Le mur qui les mange

Publié le par cc jung in effect

Evidences par procuration
 
Il y a des débats qui n’existent plus de facto sur la place publique tellement le sujet a été corrompu par le politiquement correct, le consensus mou et par d’habiles manœuvres de confiscation et de diversion. C’est le cas des Territoires occupés, de cette plaie ouverte de l’injustice qui suppure depuis des décennies dans l’indifférence coupable d’un monde qui a certainement bien des choses à se faire pardonner par ailleurs.
 
Pas un jour sans que les médias nous vomissent l’intolérable d’un peuple emprisonné, écrasé par l’ombre écrasante d’un voisin puissant et dominateur, d’un peuple piégé dans ses propres frontières, un peuple au pied d’un mur qui les mange et sous la menace permanente des canons, des annexions, des bouclages et de l’humiliation. Pas un jour sans la litanie des « assassinats ciblés » (sic), des bombardements et des provocations multiples, une situation putride qui ne peut déboucher (tant l’injustice est flagrante) que sur des accès de violence et d’autodestruction de la part du peuple palestinien. Pas un jour depuis des décennies sans que le problème se pose et se repose sur la scène internationale avec ses ramifications, ses sautes d’humeurs, ses fièvres subites, ses espoirs fugitifs et ce thermomètre qui n’en finit plus de grimper faute de soins, de sens et de vrai diagnostic.
 
La duplicité des discours qui parlent de démocratie mais refusent le résultat des élections libres, la duplicité des nations qui condamnent les horribles attentats suicides, arme du pauvre et du désespéré, en oubliant les violations quotidiennes du droit même d’un peuple à son autodétermination, à sa survie et à un semblant d’avenir, la duplicité du fort qui écrase le plus faible en s’arrogant le monopole de la légitime défense, ne peuvent être étalées trop ouvertement sans voir planer l’ombre d’une condamnation pour une attitude supposée d’anti-sémitisme, une glorification du terrorisme ou Dieu seul sait quelle torsion maligne du débat pourtant nécessaire. Ainsi meurent les débats comme tout espoir d’une paix durable. Les problèmes n’ont jamais disparu par le silence et l’omission.

Alors, on se contente d’attendre une parole légitime parce que dégagée des a priori et des étiquettes systématiques de races, de couleur et de religion pour savourer le jaillissement de l’évidence. Alors, on accueille chaque nouvelle salve de vérité simple et de constat lucide avec le soulagement de la parole trop longtemps contenue et macérée. Alors, on lit et relit l’article du monde « Est-on trop indulgent avec Israël ? » de Shlomo Sand (Lien) que d’autres traiteront sans doute de juif anti-juif (une nouvelle étiquette mis au goût du jour par gardiens intransigeants du non-débat) en se contentant du doux euphémisme de l’intitulé et du rappel simple des faits de l’actualité récente, en s’imaginant à quel point la patience, l’indulgence et la non-violence demandées aux Palestiniens ne résistent pas très longtemps à l’évidence tapageuse et mortifère d’une vie avec trois cent obus sur la tête pour éclaircir les idées (Lien).
 
(Le Monde) «  Après le refus historique permanent d'Israël de reconnaître ne serait-ce qu'une part de responsabilité dans l'origine du problème des réfugiés palestiniens en 1948, et après avoir tout fait pour réduire en miettes le prestige et le semblant de souveraineté de l'Autorité palestinienne, la population des territoires, soumise à l'occupation, a majoritairement opté pour une alternative politique plus ferme, mais aussi moins corrompue. Certes, le Hamas, de l'avis général, joue un jeu dangereux, et il est peu probable qu'il trouve un soutien durable auprès du peuple palestinien, particulièrement éprouvé. Cependant il assume le risque de défier Israël et l'Occident. Il n'a pas pour autant rejeté totalement l'idée d'une reconnaissance mutuelle, laissant même entendre qu'il y serait disposé sous certaines conditions.
 
L'Etat d'Israël, c'est un fait, n'a jamais reconnu une Palestine dans les frontières de 1967, pas plus qu'il n'a reconnu Al Qods (la partie arabe de Jérusalem) comme capitale de l'Etat palestinien ; pourquoi, dans ces conditions, reconnaître un tel Israël ? En 1988, le mouvement national palestinien a majoritairement fini par adopter le principe du partage de la Palestine. Mais Israël n'a toujours pas admis, à ce jour, le principe du droit à l'autodétermination du peuple palestinien, sans pour autant se voir menacé de boycott par le monde occidental. Des pressions ont pu être exercées, çà et là, sur Israël, mais nul recours à la menace publique et aux sanctions. (…)

Violence sans fin...

 
 
(…) Le monde, en revanche, ne tarit pas d'éloges à l'égard d'Ehoud Olmert, tout comme il avait fini par encenser son prédécesseur, Ariel Sharon : tous deux auraient la trempe d'un de Gaulle. Mais ni l'un ni l'autre n'a envisagé de négocier avec les Palestiniens une "paix des braves". Bien au contraire : Israël édifie un mur de séparation, non pas sur son territoire, mais sur celui des Palestiniens ; Israël met tout en oeuvre pour annexer la partie orientale de Jérusalem, y compris ses Lieux saints ; Israël expulse des populations palestiniennes de la vallée du Jourdain afin de parachever l'encerclement des Palestiniens et densifie sa présence dans la zone étroite entre les territoires occupés au sud et au nord de Jérusalem afin d'empêcher toute continuité territoriale dans le futur Etat palestinien. Tout cela n'empêche pas Israël de se voir décerner bons points et appréciations flatteuses.
 
 (…) La droite "territorialiste", qui rêvait du "Grand Israël", est aujourd'hui en recul au profit d'une droite "ethniciste" qui a le vent en poupe : le parti Notre maison Israël d'Avigdor Liberman, dont les immigrés de Russie constituent l'essentiel de l'électorat, veut exclure des frontières d'Israël les régions peuplées d'Arabes israéliens afin de parvenir à un Etat juif "homogène". Ce parti, qui prône ouvertement une épuration ethnique, jouit désormais d'une pleine légitimité dans la culture politique israélienne. Ehoud Olmert, le futur premier ministre, l'a invité à rejoindre son gouvernement, selon le principe que seuls des partis juifs et sionistes peuvent participer à sa coalition. De ce fait, il confirme ce qui est connu de tous : l'Etat d'Israël n'est démocratique que pour ses juifs et juif pour ses Arabes. (…)
 
Shlomo Sand est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Tel-Aviv.
 
 
 
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CC Jung
 
 
 
 
 
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Publié dans Omegactualité

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