincère et direct, comme un crochet sec, celui de la décrochée.
 
 
 
 ( Le Monde ). « Quand on arrive à Paris en venant de province et qu'on fréquente les gens riches, le premier truc qui choque, c'est que tout le monde a de la cocaïne ; c'est leur drogue, elle est partout (...). Même si tu n'as pas d'argent, ou pas envie de mettre ton argent là-dedans, tu peux en prendre facilement dès que tu sors. C'est une drogue sociale à la con, les gens savent que ça crée un lien plus rapidement, donc, dès qu'ils ont un intérêt à t'avoir dans le coin, tu as de la coke très facilement (...). J'en ai pris un peu au début, puis beaucoup pendant le film Baise-moi, pendant deux ans, et, de toutes les drogues que j'ai connues, c'est celle dont j'ai le plus mauvais souvenir.
 
C'est vrai que les premières fois c'est marrant. Baise-moi, on ne l'aurait peut-être pas fini sans coke, parce qu'on aurait peut-être mieux pris conscience de tout ce qui se passait autour, on aurait eu des sensibilités plus normales (...). Ça aide à tenir toute la nuit. J'ai écrit mon roman Les Jolies Choses en trois-quatre jours sous coke, ça débloque des trucs. Mais ça fait des petites montées rapides ; après, il faut en reprendre tout de suite et, au bout d'un moment, le cerveau est embrouillé (...).
 
 

Coke is not a joke

 
(…) C'est une drogue qui t'inclut dans la société, une drogue de Blanc, politiquement très marquée. A la base, c'est la drogue des publicitaires, et les pubards, c'est des crevards. Faut pas aller chercher plus loin, les gens de pub, de télé, de presse, de cinéma, les politiques prennent de la coke, ce n'est pas un hasard (...). La cocaïne, pour tenir les gens, c'est super. Une fois qu'on est dans la cocaïne, tout ce qui compte c'est en racheter, donc on bossera dans n'importe quelle condition. On réfléchit moins, on bosse plus, on a besoin de plus d'argent. Moins de sommeil, beaucoup moins de réflexion, et plus aucune marge de rébellion, on va pas se rebeller alors qu'il te faut de la coke le lendemain. En plus, la coke brouille le jugement, donc si le chef a parlé, on va faire comme le chef a dit, parce que demain de toute façon il faut de la coke.
 
 
Personnellement, je ne pense pas que j'en sois revenue, je ne suis plus pareille émotionnellement. Quelque chose en moi a changé, un équilibre chimique a été transformé : crises de larmes, nervosité (...). Je demande à voir le discours qu'on aura là-dessus dans dix ans, quand on commencera à payer les dégâts. Et pas seulement des attaques cardiaques sur des gens de 55 ans. On ne parle pas de toutes les sinistroses que ça va créer. C'est la drogue du suicide absolu (...). Avec la police, le risque n'est pas grand, la coke est classée comme une drogue de Blancs qui bossent, un peu protégés. De toute façon, je vis dans un monde où il n'y a pas beaucoup de police. Depuis que je ne fréquente plus d'Arabes, je ne la vois plus.  »
 
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Saisie de 340 kg de cocaïne en Argentine (Radio Chine international)
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung
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Publié dans Omegactualité

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