L'éloge du vide ou le
Nicolassant numéro
En pleine tourmente Clearstream, notre ministre de l’Intérieur poursuit, comme si de rien n’était, sa perpétuelle campagne des présidentielles. Débarrassé de l’encombrant fardeau de Matignon, le futur empereur à talonnettes voit désormais aussi grand que sa légendaire ambition de Brutus national. En remixant quelques slogans frelatés de l’extrême droite, arrosés comme il se doit par une belle rasade de démagogie communicante, le candidat préféré des Français, de Bush et ses alliés, nous a resservi la soupe habituelle de la rupture pour se démarquer des frasques répétées d’un gouvernement où il exerce pourtant de hautes responsabilités comme on dit… Une entourloupe de plus au pays des aveugles.
Mieux qu’un Karsher… L’affaire Clearstream est en train de dégager un bel horizon au candidat Sarkozy en emportant dans un torrent de boue, les oripeaux de la Chiraquie rongée de l’intérieur par des années de pratique affairiste et par le lent travail de sabotage de son ministre…de l’intérieur. En nommant un de ses pires ennemis à un poste stratégique, celui de l’Intérieur, le président de la République a introduit dans la basse-cour le renard en espérant on ne sait quel retournement de situation abracadabrantesque qui n’a pas eu lieu, hélas. Les poules n’ont pas eu assez de dents pour faire mordre la poussière à l’affamé qui s’est installé dans les cuisines. Après avoir mis le feu à la paille derrière la grange en novembre, l’animal se plaint aujourd’hui des velléités des chasseurs qui fomentent un complot pour déloger l’importun. Pauvre petite bête. Il est en effet hallucinant d’assister au numéro de victime du petit Nicolas tourmenté par la grande gigue dans la cour de récréation qu’est devenue l’Elysée.
Voilà un spécialiste du retournement de veste, un as de la démagogie et du flicage qui n’a eu de cesse de dynamiter les fondations d’un gouvernement dont il est le numéro trois, qui a patiemment étendu son réseau d’influence dans tous les rouages de l’Etat et qui crie au loup à qui veut bien l’entendre. Clearstream et ses ramifications possibles n’ont rien d’une révélation pour celui qui feint aujourd’hui l’étonnement et l’indignation de circonstance. C’est même l’une des principales raisons de son retour aux manettes de l’intérieur de la machine judiciaire et des services secrets, le bouclier idéal pour se prémunir des menaces qui pesaient sur son sort et de l’affaire Clearstream en particulier. Il a beau jeu de parler de « "misérable machination organisée par des officines cherchant à compromettre, et des apprentis comploteurs cherchant à salir" » lors de son dernier meeting électoral à Nîmes (Lien) puisqu’il en est le principal bénéficiaire. On a connu pire comme manœuvre compromettante… Il peut néanmoins se gausser de ses « apprentis-comploteurs » en connaissance de cause, le spécialiste donne ici un avis d’expert…

"La fierté d'être français"
L’article du Monde qui relate le dernier épisode de sa campagne perpétuelle, en tant de président de l’UMP, candidat à la candidature et tant de casquettes empilées pour donner de l’envergure à l’Empereur de poche, résume assez bien la méthode Sarkozy. Par effet de compensation sans doute, le candidat use et abuse de grandiloquence, de celle qui n’arrive pas à la cheville du modèle gaullien convoqué comme figure tutélaire, de celle qui brasse de grandes idées, avec des grands mots et de grands effets pour masquer l’insignifiance d’une pensée politique réduite à presque rien. M. Sarkozy a voulu exalter "la France de toujours" et "la fierté d'être français" face au "monde, demain" » nous explique l’article. La France de toujours ? Laquelle ? Celle de Pétain de « Travail-Famille-Patrie » ou celle du Front Populaire ? Notre pays a connu tellement d’épisodes dans son histoire politique que le pompeux du propos masque un vide abyssal de la pensée et d’un semblant de programme. Pour ce qui est de la « fierté française » face au monde de demain, le propos est biaisé et ambigu à souhait pour flatter les uns et caresser les autres dans le sens du poil.
On peut être légitimement être fier d’être Français et avoir honte de l’être également quand on voit l’état de déliquescence de nos sphères de pouvoir, de la montée du racisme ordinaire et institutionnel, du traitement réservé à l’étranger ou des prisons que seule la Moldavie nous envie. Adhérer aveuglement et sans discernement à une idée de perfection de notre pays est d’une bêtise affligeante. Comme à chaque fois qu’il ratisse large, dans un mouvement de balancier dont il est coutumier, le candidat efface d’un trait l’esquisse brunâtre qu’il vient de dessiner en assurant qu’il voyait une France « rassemblée", "fraternelle" et "résistante ». On a vu...

Son grand écart de contorsionniste
Du Front National, voilà l’homme de convictions profondes en train de piétiner allègrement les plates-bandes de la Gauche traditionnelle et humaniste pour être sûr de racler le tiroir-caisse électoral jusqu’au dernier denier, jusqu’au dernier bulletin. Pour achever son grand écart de contorsionniste, le candidat qui flirte si ouvertement avec l’extrême droite, assure qu’il ne veut pas d’une France « frileuse, consanguine, repliée sur elle-même », le portait même de cette France qu’il a façonné depuis son arrivée au pouvoir, des valeurs qu’il défend avec opiniâtreté et qu’il promeut à tout va avec tant de frénésie communicante.
Après avoir si souvent retourné sa veste, le politique est devenu un transformiste frénétique qui enfile des costumes forcément trop grands pour lui pour nous faire, à la chaîne et à la suite, des strip-teases improvisés selon l’auditoire destiné à son numéro de charme. Quel métier ! Il faut dire que le bonhomme sillonne la scène depuis trente années en rôdant son numéro épileptique mais qu’il prétend quand même aujourd’hui représenter la « rupture »… Une petite dernière pour en finir avec le petit dernier qui prétend à la plus haute marche, son appréciation de l’idée de rupture, lui le vieux routard du baratin de la communication, est limpide comme le personnage. « " Nous réconcilierons la France avec son temps en rompant avec ce que nous faisons, pas avec ce que nous sommes. C'est en rompant que nous resterons nous-mêmes." » a asséné l’énergique énergumène qui n'a rien d'un dadaïste. Ainsi, en rompant avec ce que nous avons été, nous allons rester nous-mêmes. On atteint ici le summum de la communication à bout de souffle qui dérive vers...l’absurde. Le renard s’est transformé en serpent qui se mord la queue et nous fait avaler des couleuvres mais il s’est si bien lové qu’il peut distiller son poison démagogue devant un auditoire comme ensorcelé. On lui garde même une place au chaud, en 2007…
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