American way of China
Cruelle et chinoise ironie économique
Le rêve chinois, le fantasme mondial de l’ immense réservoir de consommateurs, est en train de virer au cauchemar écologique. A eux seuls, les consommateurs occidentaux ont déjà réussi à épuiser les ressources de la planète en moins de deux siècles. Avec le milliard de clients chinois auquel il faudra ajouter l’autre milliard du continent indien, la planète sera incapable d'absorber un tel choc. A moins d’un changement radical.
Il y a des prières capitalistes que le destin n’aurait jamais dû exaucer. Pendant des décennies, le marché chinois et ses 1,3 milliards de consommateurs potentiels ont fait baver plus d’une multinationale, persuadées de trouver là un débouché idéal pour déverser le trop plein manufacturé qu’elles n’arrivaient plus à refourguer à la clientèle locale. Longtemps protégée des appétits du capitalisme, la République populaire de Chine n’a pas pu très longtemps se cantonner (on ne rit pas) derrière la Grande Muraille pour résister aux assauts répétés de l’ogre de la consommation. Arrivée au bout de sa logique communiste, le géant chinois a viré de bord, une fois débarrassé de tous ses grands timoniers et ses petits gouvernants. Avec une ardeur de moine Shaolin, la Chine a sauté à pieds joints dans le grand marigot boueux de la société dite de consommation, en faisant une belle vague qui fait encore trembler les partenaires commerciaux et la concurrence. Le petit Dragon a frappé.

« Ainsi partent les forêts de la planète »
Plus d’un milliard de clients de plus dans la balance, commerciale ou pas, voilà un argument de poids qui risque pourtant de faire basculer la planète toute entière dans un déséquilibre fatal. Lester Brown, président du Earth Policy Institute à Washington, vient de tirer la sonnette d’alarme en contrastant les espoirs de beaucoup qui voyaient la formidable croissance rouge comme une locomotive pour l’économie mondiale. Ce rapport présente une réalité affolante : « Selon les chiffres compilés par son institut, les Chinois consomment déjà actuellement deux fois plus de viande (67 millions de tonnes contre 39 millions de tonnes) que les Américains et plus de deux fois plus d'acier (258 M tonnes contre 104 M tonnes). » (Lien). Autre exemple significatif : Si la Chine continue sa course folle vers le « progrès » consumériste, « d'ici 2031 ses 1,45 milliard d'habitants prévus consommeront l'équivalent des deux tiers de l'actuelle production mondiale de céréales, et plus du double de l'actuelle production mondiale de papier. "Ainsi partent les forêts de la planète », a conclu M. Brown.

Pris à notre propre piège idéologique
Triste conclusion pour un fantasme devenu réalité et qui pourrait conduire à notre propre faillite écologique beaucoup plus tôt que prévu. Que peut-on reprocher aux Chinois, après leur avoir tant vanté les mérites de l’économie de marché ? Pourquoi n’auraient-ils pas droit également au bonheur futile et mercantile de notre société de consommation ? De quel droit pourrions-nous intervenir dans un processus économique dont nous sommes les plus fervents publicitaires et les bénéficiaires privilégiés ? Nous voilà pris à notre propre piége idéologique, artisans appliqués à notre propre perte.
Et le marché hindou pointe déjà son nez dans cette course démente au toujours plus de gadgets, de confort, d’énergie et surtout de pollution, de destruction et d’épuisement des ressources planétaires. Un nouveau milliard avide d’”American way of life”. Un cauchemar économique quasi inéluctable. Le capitalisme se mord déjà la queue dans nos économies saturées et à bout de souffle, il sera bientôt à l’agonie. Et dire que le courant d’opinion le plus répandu grâce à d’habiles campagnes d’opinion, demeure…l’ultra libéralisme. Les seigneurs de guerre économique, ces monstres froids, voulaient gagner encore et toujours plus ? Aujourd’hui, c’est l’humanité toute entière qui en paye le prix fort et qui risque de tout perdre. Tout simplement.
Liens :
Ressources du site :
See U
CC JunG
Publicité