CPE : retour à la case départ

Publié le par cc jung in effect

L'humilité
 
L'incroyable feuilleton du CPE vient enfin de s'achever sur le retrait pur et simple de la loi promulguée... pour ne pas être appliquée. Les contorsions législatives du président de la République finissaient pas tordre la notion même du réel et faire désordre dans sa propre majorité, il était temps que la mascarade prenne fin. Le premier ministre qui avait pesé de tout son poids et de toute sa raideur pour imposer par la force son projet impopulaire a cédé devant une contestation grandissante et l'union des syndicats et organisations étudiantes. Deux mois de conflit pour revenir au point de départ, quel gâchis phénoménal quand même... A vouloir à tout prix ignorer les relais d'opinion, les mises en garde nombreuses et la capacité de résistance de la société française, Dominique de Villepin vient d'apprendre la plus importante des leçons en politique, l'humilité.
 
 
 
En ce jour où s'achève enfin une crise qui n'a que trop duré, celle du CPE, une leçon politique s'impose à l'ensemble des acteurs politiques, celle de l'humilité. La tentative absurde de passage en force pour le premier ministre ressemble à première vue à un long et lent suicide électoral tant il a paru s'obstiner mais ces postures insensées sont le fruit d'un orgueil mal placé et d'un mépris souverain pour la classe sociale concernée pourtant par ces importantes réformes. Les gueux ne méritent pas que l'on s'abaisse à tout leur expliquer.
 
Il serait inutile de reprendre le fil des évènements qui ont abouti logiquement à un fiasco retentissant mais il est bon de rappeler que des hommes politiques qui ne jugent pas utiles de mettre en application des lois qu'ils ont pourtant promulgué ne méritent pas la moindre compassion républicaine. Votée en 2004, une loi prévoyait en effet que toute retouche du code du travail devrait être accomplie après une négociation préalable avec les partenaires sociaux. Une bonne manière de baliser le chemin des réformes pour éviter les chemins de traverse et les culs de sac. Hélas, notre impétueux premier ministre, sans doute échaudé par le coup de chaleur des banlieues et par le compte à rebours des élections à venir, a jugé bon de griller la politesse à tout le monde et de passer au feu rouge, propulsé par le canon législatif du 49-3. Une manière de faire un bras d'honneur au parlement, aux syndicats et aux intéressés (les jeunes) qui trahit surtout une totale indifférence au dialogue social.
 
 
 

Image brouillée

 
 
Le but de la manoeuvre était de faire bouger le curseur de son image
 
 
Dans la têtes bien pleines des élus de l'élite, la lutte des syndicats est jugée comme un anachronisme absurde, l'opinion des jeunes est considérée comme négligeable puisqu'ils ne comprennent ni les enjeux, ni la situation et encore moins les réalités économiques et le parlement sert de décorum démocratique et de cirque adulte pour donner l'illusion du débat. La crise du CPE et son dénouement illustrent surtout une des dérives de la communication qui consiste à cibler une catégorie d'électeurs potentiels en engageant une réforme sans prendre en considération l'ensemble des points d'impact qui seront touchés. Le but de la manoeuvre était au départ de faire bouger le curseur de son image, de durcir le ton pour s'émanciper de la posture du "gaullisme social" qui doublonnait plus ou moins avec le positionnement des centristes de l'UDF.
 
La réforme au pas de charge de notre poète grisonnant visait en théorie une partie de la jeunesse, celle des banlieues qui est non-qualifiée, sous-diplômée et quasiment hors des circuits traditionnels du marché de l'emploi. Au lieu de concentrer le tir sur cette vraie « niche » de chômage, le premier ministre a décidé d'étendre la mesure à l'ensemble d'une classe d'âge en mettant toute la jeunesse dans le même panier et même dans la corbeille si l'on en juge des conditions d'embauche et de licenciement. Il s'agissait visiblement d'offrir un cadeau inespéré au patronat qui n'en demandait pas tant et de parfaire une image volontariste, décidée et intransigeante sur la manière et la méthode. Une forme d'autoritarisme qui devait raffermir l'image un peu floue du futur candidat, qui devait l'ancrer plus à droite sur l'échiquier politique. Il s'agissait donc d'une vraie rupture avec les conventions habituelles en matière de réformes et d'un coup médiatique et politique. De rupture...soit le programme annoncé de la concurrence et "chippé" ici audacieusement mais le hussard qui pensait foncer à bride abattue a enfourché et misé sur le mauvais cheval. D'où ce rodéo échevelé qui a finit par mettre à terre le dompteur présomptueux. 
 
 

Complications

 
 
La rue ne gouverne pas?
 
 
Les partis concernés ont sonné le tocsin très vite en constatant le galop féroce de Galuzeau et sa fuite en avant mais le cavalier féru d'épopée pittoresque et de combats flamboyants n'avait cure des avertissements jugeant que le destin pouvait basculer en sa faveur. Il déclarait alors "préférer le sacrifice au compromis qui discrédite" en militant pour « sa bataille pour l'emploi », autant de rhétorique guerrière où il était question de refus de capituler, de bataille de tranchées et tout le barnum de la communication dite volontariste. Lui et son équipe de brillants communicateurs s'imaginaient alors qu'une pincée de campagne internet (des animations flash au message primaire et caricatural distillées dans les organes de presse « de gauche », achats de mots-clefs à Google, création frénétique de blogs et autres sites « spontanés »), un pourrissement du conflit avec l'épée de Damoclès d'une année scolaire et universitaire blanche et une certaine apathie syndicale feraient le reste.
 
Le mérite de la pelletée de slogans que ces brillants cerveaux ont délivré dans l'opinion publique avec plus ou moins de bonheur pour tenter de renverser la tendance, c'est qu'ils ont réveillé l'imagination féroce des caricaturistes en herbe. Combien de détournements de sigles, de jeux de mots et autres calembours irrévérencieux ont fleuri dans les joyeux cortèges que les casseurs n'ont pas réussi à effrayer ? "Le CPE ce n'est pas mieux que rien, c'est pire que tout " criaient ces crétins de jeunes qui ne comprennent rien n'est-ce pas ? La rue ne gouverne pas et la chien-lit ne saurait étouffer le lys ? En attendant le roseau a plié, le paon s'est déplumé et la côte de popularité s'est effondrée. Dure leçon à méditer pour notre poète amateurs de vers et collectionneur de...revers.
 
 
 
 
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CC Jung
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Publié dans Omegactualité

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H
Villepin a prétendu ce soir n'avoir pas d'ambition présidentielle... Pas ou plus ?
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C
N'a plus d'ambitions présidentielles me semble la bonne pioche...