La plume trempée dans le sang

Publié le par cc jung in effect

Les risques du métier
 
Il y a eu autant de journalistes tués en Irak que pendant l’interminable guerre du Vietnam. Ceci n’est en rien le signe d’une dégradation de l’image du journalisme de guerre mais tout simplement la conséquence d’une nouvelle doctrine militaire, celle qui consiste à éliminer les gêneurs, pour tuer « en paix »…
 
L’Irak s’enfonce chaque jour un peu plus dans un chaos, un théâtre d’ombres effilées comme des poignards sournois, dans un fracas assourdissant comme le silence de la communauté internationale, une sale guerre où tous les coups sont permis, où le terrorisme supposé des résistants se heurte sans cesse au contre-terrorisme de l’occupant, à coups de bombes dans un camps puis dans l’autre pour allumer le feu de la division qui affaiblit et noyaute, violent jeu d’échecs où les pions ne sautent plus de cases en cases mais se désintègrent littéralement dans une diagonale du fou que personne ne peut mesurer, faute de témoins objectifs, faute de journalistes… Les témoins reposent six pieds sous terre, vivants ou morts, emmurés dans les caves ou les tombeaux, là où ils ne risquent plus de gêner la pacification au phosphore, les bombardements chirurgicaux qui remplissent les blocs opératoires de femmes et d’enfants, la torture systématisée comme moyen de terreur sur les civils et autres aléas joyeux de la « démocratisation forcée ».
 
La vague d’enlèvements et d’assassinats de journalistes ressemble, à première vue, à un coup du sort, une dégradation de la situation, à une poussée de violence et de crapulerie irrationnelle. A première vue. Lorsque l’on prend le temps de profiler les journalistes victimes de ces rapts, bavures et meurtres, une évidence s’impose, implacable et lourde de sens : ils ont indépendants d’esprits, critiques sur les atroces moyens utilisés par les soudards de l’Empire et ils ne servent pas complaisamment la soupe qui arrose goulûment les médias serviles du monde entier en distinguant la résistance et le terrorisme, la guerre et ses nécessités et la barbarie organisée, les motifs de l’occupation et la réalité du terrain.
 
 
 

Impasteur célèbre

 
 
Cette noire officine du contre-terrorisme n’abuse plus grand monde
 
 
De Guliana Sgrena qui enquêtait sur les bombardements au phosphore à Falloujah (une jolie trouvaille ces bombes qui vous momifient dans vos vêtements intacts, par réaction chimique et brûlure simultanée) à Jill Carroll qui travaillait pour le très critique journal américain, The Christian Science Monitor, la liste des journalistes capturés ou tués est plus qu’une indication. Nul besoin d’ajouter que les médias arabes qui couvrent le conflit demeurent des cibles privilégiées, de Al Jazira aux free-lances irakiens comme le détaille un très intéressant article de Ghali Hassan de Global Research (Lien). Autre enseignement à tirer de ces recoupements, les journalistes pris pour cibles par les éléments infiltrés en Irak du fantomatique Zarquaoui (en un mot les supplétifs locaux des troupes d’occupation) ne sont quasiment jamais les professionnels de l’information originaires des pays faisant partie de la Coalition mais toujours des journalistes issus des pays opposés à la guerre. Une énième démonstration que Zarquaoui et ses sbires luttent effectivement contre l’envahisseur en s’attaquant à tout le monde…sauf lui. Son obscur groupuscule peut bien revendiquer la cinquantaine d’attaques journalières pour se donner un semblant de crédibilité, il y a bien longtemps que cette noire officine du contre-terrorisme n’abuse plus grand monde à l’exception des opinions occidentales savamment entretenues par une propagande honteuse.
 
Pour conclure, il convient de rappeler encore et toujours, l’importance de la presse et son rôle de témoin de l’histoire instantanée. Il n’est pas donné à tout le monde de couvrir les évènements dans un pays ravagé par les bombes, les truands armés, les soudards à la gâchette facile, les terroristes de tous les bords juste pour livrer une information de nature à mieux permettre à chacun d’appréhender la situation qui prévaut et les enjeux en cours. La longue litanie des professionnels de l’info tombés sous les balles des bourreaux dérangés dans leur sale besogne, des terroristes fanatiques et des exécutions sommaires, doit rester dans l’esprit de chacun en parcourant son quotidien matinal.
 
 
 

Les charognards à l'oeuvre

 
 
Les goinfres cyniques qui alimentent la machinerie mortuaire
 
 
En temps de guerre, un journaliste est un parasite plus ou moins autorisé qui assiste à la gigantesque folie meurtrière des hommes avec une plume à la main, un objectif devant les yeux et cette profonde et intime conviction que le récit des horreurs vues et racontées fera reculer imperceptiblement le détachement de ceux qui s’imaginent pas concernés. Chaque innocent qui tombe sous les balles est la mise à mort de nos valeurs patiemment édifiées, chaque résistant tué doit nous dire notre propre passé de résistance à l’occupation que l’on glorifie et sanctifie à longueur de cérémonie commémorative, chaque soldat tué doit nous interpeller sur les motivations réelles de ces goinfres cyniques qui alimentent la machinerie mortuaire, chaque journaliste tué est un point que l’on coud sur notre horreur mutique comme un tableau volé de Munch…
 
 
 
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CC Jung
 
 
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Publié dans L'Empire du Bien

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