Déja-vu et revu
Actualité oblige, le vaisseau Omegalpha stationne en ce moment même au dessus du Liban meurtri en essayant de comprendre à voix haute ce qui ne va pas, ce qui ne devrait pas et ce qui ne pourra pas sortir de cette crise contre-productive pour tous. Le reste des nouvelles du globe, à ne pas négliger, figure sous forme de liens. A ne pas manquer par exemple, le scandale des stock-options qui implique plus de 2000 sociétés américaines ou même, les policiers mis en cause dans la bavure de Clichy sans oublier la fine analyse du Réseau Voltaire à propos du concept de la « démocratie » sous le règne impérial.
Que dire de plus en assistant au massacre programmé d’un pays qui a eu tant de mal déjà à se remettre d’une histoire récente si troublée, sinon notre impuissance de spectateurs et notre compassion molle ? Le Liban vit un déluge permanent de bombes larguées avec la volonté manifeste de destruction, d’anéantissement et de brutalité. Comment comprendre les frappes aériennes sur toutes les infrastructures nécessaires à l’économie libanaise (ponts, réseaux routiers, centrales électriques, convois alimentaires) sinon comme un désir limpide de la part de l’état hébreux, celui d’infliger une punition disproportionnée pour crime de lèse-majesté. Les dégâts occasionnés par le bombardement massif de l’aviation israélienne se chiffre déjà en un demi milliard de dollars de perte sèche tandis que la liste macabre des civils victimes s’allonge (plus de 240 du côté du pays du Cèdre, une quinzaine en Israël). Les experts en palabres interminables et en conjectures savantes usent de toutes les ficelles finaudes pour « expliquer » à l’opinion combien le mal est nécessaire et l’opération douloureuse pour extirper la gangrène islamiste incarnée par le Hezbollah libanais. Seront convaincus que ceux qui le sont déjà…
Balivernes polies et joli verbiage pour expliquer ou masquer le fait que cette boucherie bénéficie de la complicité active de nos chancelleries dans ce dossier qui ressemble à un maquis inextricable. Il faut bien justifier la caution apportée par l’ensemble des pays occidentaux à cet effroyable épisode sanglant. Le refrain est familier : il faut en effet crever l’abcès en arrachant au passage la jambe, c’est sans doute le meilleur moyen d’éviter la…rechute. Un raisonnement bancal qui prétend soigner le mal par le mal, qui prétend remettre sur pied un équilibre précaire en pratiquant…l’amputation. Tous ces mouvements islamistes radicaux, le Hamas et le Hezbollah, sont juste des miroirs inversés qui renvoient à Israël sa propre image guerrière, avec ses parts d’ombre et ses dérapages notoires. Toutes ces mouvements sont nés en réaction à une injustice (occupation, brimades, humiliations, bavures), ce qui explique leur popularité immédiate et leur ancrage profond dans les populations qui les ont secrété comme des contre-poisons violents.

Il n’y a pas de fatalité au Moyen Orient mais juste des extrémistes de part et d’autre
Un peu à l’image de la philosophie propre aux arts martiaux, l’élan de celui qui attaque apporte un regain dynamique à la riposte qui s’ensuit par l’absorption de l’énergie adverse. Quel va être le bénéfice à moyen terme de ces opérations militaires férocement et forcément aveugles dans leurs applications sur le terrain ? Passé le souffle de la tempête, le choc et la peur, c’est à nouveau la rancœur et le désir d’une revanche qui vont ressurgir comme un Phénix qui renaîtrait de ses cendres et des décombres hachés par les F16 de Tsahal. La violence engendre la violence, elle se nourrit d’elle-même dans un cycle infernal. A la fureur technologique et froide d’une des plus puissantes armées du monde répondra l’inventivité meurtrière ou désespérée du pauvre et de l’humilié. Et quand le Hamas sera bâillonné et que le Hezbollah ne sera plus en mesure de faire fonctionner ses pétoires trafiquées qui sèment la mort au hasard , les bombes deviendront humaines et ambulantes et le cycle pourra alors repartir de plus belle. Il y a, hélas, fort à parier qu’une bonne partie de la population libanaise qui a choisi de fuir la « pluie d’été » brûlante version libanaise (500 000 personnes environ) en ravalant leur dignité et leur colère dans des bagages mal ficelés, rejoindra tôt ou tard les phalanges islamistes radicales. Pourquoi ? Pour la seule et mauvaise raison qu’elles représentent la seule alternative à la soumission forcée et à l’humiliation. Du vu et revu depuis si longtemps. Même cause, même effets.
A la brutalité des uns répondra la folie des autres. La soumission est un rêve illusoire qu’entretient l’état hébreux depuis trop longtemps. Il ne peut pas prétendre s’implanter durablement au cœur du Moyen Orient de manière artificielle (pour des raisons justes rappelons-le) et guerroyer sans cesse avec tout le voisinage en prétendant assurer sa survie…qu’il compromet à chaque agression plus sûrement. Il n’y a pas de fatalité au Moyen Orient mais juste des extrémistes de part et d’autre qui prennent les populations en otage depuis si longtemps. Anouar El Saddate, le président égyptien signe une paix historique avec le vieil ennemi qu’il a toujours combattu ? Il sera sauvagement abattu par les islamistes égyptiens, coupable de trahison sans doute et non de lucidité visionnaire. Même cause, même effet de l’autre côté de la barrière. Izak Rabin a tendu une main historique vers l’adversaire familier Arafat en faisant avancer l’histoire et reculer les ténèbres. Pas pour longtemps. Il sera à son tour, exécuté par un extrémiste…juif, Igal Amir.
Les solutions pour arrêter ce mécanisme infernal existe nous rappelle l’article du Monde, elles prônent toutes la même articulation : « Tous ces textes, à quelques nuances et précisions près, préconisent la même chose : la création d'un Etat palestinien aux côtés d'Israël avec Jérusalem-Est pour capitale, le retour aux frontières de 1967 moyennant des échanges de territoires, un statut spécial pour les lieux saints, une solution au problème des réfugiés qui ne passe pas par un droit au retour généralisé. » (Le Monde). Notons au passage cette recommandation qui en dit long sur les blocages, la création d’un état palestinien… Cela laisse rêveur, les Palestiniens peuvent subir cinquante années d’injustice, ils n’existent pas, ils ne sont rien, ils n’ont pas d’état donc pas de représentativité, rien, juste une autorité…qui n’a autorité sur rien et surtout pas sur son destin de peuple natif. Incroyable aberration de l’histoire qui en dit long sur le statut octroyé à ces pauvres gens et sur le déséquilibre initial des forces en présence. On a créé de toutes pièces un état nouveau en « oubliant » ceux qui ont dû « partager » leurs terres. Le ver n’était pas dans le fruit mais dans la graine.

« Plus on utilise la force, moins elle est efficace »
Pour conclure sur cette nouvelle guerre qui met en scène le Moyen Orient (on a arrêté de compter les épisodes, on parie désormais sur les futurs joueurs à entrer en scène), il faut saluer la remise en question timide de l’armée américaine embourbée dans le marécage irakien, un cloaque morbide qui prend une belle teinte sanglante de jour en jour (liens). Le nouveau manuel distribué aux soudards de l’Empire sur la conduite à tenir révèle un fléchissement de la doctrine militaire des pays colonisateurs qui ont enfin compris que l’exploitation des ressources locales impliquait un minimum de courtoisie pour le cambrioleur bruyant. Présentée dans l’article de William Pfaff ( chroniqueur à l'International Herald Tribune) et publiée par le Monde (lien), cette nouvelle règle du jeu énumère un certain nombre d’évidences que la technologie déshumanisée de la guerre a perdu de vue, la prise en compte du facteur humain.
« Le manuel explique également que plus on met l'accent sur la seule protection militaire, moins on obtient de sécurité. Plus on utilise la force, moins elle est efficace. Une opération qui tue cinq insurgés est contre-productive si ses effets collatéraux entraînent le recrutement de cinquante nouveaux rebelles. D'autres consignes recommandent de ne pas tomber dans un cycle de réactions violentes aux provocations... » (Le Monde). Tout est dit et surtout en filigrane, que la « pluie d’été » en cours dans les Territoires occupés et le Liban apportera un jour de nouveaux fruits, plus amers encore que les précédents. Même cause, mêmes effets…

Liens :
Début du deuxième acte…
Faiblesses américaines, par William Pfaff (Le Monde)
Haïfa sous les roquettes du Hezbollah (Yahoo News – Euro News)
Les quartiers sud de Beyrouth en ruines (Reuters)
Du bon usage de la « démocratie » (Voltaire)
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CC Jung
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