24 images ou 24 mensonges ?
Propagande en séries…
Dans la dernière livraison de « tribunes et décryptages » du Réseau Voltaire, on apprend comment les séries à succès (24h, Jag, Alias et compagnie) sont de puissants vecteurs de propagande de l’administration américaine.
C’est une invasion pas vraiment nouvelle, celle des séries américaines qui s’intercalent dans nos grilles des programmes pour mieux nous programmer. De 24 H en passe de devenir une série culte (voir extrait d’article de Slavoj Zizek, directeur du Birkbeck Institute for the Humanities), à l’interlope série Alias sans oublier le médiocre « Jag », impossible de faire l’impasse sur les plaisantes séries à succès diffusées à plein tube cathodique, des vecteurs imagés de propagation d’une certaine idée de l’Amérique. La caricature des personnages et la subtilité du scénario semblent souvent sortir de l’imagination féconde (mais quelque peu primitive) d’un fonctionnaire obtus du Pentagone qui se rêverait scénariste à ses heures perdues. Et bien, la réalité dépasse la fiction puisque…c’est le cas, comme nous le révèle un passionnant article du Réseau Voltaire.
La ficelle est parfois, avouons-le, tellement grosse qu'elle se devine et qu’il convient alors de prendre la série au second degré pour rendre la digestion neuronale à peine plus supportable (Jag, NCIS). Mais, pour les séries plus élaborées comme 24 H, l’habillage se veut légèrement plus subtil et obtus pour mieux masquer les marionnettistes en coulisses. Il s’agit bien évidemment du sempiternel prétexte du terrorisme et des choix cornéliens à faire pour sauver l’humanité, en urgence bien sûr (autre série sponsorisée, Urgences). Pas d’autre choix que de franchir parfois la ligne jaune des conventions pour faire front à la menace sournoise, la fin justifiant les moyens. C’est, au mot près, l’articulation argumentaire utilisée par l’administration républicaine pour justifier les écoutes téléphoniques illégales et la torture. Concomitance ? Vous le croyez vraiment ?

Innocentes séries à succès
Ce qu’il y a d’ennuyeux dans cette marée d’images que nous avalons, c’est que nombre de ces productions télévisuelles sont donc des commandes directes du Pentagone qui supervise et insère le message à faire passer auprès de l’opinion. De la propagande à haute dose déversée à jet continu dans notre lucarne colorée. Et que nous payons parfois via la redevance. Un comble. On est loin d’innocentes séries destinées à faire passer le temps. Ici, il s’agit surtout de faire passer le message donc le mensonge. Gare aux voix discordantes qui pourraient parasiter le signal de la propagande et rendre compte d’une Amérique un peu moins reluisante que ces publicités en série(s). La sanction est immédiate.
George Clooney et son film « Good night and good luck “ sur les ravages du maccarthysme (allusion à peine voilée à l’actuelle administration Bush) est actuellement en ligne de mire. Tout comme le réalisateur Steven Spielberg et son film « Munich » sur la prise d’otages des Jeux Olympiques et la vengeance des autorités israéliennes qui s’ensuivit. Le brillant réalisateur a semble-t-il, d’après les critiques émises (à lire dans l’article original) le tort de ne pas faire un film…de propagande en nuançant les responsabilités respectives.

Le théâtre d’ombres et de mensonges
« Déjà très présents dans les médias pour condamner La Passion du Christ de Mel Gibson, l’ancien directeur de l’US Holocaust Memorial Museum, Walter Reich, affirme dans le Washington Post que le grave problème du film, c’est que le réalisateur, bien que juif, ne s’attache pas suffisamment à la profession de foi sioniste. Ainsi, il ne dit pas que la Palestine appartient historiquement aux juifs et, au contraire, montre un Palestinien étaler sa douleur après la perte de son foyer. » nous apprend l’article du Réseau. Montrer l’humanité d’un arabe est en effet une faute impardonnable. Cette avalanche de critiques est surtout la preuve la plus évidente que l’enjeu est hautement stratégique et que la bataille de la communication reste d’actualité dans le théâtre d’ombres et de mensonges dans lequel on nous a plongé depuis le 11 septembre.
Un mensonge répété dix fois est une vérité
Le mensonge d’état, ce nouveau mythe façonné par Nouvel Ordre mondial pour servir sa politique de prédation des ressources de notre globe et pour asseoir son hégémonie, a besoin d’avoir une portée maximale. L’image et la télévision qui la véhicule restent les meilleurs atouts pour intoxiquer en masse. Nous passons plus de deux heures chaque jour à avaler notre dose quotidienne de faux hertzien et numérique. En son temps, Hitler avait déjà compris que la manipulation des masses n’avait pas de réelle limite, à condition d’utiliser les bons outils. Il avait créé un ministère de la propagande, engagé des réalisateurs, des architectes, des régisseurs pour concevoir de véritables mises en scène destinées à captiver et capter son auditoire sous influence. Le caporal dérangé avait même accéléré la cadence de fabrication des postes radios et baissé le prix de vente pour que chaque allemand puisse recevoir son flot de propagande à domicile. Nous avons quasiment tous l’équivalent à la maison sous la forme d’une boite animée à plasma, cristaux liquides ou tube cathodique. La leçon a été retenue depuis par nos gouvernants. « Un mensonge répété dix fois finit par devenir l’histoire » dit le proverbe bien inspiré. Le matraquage publicitaire est l’exemple le plus courant de cette sophistication du faux. Nicolas Sarkozy et son modèle George Bush, ont bien saisi le concept et savent l’adapter à leur auditoire respectif. Il s ‘agit en quelque sorte, d’une franchise…du mensonge.
Article original de « tribunes et décryptages » :
Bonus :
Source The Guardian (Grande Bretagne)
Référence « The depraved heroes of 24 are the Himmlers of Hollywood », par Slavoj Zizek, The Guardian, 10 janvier 2006. Traduction Réseau Voltaire.
Référence « The depraved heroes of 24 are the Himmlers of Hollywood », par Slavoj Zizek, The Guardian, 10 janvier 2006. Traduction Réseau Voltaire.
Résumé : « Dimanche, la cinquième saison de la série phénomène 24 commence aux États-Unis. Chaque saison est divisée en 24 épisodes d’une heure, chaque saison couvrant les évènements d’une seule journée. L’histoire raconte la tentative désespérée d’une unité antiterroriste pour éviter une catastrophe d’une grande magnitude et se concentre sur l’action des agents, de la Maison-Blanche et des suspects. Le fonctionnement en temps réel confère au feuilleton un sentiment d’urgence renforcé par l’affichage régulier de l’égrainage des secondes. Tout est fait pour donner l’impression d’une retransmission en direct d’un événement dramatique, ce qui renforce le stress chez le spectateur. Cela permet également de justifier que les personnages ne sont pas soumis à la loi et pratiquent largement la torture sur les suspects. Cette série valide l’analyse du professeur de droit de Harvard, Alan Dershowitz et sa justification de la torture dans le cas d’un compte à rebours. En retour de ces pratiques, les personnages qui torturent sont prêts à mettre leur vie en jeu afin de sauver le plus grand nombre et sont pris dans des dilemmes moraux face aux actes qu’ils commettent. C’est là un des mensonges idéologiques de la série. On sait depuis l’analyse d’Hannah Arendt que les gouvernements qui exigent à certains de leurs agents qu’ils fassent le sale boulot, maintiennent une distance émotionnelle.
Aujourd’hui, Dick Cheney revendique l’usage de la torture et une série comme 24 la rend visible. Si cette pratique est autant affiché, cela ne signifie pas une rupture avec l’hypocrisie, cela veut dire que quelque chose a changé dans nos critères d’appréciations éthiques. »
Autre lien :
Un exemple de propagande à la française : même sujet mais traitement différent…
En Corrèze, Chirac appelle au «patriotisme» (le Figaro)
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