Spectacle indécent

Publié le par cc jung in effect

Inéluctable
 
La mobilisation spectaculaire des militants anti-CPE n’est que le énième mouvement de masse des Français pour dire non à un système politique déphasé par rapport à la précarité réelle de nombre de concitoyens, non à une élite politique toute de mépris et de complaisance pour ce peuple dont ils doivent théoriquement défendre les intérêts, non à une lutte de pouvoir qui instrumentalise tous les soubresauts de la politique dans un intérêt partisan et mesquin. Complètement figé dans une posture intransigeante à des seules fins électorales, Dominique de Villepin mène un combat bien dérisoire et absurde, celui de la communication, pour tenter de sauver sa peau en se dépouillant des lambeaux d’une initiative inique. Mais le chiffre même des manifestants démontre que la communication, aussi massive soit-elle, ne peut rattraper la bévue initiale. La question n’est plus le retrait du CPE mais celle de l’éviction de son initiateur dans la foulée des marcheurs mécontents…
 
La manifestation anti-CPE a atteint un niveau jamais égalé aujourd’hui malgré l’intense campagne de communication de l’UMP et du gouvernement, malgré des tentatives de divisions du front contestataire, malgré le spectre des casseurs et les habituels concepts de pensée distillés ici et là complaisamment. Lesquels ? Mais vous avez pourtant entendu sous toutes les formes ces idées, formules et clichés que les médias relayent comme un contre-point nécessaire et « mesuré » à la bouillante et épidermique révolte des étudiants. Des sites internet ont été créés de toutes pièces pour relayer les scories du discours de propagande officielle, des professionnels du lobbying ont submergé les standards des radios, ont bombardé les mails des journalistes, se sont imposés sur les plateaux télés pour tenter de « remodeler » l’opinion bien évidemment manipulée par les syndicats et par des étudiants pré-pubères et stupides.
 
Cette fois, on a eu droit à un drôle de pot-pourri des recettes anciennes, il y a effectivement aucune raison de changer une communication qui marche puisque l’on a pas tardé à entendre les bons citoyens reprendre des formules ingurgitées comme de dociles perroquets bien éduqués. Il y a les formules sur l’insupportable chômage des jeunes qui a soudainement démangé notre premier ministre, un matin, sans doute au réveil. Devant le peu de succès de cette formule éculée, le gouvernement a tenté de différer le courroux en le délocalisant vers les banlieues abandonnées depuis des lustres qui se sont retrouvées soudain, objets de toutes les attentions et les intentions. Le message était clair pour les étudiants issus, selon les calculs des stratèges de Matignon, de la classe moyenne, de moins en moins privilégiée d’ailleurs mais il faudrait vivre dans la vraie vie pour saisir ces évolutions… Ne vous inquiétez pas puisque cette mesure injuste et discriminatoire est essentiellement réservée aux apatrides sous-éduqués, voyons ! La précarité en plus, c’est pour ces misérables, il faut quand même bien le dire ou du moins le suggérer…
 
 
 

Tourbillon

 
La fameuse idée de réforme impossible dans ce pays
 
 
Et puis, on a eu droit à une ancienne méthode, celle du pseudo bon-sens populaire qui a pas mal fonctionné, celle du mieux que rien. « Le CPE ce n’est pas génial, c’est mieux quand même que rien » . Certes, mais c’est pire que tout ont répondu les inventifs manifestants qui sont une génération qui a vécu dans l’ère de la communication, de la publicité, des formules et de la distance. Les formules de pub, ils connaissent, ils en avalent bon gré mal gré, plus de 2000 par jour, ce qui donne une certaine habitude de la remise en perspective immédiate. Il y a eu ensuite la fameuse idée de réforme impossible dans ce pays et Dieu sait (air entendu, le regard perdu dans les limbes) si le pays a besoin de se rénover… Ce que l’on oublie de dire, c’est que juste avant, le code du travail a subi une entaille de plus sous la forme du CNE, une « amélioration » du contrat du travail pour le rendre plus « souple » qui intervient après une bonne vingtaine de modifications successives qui vont toujours dans la même direction, celle des directives du…MEDEF, le mieux placé, vous en conviendrez, pour légiférer sur la défense de l’emploi et des travailleurs.
 
Ensuite, dans l’affolement général que l’on sent dans les rangs de cette majorité formidable, on a eu droit à des salves désordonnées, un feu d’artifices bigarré pour faire plaisir au comique troupier qui sert de boussole philosophique à nos gouvernants, après Hallyday. Vous connaissez bien sûr ces refrains sur la jeunesse qui ne rêve que d’un emploi à vie, des chevelus sous cannabis qui se rêvent employés d’IBM jusqu’à la fin des temps, des jeunes utopiques, incapables de comprendre les réalités du vaste monde, des assistés, des casseurs qui ne valent pas mieux que les incendiaires de banlieue, des flemmards et tout le toutim véhiculé par ceux qui ont fait puis défait Mai 68, leur référence absolue.
 
Et puis on a eu droit à de récents refrains sur l’irresponsabilité des contestataires qui refusent de servir de figurants muets à une bataille de communication qui vise à soutirer à Sarkozy une partie de son électorat. Vous êtes conviés à une table de « négociations » en sachant que rien ou presque n’est négociable, question de captation d’héritage gaulliste (ou du moins UMP). Je déborde l’Empereur à talonnettes en étant plus borné que lui pour démontrer mon inflexibilité pendant que Sarkozy se veut désormais le chantre de la cohésion sociale pour contrebalancer le levier. Quelle triste démonstration que le sujet n’est pas le CPE mais de basses et vulgaires « poudres de succession », ces formules alambiquées et chimiques pour hâter le long et douloureux passage de pouvoir. Chirac n’est pas mort politiquement (pas tout à fait) et déjà les poignards saignent les prétendants en ouvrant au passage, des tripes d’une partie de la France.
 
 
 

Espérance

 
 
Mauvais…pour le tourisme !
 
 
Signe que les choses ne se passent pas comme prévues dans les sombres cabinets où la France était, autrefois, comparée à une amante transie, la communication touche lamentablement le fond du côté des propagandistes en roue libre. Dans les débats du jour et d’hier, on a eu droit au sempiternel argument sur l’image de la France qui ne sort pas grandie de ces évènements, du tourisme ( ! ) et de la légitime légalité du projet de loi. Que l’on soit devenu une république bananière ne fait aucun doute vu de l’extérieur puisque nous avons un vieux roi vieillissant, des intrigues de palais, une aristocratie méprisante et satisfaite et un peuple insatisfait (qui a utilisé tous les moyens démocratiques mis à sa disposition pour dire sa révolte, de 2002 aux multiples échéances électorales, en passant par le référendum).
 
Que l’on soit un pays enterré sous ses blocages, ses contradictions et ses frilosités est une idée absurde. La rue se bouge et c’est le plus puissant signe que les aspirations, les inspirations et les démonstrations insufflent un peu de vrai dans le jeu de dupes auquel nous assistons. Les millions de gens qui ont marché aujourd’hui ont défilé pour dire une chose, une seule, l’inéluctabilité de la défaite d’une équipe d’incapables, attelage hétéroclite d’arrogants et de sectaires, un conglomérat méprisant et autiste. La rue ne gouverne peut-être pas, le rêve ne gît plus sous les pavés mais l’imposture a assez duré. Pour la légitimité, on se souvient tous de l’avènement de cette « majorité », du discours de Chirac et de la réalité. La légitimité démocratique pour justifier le CPE…se retrouve être aujourd’hui le 49-3, un canon juridique qui a le mérite de pulvériser toute tentative de contestation. Ils ne reculent devant rien décidément. Sauf le CPE parce que là, la bataille de l’opinion est perdue et la démonstration accomplie. La communication, l’ivresse des chiffres triomphants et l’autosatisfaction de cette aristocratie du mensonge atteignent ici les limites, celle d’une réalité supportable. 
 
 
 
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See U
 
CC Jung
 
 

Publié dans Omegactualité

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