Le Dir Com de Bush
Le Diable se montre à l’heure prévue
Comme de coutume, Ben Laden a fait sa réapparition télévisuelle juste au moment où Bush est empêtré dans divers scandales. La presse, d’une naïveté absolue sans doute, considère que le message du diabolique arrive justement au moment où Bush en a le moins besoin. Curieuse analyse.
Question de timing…Résumons la situation de l’administration Bush dans un premier temps. Quels sont les problèmes auxquels doit faire face l’Empereur et ces cerbères en ce moment ? Les néos-cons n’arrivent plus à manipuler l’opinion à leur guise en jouant sur le facteur « peur sur la ville ». Les sempiternelles éventuelles menaces graves issues de sources qui auraient de possibles renseignements sur des attentats probables qui expliquent le code d’alerte orange et autres balivernes ne prennent plus. L’oppression par la menace diffuse se dissipe. A force de hurler au loup islamiste, le citoyen lambda ne mord plus à l’hameçon de la propagande.
D’autre part, la Maison Blanche doit faire face à une grave crise qui concerne la NSA (service de sécurité nationale) et ses écoutes illégales de citoyens américains. Là encore, le prétexte utilisé et brandi pour se défendre, concerne la lutte contre l’hypothétique Al Quaida. Ultime épine dans le pied, l’Irak où la guérilla intensifie sa lutte et engrange de macabres succès tandis que l’opinion américaine réalise enfin que cette guerre de conquête pétrolière a été visiblement bidonnée du début à la fin. Bush tente vainement de convaincre d’une issue victorieuse dans cette pseudo-lutte qu’il prétend aujourd’hui mener contre le terrorisme global.

Remettre en selle la menace Ben Laden
Résumons-nous avant d’aller plus loin : tout l’argumentaire de défense et de justification de la politique sécuritaire et de privation des libertés tourne autour de l’axe du terrorisme et d’Al Quaida et de la menace qu’il fait peser. Pour bien faire, il faudrait remettre en selle la menace Ben Laden, celui qui personnifie le mieux l’ennemi imaginaire et rêvé "made in US" (les scénaristes de la CIA, se basant sur une connaissance fragmentaire du monde arabe par l’opinion américaine, ont créé une caricature entre Lawrence d’Arabie et un mauvais téléfilm de chaîne câblée). Des menaces directes contre les USA seraient plutôt bienvenues comme une piqûre de rappel et une perche pour la NSA mais il faudrait dans un même temps, que les ennemis reconnaissent la magnifique efficacité de la lutte anti-terroriste malgré l’évidence explosive de son échec, en Europe, en Irak, en Afghanistan, bref partout dans le monde. Pas évident ?
« le numéro un d'Al-Qaïda brandit dans ce message la menace de nouveaux attentats aux Etats-Unis, tout en proposant une "trêve" conditionnelle aux Américains pour reconstruire l'Irak et l'Afghanistan » (lien). Magie d’un plan de communication exécuté à la lettre par le plus célèbre « Dir Com » de l’histoire moderne. La NSA et Bush ont donc eu raison de ne pas baisser la garde et d’écouter les communications puisque la menace est bien réelle, même que Ben Laden him-self l’a dit. Et puis, ce n’est pas vrai que les troupes US piétinent sur les deux fronts de l’Irak et de l’Afghanistan où la violence redouble d’intensité puisque le chef ennemi vient de proposer une trêve, signe d’un affaiblissement et preuve assurée que la victoire de l’Empire se profile à l’horizon… Bush en rêvait Ben Laden l’a fait.

Un cachet « vintage » et « clandestin »
Petite parenthèse sur la construction de cette campagne de propagande, elle concerne le message en lui-même. Quelques heures après sa diffusion, il était authentifié par la CIA malgré la mauvaise qualité audio du message, question d’urgence puisque les Démocrates parlent de destitution pour Bush. Pas le temps de faire semblant d’analyser un message que l’on a soi-même fabriqué. Une qualité d’écoute médiocre et intéressante, elle a pour seul but de donner un cachet « vintage » et « clandestin » au porte-parole de la Maison-Blanche, pardon, d’Al Quaida. Vous vous doutez bien que le barbu caché dans une grotte quelque part au Pakistan, est bien incapable de se procurer un dictaphone correct et une cassette neuve même s’il y a peu, il disposait de grottes high-tech à plusieurs étages, d’informaticiens chevronnés et boursicoteurs et même de satellites comme l’avait déclaré Rumsfeld à l’époque. Et puis, il y a eu ces mois de transports, la rigueur du froid, la clandestinité de mille et une mains qui ont sans doute sali la bande, les mois encore de transport en caravanes de chameaux dans les déserts brûlants pour acheminer la bande magnétique jusqu’aux bureaux d’Al Jazira… Les gouvernements occidentaux qui exploitent la même veine de l’anti-terrorisme pour faire tout et surtout n’importe quoi, font également semblant de croire à la fable moderne, unis dans le mensonge planétaire et la manipulation d’opinion (Lien).

Quand vous vivez au fond d'une grotte…
Bien évidemment, la réaction de la Maison Blanche a été celle attendue : pas question de négocier, on va finir le job et tutti quanti. Dick Cheney a estimé que « si l'enregistrement "est authentique et s'il est récent, il indique à l'évidence que les rumeurs selon lesquelles il était mort n'étaient pas valables" » (Lien). Difficile de faire parler un mort en effet et puis, il faut bien expliquer que le fantôme ne fasse plus d’apparitions cathodiques. Le vice-président ajoute encore que « quand vous vivez au fond d'une grotte quelque part, comme c'est peut-être son cas, il est un peu difficile de faire sortir un message comme celui-là" ». On vous l’avait bien dit que c’était à cause de la grotte que la cassette était si mauvaise. Les clichés de la propagande ont la vie dure . "Nous devons nous attendre à ce que la menace persiste pour une période considérable" a ajouté encore Dick Cheney. La réapparition de Zarquaoui dans l’actualité, l’autre fantôme enturbanné, est venu appuyer la vaste campagne mise en œuvre sur le thème de « la menace terroriste ». Ils ont remis le couvercle et le couvert pour un bon bout de temps.
Le conseiller à la Maison Blanche, M. McClellan a parachevé l’œuvre de communication en expliquant que « «Il est clair que les chefs d'Al-Qaïda sont en fuite. Ils sont soumis à une forte pression et c'est pourquoi il est important de ne pas lâcher prise et de ne pas arrêter tant que nous n'avons pas fini le travail ». La victoire de l'Empire ne fait plus aucun doute même s'il faut bien en payer le prix... A la prochaine crise qui secouera l’administration Bush, le DJ se propose d’organiser des paris sur l’imminence d’un message d’Al Quaida et surtout sa teneur. On en rirait presque.
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CC Jung
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