Naissance d'une junte militaro-industrielle
Bien mal agencé...
Un peu comme sous nos latitudes lavées à l’eau claire, les tenants du pouvoir outre-atlantique sont de plus en plus tentés par une instrumentalisation des agences de renseignement nationales à des fins beaucoup plus politiques pour ne pas dire claniques. Le Pentagone de Monsieur Rumsfeld est tout simplement en train d’évider la CIA de son contenu et de ses prérogatives au profit d’officines toutes acquises à sa cause et à son cercle de pouvoir. Il faut bien comprendre que le démantèlement d’une institution comme la CIA et la mise en place d’une privatisation larvée du renseignement national est le signe le plus tangible de la mise en place d’un état militaro-industriel de mauvais augure pour la démocratie américaine et de facto, pour le monde tout entier.
L’offensive continue… Comme le signalait Omegalpha depuis quelques temps (« La milice privée prend forme »), les signes concrets d’un affaiblissement délibéré de la principale agence américaine de renseignement, la CIA, se multiplient. Le fossoyeur principal de cette vénérable institution n’est autre que le ministre de la défense US, Donald Rumsfeld. Sévèrement critiquée et ébranlée par les attentats du 11 septembre, l’agence de Langley (lieu de son siège principal) est en train d’être patiemment démantelée par les Néos-conservateurs qui l’accusent d’immobilisme, de lourdeur et d’inefficacité. Fondée en 1947 pour remplacer la défunte OSS (Office of Strategic Services), la Centrale de renseignement avait pour principale mission de répondre aux nouvelles menaces que la Guerre Froide faisait peser sur le monde. Un demi-siècle plus tard, son destin semble bien compromis. Il faut dire que les attentats du 11 septembre et leur spectaculaire ampleur ont été les meilleurs vecteurs pour souligner la faiblesse du renseignement américain. En théorie…
En théorie uniquement car les signes précurseurs d’une vague d’attentats étaient significatifs (le Mossad était sur la brèche, le président Moubarak était au parfum, un agent iranien détenu en Allemagne avait vendu la mèche, un agent américain arrêté au Canada pour une broutille a tout fait pour prévenir sa hiérarchie des évènements à venir, etc). En théorie seulement parce qu’une série invraisemblable de coïncidences a permis le bon déroulement des opérations (pour ne pas en dire plus), et que la remontée d’informations notamment de la part du FBI (à partir de la piste Moussaoui entre autres) a systématiquement été bloquée par une partie des autorités. Difficile ensuite de faire un procès d’intention au renseignement américain lorsque tout laisse à penser qu’un groupe obscur oeuvrait dans un sens contraire. Beaucoup trop de gens ignorent encore que les supposés commanditaires du 11 septembre ont mystérieusement contacté (le 11 septembre) la cellule présidentielle ( à quelle fin ?) en utilisant les codes ultra-confidentiels de la sécurité intérieure, preuve indéniable que la menace venait de beaucoup moins loin que ne laissent supposer les pistes officielles. Bref…

Un gigantesque cabinet noir
Tout ceci pour démontrer la mauvaise foi (ne sont-ils pas évangélistes ?) des Néos-conservateurs à propos de la CIA et de son fonctionnement. Avec un effectif global (y compris les honorables correspondants) de plus de 100 000 personnes réparties dans le monde entier et un budget estimé à plus de 5 milliards de dollars, la gigantesque machine ressemble à un pachyderme et pas seulement pour ses grandes oreilles. Mais si Rumsfeld souhaite si ardemment dégraisser le mammouth, ce n’est nullement pour lui faire subir une cure salutaire d’amaigrissement mais pour mettre de côté un acteur autrefois incontournable et devenu à présent, gênant. La ruade des généraux de l’US Army (de réserve ou à la retraite) à propos de la calamiteuse gestion de l’occupation irakienne, mettant directement en cause les compétences de Rumsfeld, annonce en fait un climat délétère entre les institutions traditionnelles (CIA, corps d’armées) et le tout puissant Pentagone.
Le centre névralgique de la politique américaine est devenu à son tour un gigantesque cabinet noir où s’entremêlent des escouades de lobbyings de tout poil, de l’extrême droite religieuse au complexe militaro-industriel en passant par les chères compagnies pétrolières. Les sommes et les enjeux sont tellement faramineux que la tentation est bien trop grande de se répartir le butin en toute quiétude, de fomenter de nouvelles rapines sans justification aucune et de travestir la réalité selon les besoins des affairistes acoquinés aux militaires et aux industriels de l’armement. Toute nouvelle guerre a son lot de butin, raison de plus pour en fomenter sans cesse au mépris de l’équilibre du monde et de la paix qui ne fait pas leur affaire justement…
La nomination du militaire Michael Hayden (un de leurs hommes) à la tête de la CIA par le président George W. Bush est on ne peut plus explicite sur les intentions de cette mafia qui ne dit pas son nom. La CIA est donc désormais verrouillée de l’intérieur. Non seulement la Centrale n’est plus le référent traditionnel en matière de renseignement et de politique extérieure mais le Pentagone confie de plus en plus de missions « délicates » à des officines directement reliées au cercle restreint de M.Rumsfeld et de ses sbires quand il ne délègue pas tout simplement le contre-terrorisme à des milices privées et des mercenaires comme c’est le cas en Irak. Cette délégation des coups tordus, la création d’escadrons de la mort qui sévissent sur le terrain irakien et l’utilisation à peine voilée de groupes terroristes pré-fabriqués est l’une des raisons de la colère de l’état-major US, confronté chaque jour à une armée parallèle et obscure qui échappe à tout commandement institutionnel.

Le Pentagone contrôle 80% du budget alloué à l'espionnage
La confusion des genres est totale et elle annonce que le renseignement est tout simplement en voie de privatisation, ce qui est extrêmement grave dans une démocratie digne de ce nom. Une agence de renseignement qui n’aurait pour seule raison de vivre que de servir non pas la Nation mais un groupe d’intérêts particuliers annonce la naissance d’une junte militaire et surtout du fameux complexe militaro-industriel tant redouté par Einsenhower en son temps. Comme le souligne la dépêche, « le Pentagone contrôle 80% du budget alloué à l'espionnage, qui dépasse les 40 milliards de dollars par an ». Le phagocytage est quasiment accompli.
Last but not least, la CIA et les agences de renseignement ne se sont jamais gênées pour contre-carrer la propagande distillée par le Pentagone lorsqu’elle prenait une tournure éhontée ou trop partisane. Ainsi, les spécialistes du renseignement ont récemment livré un avis éclairé sur la furieuse bataille de communication à propos du nucléaire iranien en faisant remarquer que la fabrication d’une éventuelle bombe atomique prendrait au moins une dizaine d’années. Certains médias proches du Pentagone n’avaient pas hésité, en dépit du plus élémentaire bon sens, à assurer que l’Iran pourrait se doter d’une bombe en moins d’un mois ! Idem pour l’affaire de l’ex-ambassadeur Plame (honorable correspondant) qui a démonté l’absurde montage sur le nucléaire irakien enrichi à l’imaginaire uranium nigérien (Niger).
Les services de renseignement…renseignent également bien souvent les organes de presse en laissant « fuiter » quelques informations de temps à autre pour calmer les ardeurs bellicistes ou tempérer les communiqués militaires victorieux. De manière indirecte, ils servent la démocratie en rééquilibrant subtilement la propagande officielle qui instrumentalise la presse. C’est un échange de bons procédés vivifiant pour le débat démocratique. A propos...une nouvelle loi votée par l’administration Bush dans la foulée du renouvellement du Patriot Act, vise à identifier précisément les informateurs des journalistes dans les différentes administrations du renseignement. La boucle est bouclée et la bouche également. De quoi étrangler un peu plus Langley…
Ressources du site :

Liens :
Bush souhaiterait fermer Guantanamo (Nouvel Obs)
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CC Jung
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