La culture populaire selon Sarko
Sarkopak cultive sa différence
A l ‘occasion de la convention de l'UMP sur la culture, au théâtre du Palais Royal à Paris, le président du parti a tenté de rallier le monde des arts à sa cause. En bon populiste, il a brassé les sujets d’actualité à grands moulinets, en allant dans le sens du vent bien évidemment.
Après les coups de boutoirs médiatiques assénés par une partie des artistes français, de Noah à Pierre Perret en passant par Jamel Debbouze, l’Empereur à talonnettes se devait de contre-attaquer. Il a déjà tenté, une sortie peu convaincante en fustigeant les propos critiques du champion du monde, Lilian Thuram. Ce dernier, sans protège-tibias mais avec la détermination d’un défenseur du Calcio, lui a fait un tacle glissé qui l’a renvoyé directement au terminus des…minus. Nouvel essai de réhabilitation hier, lors de la convention de l’UMP sur la culture. Personne n’a précisé d’ailleurs de quelle culture il était question. Etait-ce l’art de la démagogie ? Les vaudevilles judiciaires ? La parade arrogante et suffisante érigée en posture esthétique ? Un remake théâtral de « Brutus » ? Une représentation de la Ferme de TF1 (pas celle d’Orwell) ? Nul ne l’a vraiment précisé mais il était visiblement question de s’attirer les faveurs du monde artistique. Alors, on a ratissé large pour créer d’éventuels liens.

Gyrophare deux-tons pour remplacer l’apprentissage de la musique
« En présence du ministre Renaud Donnedieu de Vabres, M. Sarkozy a plaidé pour une sanctuarisation du budget de la Culture, le développement du mécénat, le renforcement des "obligations culturelles" des chaînes audiovisuelles publiques et dénoncé la "licence globale" dans le débat sur les droits d'auteur sur Internet » précise la dépêche d’Associated Press (AP). Soit un beau catalogue des promesses qui n’engagent que les crétins qui les croient comme l’a un jour précisé, cyniquement, le chef de l’Etat. Soit autant de chantiers que l’UMP pourtant au pouvoir depuis un moment, n’a jamais engagé, trop occupée à remplir les prisons, à relooker les uniformes des policiers et à karsheriser les pauvres et les émigrés. Une autre forme de culture est, il est vrai, à l’œuvre : celle de la matraque en guise de baguette de chef d’orchestre, celle du sifflet en guise de refrain et du gyrophare deux-tons pour remplacer l’apprentissage de la musique. Seul bon point à mettre au crédit de la « culture » en version UMP, l’utilisation compulsive d’un instrument de musique classique, le pipeau…
Une bonne nouvelle pour la démocratie a été annoncée par Nicolas Sarkozy, une piste intéressante et significative, la fusion de plusieurs ministères, soit ceux « de la Culture, de l'Education et de la Communication en une seule personne ». Un super ministère pour gérer l’éducation , la culture et la communication ? Culture, Education et…communication ? C’est faire main-basse sur les bastions supposés du « gauchisme » pour les inclure dans une stratégie plus globale de communication. En un mot, formater l’enseignement, la culture et les médias pour les mettre au diapason du discours impérial à venir. Un super ministère de la propagande officielle à diffuser, enseigner, à encenser et à répandre pour résumer l’idée générale.

La notion de « culture populaire »
« Plus globalement, il a fustigé "l'avant-gardisme systématique" dans le monde culturel français et les spectacles financés sur fonds publics qui se déroulent "devant des salles vides". "Je vais passer pour un butor", mais "il faut respecter le public", a-t-il lancé, en défendant la "notion de culture populaire", délaissée selon lui "au bénéfice d'une arrogance, d'une prétention et d'un avant-gardisme mal digéré" » précise l’article. Pour ceux qui n’auraient pas saisi les raccourcis nombreux du discours, "l'avant-gardisme systématique""devant des salles vides" dénoncé par Sarkozy, vise les troupes théâtrales qui préfèrent déclamer des textes classiques ou d’avant-garde plutôt que de créer les « 10 commandements » (la Bible revisitée par un responsable « culture » du Auchan local) ou d’écrire une pièce sur mesure pour servir d’écrin à Bernard Menez et Michel Loeb, quelque chose comme « Ciel mon mari est cocu ! » et « Une grösse Rigölade chez fölle Amanda ».
« Les salles vides », argument poujadiste pour dénoncer l’élitisme de la culture un peu pointue, un classique. Il est vrai que les salles sont surtout vides de spectacles, la faute aux intermittents du…spectacle, espèce en voie de disparition. Ce type de culture est dit « élitiste » par ce qu’il n’émarge pas au comique troupier, à la farce fessière et aux blagues de « Rires et chansons ». Les salles sont vides parce que le citoyen n’a plus les moyens de se divertir, parce qu’il est bien trop occupé à ricaner devant sa télé avec Arthur et Lagaffe. Quand à la notion de « culture populaire » que Sarkozy veut défendre, on a aucun mal à mettre un nom sur cette prétendue culture, elle s’incarne dans le génie d’un Bigard et d’un Barbelivien. Il est en effet urgent de promouvoir ces magnificences de la culture française que le monde entier nous enviait..
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CC Jung
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