Le discours et la méthode
Génération spontanée ou presque
Comme le signalait il y a peu Omegalpha, la bataille de la communication fait rage dans les médias, les amphithéâtres et sur le net. Les chiffres de la mobilisation témoignent du très grand rejet de la société française quant au projet du CPE, ce qui n’empêche pas ses partisans de disposer d’une visibilité étonnante. Quelques centaines de militants de l’UNI ou de l’UMP qui défilent pour la fin des blocages des facs sont mis en concurrence dans les journaux télévisés avec les innombrables actions étudiantes contre le projet de loi mort-né (???). Ce qui permet de relativiser le mouvement grâce aux relais habituels et complaisants de la Majorité.
Il faut dire que la situation est équivoque quand le journal télévisé de la chaîne publique France 2 est présenté par la femme…d’un ministre du gouvernement au cœur même du dossier brûlant. Les collectifs anti-blocages sont également très actifs dans la blogosphère et sur le net, n’hésitant pas à acheter des mots-clefs sur Google pour vanter des sites nés « spontanément ». Comme l’indique l’article de l’Express citant l’émission « Arrêt sur images » de France 5, une telle débauche de moyens révèle une grosse machinerie en coulisses. Devinez laquelle…
En pariant sur le pourrissement de la crise, en jouant l’arme séculaire de la division interne et en emberlificotant le scénario législatif du CPE, l’UMP, fidèle à ses méthodes, utilise la communication (pour ne pas dire la propagande) pour étouffer la contestation qui gagne toutes les couches de la population à l’exception notable de quelques privilégiés choyés. Pourtant, les crises se succèdent à un rythme soutenu depuis près d’une année sans que le gouvernement en place ne semble prendre la mesure de l’exaspération que suscite sa gérance du pouvoir.
L’arme communicante peut sans doute permettre de sauver les apparences pour les quelques mois qui restent à tenir pour cet attelage bancal mais les échéances électorales devraient permettre de clarifier les choses. Trop de promesses, trop de mots, trop d’invectives et de mauvaise foi, un dialogue qui est en fait un soliloque satisfait ne pourront emplir la désespérante évidence d’un bilan vide ou trop-plein d’erreurs conjuguées. Le discours ne passe plus tout comme la méthode.

L’Express : « Blogs, forums, pétitions en ligne : le Web français reflète le débat qui oppose les détracteurs et les défenseurs du contrat première embauche.
(…) Avec le contrat première embauche (CPE), la machine Internet s'est de nouveau emballée. D'un côté, des dizaines de sites anti-CPE se font l'écho (photographies ou documents sonores à l'appui) des manifestations fleuves qui se déroulent un peu partout dans le pays. De l'autre, des sites sont devenus des fers de lance, non pas du mouvement pro-CPE, mais de l'« antiblocage des facs ».
Une activité en ligne qui n'est pas toujours exempte d'arrière-pensées politiques. Selon l'émission Arrêt sur images de France 5, qui a mené l'enquête, certains de ses sites, présentés comme apolitiques, tel Halte au blocage, reprennent le credo de syndicats étudiants très marqués à droite, comme l'UNI. D'autres sites n'hésitent pas à utiliser les méthodes du marketing politique en vogue sur Internet. Ainsi, une requête « CPE » sur Google fait apparaître, dans la catégorie liens commerciaux, le blog SOS Facs bloquées qui appelle aussi au« déblocage des facs ». Pour ce faire, ce site a dû engager des frais substantiels. Une telle opération demande également un suivi assez poussé. Et l'on sait que, en ce qui concerne les achats de mots-clés sur Internet, les communicants de l'UMP (Union pour un mouvement populaire) sont aujourd'hui dotés d'un certain savoir-faire. Les sites hostiles au CPE, eux, ne semblent guère familiers de ces outils. (…)
Liens :
Article intégral : « Les pro et les anti-CPE secouent la Toile » (L’Express)
Expulsable pour avoir logé un sans-papiers (Libération)
Borloo appelle les patrons à ne pas signer de CPE (Nouvel Obs)
Rassemblement contre l'«immigration jetable» (Libération)
Le violent « pourrissement » (Omegalpha)
Revue de presse du Nouvel Obs : L'UNION - Jean-Michel Roustand
"Il y avait Pierre et le loup, il y a désormais Jacques et le CPE. À force de dire que les promesses n'engagent que ceux qui y croient, d'oublier ses engagements électoraux et de changer d'avis au gré des circonstances, les Français ne semblent plus croire Chirac. Au mieux la promulgation de la loi, hier, leur apparaît comme un poisson d'avril en retard, au pire ils se demandent où est le piège. Le plus surprenant est de voir un président de la République, plutôt accommodant, défendre de tout le prestige de sa fonction un Premier ministre d'une arrogante rigidité. Visionnaire autoproclamé et donneur de leçon républicaine, sans jamais avoir affronté les suffrages qui en sont l'essence, Villepin veut devenir un héros. Ce qui implique généralement que les choses se terminent mal. Un caractère qui doit fasciner un Chirac à qui il a fallu, comme à tous les présidents, beaucoup de pragmatisme, une ou deux trahisons et quelques reniements pour réaliser le rêve de sa vie en entrant à l'Elysée. (...)"
"Il y avait Pierre et le loup, il y a désormais Jacques et le CPE. À force de dire que les promesses n'engagent que ceux qui y croient, d'oublier ses engagements électoraux et de changer d'avis au gré des circonstances, les Français ne semblent plus croire Chirac. Au mieux la promulgation de la loi, hier, leur apparaît comme un poisson d'avril en retard, au pire ils se demandent où est le piège. Le plus surprenant est de voir un président de la République, plutôt accommodant, défendre de tout le prestige de sa fonction un Premier ministre d'une arrogante rigidité. Visionnaire autoproclamé et donneur de leçon républicaine, sans jamais avoir affronté les suffrages qui en sont l'essence, Villepin veut devenir un héros. Ce qui implique généralement que les choses se terminent mal. Un caractère qui doit fasciner un Chirac à qui il a fallu, comme à tous les présidents, beaucoup de pragmatisme, une ou deux trahisons et quelques reniements pour réaliser le rêve de sa vie en entrant à l'Elysée. (...)"
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CC Jung
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