La guerre au Liban : une folie manifeste

Publié le par cc jung in effect

Loin de s’apaiser, la nouvelle guerre enclenchée par Israël au Liban prend une ampleur considérable. On est désormais très loin du tir de sommation et des représailles ponctuelles d'autant que le cafouillage de la communauté internationale n’est pas prêt de tempérer les ardeurs belliqueuses. Cette opération, en apparence complètement ahurissante, révèle plus sûrement d'un calcul froid et d'un pari osé, dictés tous deux par la tournure des évènements et l’imminence de l’effondrement des Néo-conservateurs américains. En décidant de faire tapis, Ehud Olmert prend un risque dément, celui de conduire à la banqueroute...le monde entier.
 
 
 
Une réponse qui n’a rien d’épidermique… La démesure des moyens mis en œuvre par Israël au Liban trahit une évidence qu’il sera difficile d’occulter plus longtemps, la préméditation. Personne ne doute de la capacité de l’état hébreux en matière d’improvisation et de réactivité militaire mais une telle débauche de moyens et de logistique, indique une longue préparation qui fait mentir le prétexte invoqué, celui de la récupération de ses soldats enlevés. Au delà de l’affront supposé, celui d’une maigre riposte du Hezbollah à la campagne dévastatrice de l’armée israélienne dans les Territoires occupés, le gouvernement d’Ehud Olmer a surtout saisi l’opportunité offerte par les islamistes radicaux pour tenter son va-tout. Un coup de poker insensé dicté plus par la tectonique des plaques géostratégiques que par l’enlèvement de ses militaires. La libération aurait pu être obtenue par les médiations habituelles en échange de quelques centaines de prisonniers palestiniens. L’occasion a donc fait le larron…
 
Il faut dire que le compte à rebours de la toute puissance hégémonique des néo-conservateurs américains, alliés et soutiens indéfectibles de l’état hébreux, a démarré. L’anesthésie générale consécutive au 11 septembre est en passe de s’estomper comme en témoignent les nombreux dossiers en souffrance qui s’accumulent dans les chancelleries européennes. La discrète et sournoise agence de voyage trans-européenne et le tour-opérateur de Guantanamo ont été mis à jour, les opinions publiques de la Communauté demandent désormais des éclaircissements et la fermeture du goulag cubain. L’incroyable restriction des libertés individuelles consécutive à la frénétique campagne du terrorisme suscite des mouvements de résistance inattendue de la part de nombre de magistrats européens, les derniers remparts législatifs à une dérive fréquente des états opportunistes.
 
 
 

Délirant projet...

 
Une époque bénie et bientôt révolue pour les Néo-conservateurs
 
 
Ne parlons pas de la déliquescence de la Coalition embarquée dans la folle aventure irakienne. L’Espagne a changé de majorité tout comme l’Italie et leurs troupes respectives ne serviront plus d’alibis pour masquer une prédation manifeste. Le fidèle vassal Tony Blair ne pourra vraisemblablement même pas finir son mandat tant il est discrédité et lâché par ses pairs. Ultime disgrâce, il devra se rendre à la convocation des juges sous peu pour s’expliquer sur un scandale de financement occulte de son parti, le Labour (lien). Le Japon devrait suivre et plier bagages comme nombre de petits pays alléchés par la promesse d’un pétrole nouveau mais déçus par leurs rôles de figurants insignifiants. Que dire du chaos irakien sinon que les prévisions les plus pessimistes se sont avérées terriblement prophétiques. Le Pentagone est désormais réduit à espérer et à encourager de la pire des manières (le contre-terrorisme) une guerre civile en Irak pour que l’étau de la guérilla se desserre autour de son armée de soudards (liens Stop USA). Des légions de « libérateurs » et de propagateurs de « la démocratie forcée » qui sont de moins en moins soutenus at home, englués de surcroît dans les scandales à répétition et une sale guerre.
 
Il est désormais quasiment impossible pour les dirigeants en vue de la Maison Blanche de présider les traditionnelles cérémonies de la vie civile (invitations, inaugurations, galas de bienfaisance, etc) sans être alpagués durement par l’assistance à propos des mensonges permanents que la Maison Blanche a servi fiévreusement depuis de longues années. L’exemple du Ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, hué et apostrophé il y a peu par les étudiants d’une des plus prestigieuses universités outre-atlantique, lors d’une remise de diplômes, est édifiant. Le dogmatique et triomphaliste partisan de la guerre préventive n’a rien vu venir visiblement avant de s’éclipser sous les lazzis sans avoir pu prononcer un mot du discours préparé… L’heure des comptes à rendre est arrivée et la facture présentée est aussi salée que la mer Morte. Ultime symbole d’une époque bénie et bientôt révolue pour les Néo-conservateurs et l’aréopage des industriels qui ont fait main basse sur la destinée du pays le plus puissant, Halliburton (l’entreprise préférée de Dick Cheney ) vient de perdre en grande partie les contrats de fournitures à l’armée américaine.
 
Autant de signes fugaces ou de gestes forts qui indiquent que le vent est en train de tourner du côté de la Maison Blanche et que les Républicains au pouvoir vont surtout essayer de limiter les pertes électorales en corrigeant les innombrables erreurs de Bush en matière de politique internationale, histoire de conserver une maigre chance de victoire aux futures élections présidentielles en 2008. C’est sans doute pour profiter de ce parapluie stratégique qui risque de se replier bientôt, que les stratèges de Tsahal ont choisi l’opportunité de la « fenêtre de tir » qui s‘est offerte au moment de l’enlèvement du soldat Gilad Shalit. En décidant de faire tapis ou table rase de toutes les conventions de la diplomatie, Israël prend pourtant un risque insensé ou calculé, celui d’embraser la région toute entière dans son propre intérêt immédiat.
 
 

Les chevaliers messianiques relèvent de la psychiatrie...

 
 
Aspirer à la fin du monde relève de la psychiatrie
 
 
Malgré une intense campagne de diabolisation de l’Iran dans les média occidentaux et surtout américains, l’état hébreux n’aura pas réussi à faire franchir le pas souhaité à son puissant protecteur, celui d’une attaque contre l’Iran. Embourbé jusqu’aux yeux en Irak, l’état major US ne peut pas se permettre d’ouvrir un deuxième front d’autant que les deux nations arabes y trouveraient là une communauté de destin et de population (chiite en l’occurrence) de nature à saigner encore plus durement l’occupant. C’est sans doute fort de ce constat que le gouvernement israélien a décidé de précipiter le cours des choses en tentant une ultime manœuvre complètement déraisonnable. En attaquant aussi durement les Palestiniens puis les Libanais, les têtes pensantes et quelque peu dérangées espèrent sans doute une réaction de la Syrie et de l’Iran, chauffés à blanc depuis de nombreux mois. Les raids le long de la frontière libano-syrienne (lien) et la mise en cause de l’Iran dans l’attaque contre un navire de Tsahal n’ont d’autre but que de titiller l’adversaire pour le faire réagir (lien) ? A moins que l’option inverse soit privilégiée : la passivité des deux pays pétrifiés par le risque réel de déflagration mondial, contraints d’assister au carnage sans moufter. Insensée gageure…
 
Quelque soit la conjonction espérée, c’est un pari complètement fou et aberrant que de vouloir remodeler à son avantage tout le Moyen Orient en précipitant la région dans l’engrenage infernal d’une possible guerre. C’est certainement aussi une manœuvre qui vise à impliquer, in fine, les USA (le plus fidèle allié) en cas de dérapage…contrôlé. Non seulement l’issue d’un tel conflit pourrait déboucher sur une troisième guerre mondiale terrifiante mais les « bénéfices » de cette suicidaire fuite en avant demeurent incertains. L’imminence d’une confrontation mondiale n’effraye pourtant pas plus que cela le cercle des évangélistes chevaliers de l’apocalypse du Pentagone qui se réjouissent ouvertement de l’amorce d’une « guerre finale » (Lien Dedefensa). Délirant enthousiasme d’illuminés notoires qui nous embarquent, de gré ou de force, dans leur folle aspiration à l’avènement de l’Armageddon. Aspirer à la fin du monde relève de la psychiatrie…
 
De toute façon et quelque soit l’issue de cette gravissime crise, l’état hébreux a déjà perdu sur bien des tableaux. En se comportant en véritable état voyou sous de fallacieux prétextes, en agissant en caïd offensé, si sûr de sa puissance et de son arrogante supériorité, Israël ne pourra à terme, que fédérer toute la région et générer un désir de revanche et de résistance, comme par le passé (guerre de six jours, guerre du Kippour). Celui qui sème le vent (ou la « pluie d’été ») récolte la tempête, inéluctablement. Les deux mouvements qui houspillent l’état hébreux, le Hamas et le Hezbollah, sont nés et ont grandi sur les décombres fumants de la tragédie des Territoires occupés et de l’occupation du Liban par Tsahal. Qu’il le veuille ou non, Ehud Olmert, qui a engagé son peuple dans une aventure forcenée, devra ensuite cohabiter avec ces mêmes pays de la sous-région. Des voisins et des peuples qui n’oublieront pas la conduite de leur agressif « hôte » et son mépris revendiqué pour la recherche d’une issue pacifique ou d’un apaisement à long terme d’un conflit que jamais la violence militariste n’a résolu depuis plus de cinquante années. Même si son état-major remporte à nouveau de grandes batailles comme par le passé, Israël est en train de se fourvoyer, de tarir de légitimes soutiens à son projet initial et de perdre, surtout, son âme de jeune démocratie. L’idéologie et son aveuglement doctrinaire ont tué le rêve d’une nation et au passage, trop d’innocents (liens).
 
 

 

 
Liens :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« (…) 15 juillet 2006 — Cela va sans dire, et cela va encore mieux en l’écrivant : «  It's Our War », titre de l’éditorial de William Kristoll, dans le Weekly Standard daté du 24 juillet et qui vient d’être mis en ligne. Les néo-conservateurs exultent unanimement. L’essentiel politique du numéro est consacré à la gloire de la “guerre finale” (…) »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung
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Publié dans Omegactualité

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H
L'image de Clinton entouré de Rabin et Arafat est dans toutes les mémoires, et on sait bien que leurs trois successeurs ne pourraient se retrouver, la faute à Bush, et seulement à lui. Et le monde n'a pas fini de payer l'élection puis la réélection de ce cowboy entouré de sa bande de va-t-en-guerre opportunistes.
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C
C'est vrai que le deuxième mandat de Bush ne laissait rien présager de bon. De là à prendre de tels risques, au nom d'intérêts bien compris et de prophéties messianiques bidons, il y a un pas dangereux qui vient d'être franchi. Au fou !