Bidouillage solidaire
Mesquinerie planétaire
Une coalition d’ONG spécialisées dans le développement vient de dénoncer la duplicité des états européens qui « gonflent » artificiellement les chiffres de l’aide au développement. Tout est bon pour se donner un semblant de vertu et de moralité : l’aide aux réfugiés, les années de formation d’étudiants étrangers et l’annulation des dettes en cours. Ces petites manœuvres aux grandes conséquences (puisque l’aide réellement versée se réduit à peau de chagrin), résument assez bien les dérives de la communication politique. Tout est dans le démonstratif, le chiffré, l’annonce et le bidouillage au lieu de la stricte application de lois votées, à défaut de la nécessaire solidarité.
La solidarité envers ce Sud dont nous tirons notre croissance industrielle depuis des siècles, une compassion financière qui n’a rien de scandaleuse, même en temps de crise, tant la prédation économique a été systématique d’autant qu’elle perdure sous des formes à peine atténuées. Une solidarité qu’il faudra bien un jour envisager pour tenter de rééquilibrer tant le contraste des richesses est immense, sous peine de voir débarquer (et souvent sombrer hélas) tous ces radeaux de la Méduse emplis de pauvres malheureux prêts à mettre leur vie en jeu pour servir de manœuvres au noir dans nos grises cités bétonnées. Pour le plus grand bonheur des entrepreneurs, ceux qu’il faut absolument choyer pour qu’ils puissent délocaliser leurs bénéfices…
La France fait bien évidemment partie des heureux élus tout comme l’Italie et la Grande-Bretagne. Que notre pays soit ainsi épinglé pour sa pingrerie et sa mesquinerie envers les pays les plus pauvres n’a rien de surprenant, il suffit de constater le traitement hallucinant que l’on réserve aux étrangers résidants qui ne sont pas issus de la CEE ( en clair les Bronzés, pas ceux du Splendid, ceux du sordide) pour comprendre que la notion d’humanisme, de compassion et d’éthique sont des grossièretés gauchisantes dans la bouche de nos populistes triomphants.

A propos de triomphalisme et de populisme, il faudra suivre avec intérêt les tribulations d’un démagogue péninsulaire, le grand Silvio. Le big brother italien qui possède l’un des plus grands clubs de foot du pays, une grande partie des médias, qui bénéficie du soutien de la très vertueuse et apolitique église catholique (entre gens vertueux, il n’y a qu’une loge qui sépare les parangons de la vertu) va débattre avec son adversaire de gauche Prodi. Gardons nous de toute moquerie, nous avons depuis quelques jours, un ministre de l’Intérieur qui organisera les élections présidentielles et encadrera les manifestations estudiantines, un premier ministre bis après son coup de force sur le CPE, un chef de parti de la Majorité, un candidat à certaines heures et tout le temps en fait, un conseiller des média privés et publics qui bénéficie du soutien actif de l’administration Bush et de l’état hébreux. C’est presque aussi bien.
Après s’être comparé à Jésus portant sa croix, après s’être imposé dans toutes les émissions de ses chaînes et d’autres, du « téléfoot » local aux émissions politiques en passant par les talk-shows, après ses saillies sur Poutine, sur les communistes anthropophages, sur sa mission de paix en Irak, le Silvio du village a sorti le chapeau magique des promesses électorales, comme à chaque fois. En guest-star, les millions de dépliants de sa formation « Forza Italia » ont enrôlé contre son gré, le leader de U2, Bono, qui remerciait bien sûr le sage Silvio pour ses constants efforts pour les pays pauvres. On ne recule devant rien pour redorer un blason terni par d’innombrables affaires classées sans suite comme chez le voisin transalpin, en France.
Le militant pour l’annulation de la dette et pour une meilleure justice économique ne s’est pas franchement réjoui de faire partie de la cohorte des adorateurs du Saint cathodique, il a tenu à rappeler que l’Italie faisait partie des « pires » donateurs en matière d’aide…Cette utilisation du « people » par les hommes politiques a des fins de propagande nous remet en mémoire un épisode signifiant de la politique française, la visite de Tom Cruise, le scientologue forcené reçu par notre Silvio à nous, le grand Nicolas. Les recettes sont les mêmes partout, du moment que ça marche…
« BRUXELLES (AFP) - La majorité des Etats membres de l'UE "gonflent artificiellement" leur aide au développement en comptabilisant l'annulation des dettes des pays pauvres ou l'accueil en Europe de leurs réfugiés, ont dénoncé lundi des ONG européennes.
"La majorité des Etats membres gonflent artificiellement leur niveau d'aide publique au développement (APD)", accuse, dans un rapport publié lundi à Bruxelles, une coalition de centaines d'ONG spécialisées dans le développement. "Selon nos calculs, 12,5 milliards d'euros de l'aide officielle de l'UE en 2005, soit presque un tiers, ne correspondent pas à des ressources nouvelles pour les pays en développement" mais "à l'annulation de la dette, l'accueil des réfugiés en Europe et la formation d'étudiants étrangers dans les universités européennes", assure le rapport. (...) "
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In memorian, « Jazz », le flamboyant roux messager de l’amour. RIP.
CC Jung
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