Mûrs pour les murs

Publié le par cc jung in effect

Il y a parfois dans l’actualité une conjonction de mots identiques à la forte valeur symbolique. Tenez le mot mur, il est partout présent dans les nouvelles du jour comme un résumé d’un monde enfermé dans sa paranoïa, ses certitudes et son incommunicabilité chronique. D’Israël à Bagdad, de Londres à Padoue, le mur se dresse comme une évidence grise, âpre et définitive…
 
C’est le mur des récriminations…en Israël en ce moment. Le gouvernement d’Ehud Olmert et son état-major se retrouvent très justement au pied du mur : ils vont devoir rendre des comptes à la nation pendant que leurs comptes sont en train d’être épluchés à la loupe. La très aventureuse aventure libanaise et son dénouement inattendu font des dégâts dans la classe politique et l’élite de l’armée israélienne, malheur aux perdants. La presse, les sondages, les spécialistes interrogés et l’opinion publique s’accordent sur un fait, cette guerre a été une interminable suite d’erreurs tactiques, stratégiques et politiques. « Cette guerre devrait amener nos dirigeants à comprendre les limites de la force et la nécessité de rechercher un accord politique régional. Ceux qui ont une vision binaire, qui divisent le monde entre bons et méchants, ne savent que semer la guerre et la déstabilisation dans la région.» explique ainsi le général Uri Saguy, ex-chef des renseignements militaires dans un article du monde (lien Le Monde).
 
C’est toute la rhétorique manichéenne des Néos-cons qui est ici envoyée dans les cordes et son appropriation par l’état-major de Tsahal qui est dénoncée au passage. Le monde ne se divise pas entre les bons et les méchants, les ardents défenseurs de la civilisation et les méchants barbares, les gentils juifs et les méchants arabes, ceux qui sont avec nous et les autres et autant de raccourcis débilitants qui sont pourtant les socles idéologiques des détraqués du Pentagone. Et dire qu’il aura fallu un mois de guerre et une « déroute » tactique pour réaliser une évidence : les délires messianiques ont des effets secondaires parfois douloureux. A force de manier les concepts et d’intellectualiser la vie et la mort des individus puisque telle est la finalité de la guerre, les brillants concepteurs finissent toujours par durement retomber sur terre, telle est la loi de la gravité.
 

Le plus important consistait à "graver dans la conscience" des Palestiniens
 
Dans un excellent article de Charles Enderlin publié par le Monde (lien), on découvre avec stupéfaction que tout cet acharnement contre les Palestiniens puis plus récemment contre les Libanais répondait à une logique, à une stratégie prédéfinie. « Toute cette politique était appuyée par une nouvelle doctrine militaire sur le conflit à basse intensité. Un "think tank" de généraux de réserve installé dans l'école de formation des officiers supérieurs a mis au point des concepts stratégiques qui ont fini par transformer la réalité du conflit. Le plus important consistait à "graver dans la conscience" des Palestiniens qu'ils n'obtiendront rien par la violence. Pour cela la pression sur la population devait être maximum, avec des couvre-feux, des bouclages et un blocus économique. ».
 
Les « graveurs de conscience » avec leur marteau répressif et leurs missiles offensifs ont obtenu bien évidemment l’inverse, une radicalisation croissante des Palestiniens illustrée par l’avènement du Hamas. Les apprentis-sorciers se sont complètement déconnectés du réel. Le peuple palestinien n’est pas devenu un animal soumis et craintif sous les coups de son maître… On apprend également dans cette article que la même doctrine a été appliquée au Liban avec les mêmes résultats : Nasrallah est devenu l’emblème du monde arabe (Lien). Bingo sur toute la ligne et encore bravo.
 
Les autres entrepreneurs zélés du Nouvel Moyen-Orient, les Américains, bâtissent également …avec le marteau et le burin. En trois années à peine, ils ont réussi le tour de force de complètement démolir la société irakienne en faisant exploser des liens séculaires qui unissaient les communautés. Du fait de la montée permanente des violences entre les communautés chiite et sunnite pour ne pas parler de guerre civile, ils ont eu la brillante idée de construire un mur pour séparer les quartiers (lien). Une idée qui résume assez bien la profondeur de leur analyse de la situation. Et puis, il faut dire que le mur est devenu une valeur sûre pour ces pourvoyeurs de démocratie forcée.
 

Très tendance le mur finalement et quel meilleur symbole de l’avènement du Nouvel Ordre mondial
 
Le pays le plus démocrate du Proche Orient a ainsi construit un gigantesque mur de la honte, imité bientôt par son mentor qui souhaite ériger un monument identique à la frontière avec le Mexique. Très tendance le mur finalement et quel meilleur symbole de l’avènement du Nouvel Ordre mondial construit pour durer mille ans. Après avoir dynamité les communautés en pratiquant le contre-terrorisme (je mets une bombe chez x puis chez y, je signe Zarquaoui et le tour est joué), l’occupant n’a plus qu’à compter les coups assénés par les adversaires en soufflant un peu (lien). Diviser pour régner, vieux comme le monde mais toujours d’actualité. La partition du puissant Irak pour mieux l’affaiblir est en marche. Et puis si les journalistes se montrent un peu trop curieux, pourquoi prendre des gants quand il y a des fusils à portée de main ? L’Unesco peut toujours s’inquiéter…à juste titre. Cette guerre d’Irak a tué plus de journalistes que pendant tout le conflit au Vietnam, les records vont tomber (lien).
 
 
La seule parade au terrorisme sera la…biométrie bien sûr
 
On a enfin compris l’utilité des attentats virtuels de Londres avec 20 avions et autant de bobards. Même plus besoin d’attendre que les attentats soient commis, il suffit désormais de les imaginer pour en retirer un bénéfice immédiat. Il faut prendre le soin de mettre beaucoup de sensationnalisme, une pincée nécessaire d’Al Quaeda, un soupçon de Pakistan, une grosse cuillère de panique et de confusion informative, un petit délit d’initié au passage (lien Agoravox) et c’est prêt (liens). Le public est conditionné pour que l’on fasse tomber un des derniers tabous, celui la liberté individuelle à la sauce Big Brother. Plus question de mur pour abriter nos vies privées, on aura bientôt l’espion dans la peau qui nous regardera au fond des yeux, ce n’est qu’une affaire de temps désormais. Nos ministres de l’intérieur européens viennent de décider que la seule parade au terrorisme sera la…biométrie bien sûr (lien). La reconnaissance de l’iris sera d’une grande utilité face à un kamikaze dans les transports en commun ou au volant d’une voiture piégée. Par contre, rien de mieux que la puce et compagnie pour faire de nous de gentils toutous qui répondront au doigt et à l’œil…
 
Un mur pour ne pas voir. C’est le sentiment que l’on a en lisant l’article du monde sur le mur de Padoue. Confrontée à un trafic de drogue important, le quartier via Anelli, un ghetto d’immigrés, va être entièrement ceinturé par des plaques de béton (lien). Même si l’on comprend l’exaspération des habitants du quartier, on peut s’étonner que la prévention, l’information et la mise en place de structures d’insertion ne soient pas envisagées pour sortir le quartier plongé dans les affres de la toxicomanie. On ne traite pas le problème, on ne soigne pas le mal, on l’isole comme un agent infectieux et pathogène. Ce n’est plus mettre un pansement sur une jambe de bois ou carrément l’amputer, c’est enfermer la plaie dans ses miasmes pour qu’elle gangrène plus vite. Etonnant remède.
 

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CC Jung
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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