Le prophète
Le sauveur est parmi nous
Les dernières braises du coup de chaud qui a enflammé les banlieues sont à peine attiédies que le ministre de l’intérieur, président de l’UMP et Maire de Neuilly, dérape à nouveau, en bloc. Non seulement personne n’a compris le malaise des banlieues, à part lui bien sûr, mais voilà que De Gaulle est enrôlé dans sa campagne de communication nauséeuse.
L’occasion était trop belle et le larron trop avide pour ne pas succomber à la tentation… Alors que la banlieue (au sens large) s’apaise après un grave épisode épidermique, que chacun, en dépit des rancœurs et des frustrations, ravale sa colère et range ses cocktails enflammés, le ministre de l’intérieur, celui là même qui a été à l’origine de cette flambée, retrouve sa petite boite d’allumettes pour allumer des feux de joie électorale et éclairer le pays confus et groggy, de sa stupéfiante splendeur. Celle du génie politique auto-proclamé, celle du messie nouveau au royaume du borgne.
Héros de la République vacillante
Au plus haut dans des sondages qui ne veulent plus dire grand chose depuis longtemps (les dernières élections présidentielles en ont été une illustration presque caricaturale), Nicolas Sarkozy, une fois la fièvre retombée, s’invente donc, a posteriori, une vocation de médecin visionnaire. Trois semaines d’émeutes urbaines ont démontré l’échec total de sa politique dite de « sécurité », trois semaines d’exaspération contagieuse ont mis le feu à tous les foyers de misère, d’exclusion et d’abandon, trois semaines de provocations verbales et de dérapages ont entamé les dernières illusions de toute une couche sociale et Nicolas Sarkozy, héros de la République vacillante, pavoise pourtant. Vainqueur en catégorie démagogique.
Il avait tout vu avant les autres (la marque du génie), il a tout compris (De Gaulle peut aller faire dorer ses os ailleurs, son successeur auto- désigné est déjà là), il a tout anticipé (prophète de surcroît) et surtout, il a raison envers et contre tout. "La première cause du chômage, de la désespérance, de la violence dans les banlieues, ce n'est pas la crise économique, ce ne sont pas les discriminations, ce n'est pas l'échec de l'école", a-t-il déclaré.
"La première cause du désespoir dans les quartiers, c'est le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la démission de la République." Terrible lucidité du politique fédérateur dont les mots inspirés résonneront encore dans mille ans tellement ils respirent la puissance inégalée du jugement extra-lucide et une intelligence hors normes…

Mieux que toutes les analyses éclairées des habitants
Toute cette révolte en banlieue n’a bien sûr rien à voir avec le chômage, la discrimination et la crise économique. C’est bien connu. Mieux que toutes les analyses éclairées des habitants, celles des spécialistes du lien social, des sociologues, des éducateurs, des urbanistes et de tous ces acteurs actifs, Nicolas (depuis son fief de Neuilly, celui qui ne comporte pas le minimum légal de logements sociaux) a tout compris. C’est le propre des grands timoniers.
« La première cause du désespoir dans les quartiers, c'est le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la démission de la République » déclare le talentueux praticien qui s’y connaît en banlieues pour y avoir promené les caméras complaisantes (« caméra karsher »). Le désespoir dans les quartiers…c’est le trafic de drogue ! Etonnante explication qui nous fait reconsidérer des pans entiers de l’histoire de France…
Ainsi, les jacqueries du croquant n’étaient qu’une histoire de shit, un business colombien des paysans qui en avaient sans doute marre de dealer gratis pour les perruques de la Cour, ces aristocrates avec le nez dans la poudre mais les poches vides. Mai 68, finalement, n’a rien à voir avec une quelconque aspiration politique, c’était le fait de dealers universitaires dérangés dans leur trafic lucratif. Tout est une histoire de snouff pour le petit poulain de Pasqua devenu coq gaulois.
Carrière gratifiante de vigiles
Les habitants de ces quartiers défavorisés, il l’a compris, ne se plaignent pas du chômage, de la discrimination, de l’école (la succursale de l’ANPE) et surtout pas des provocations insupportables de la Police des immigrés. Ils aiment cela, c’est dans leur nature, dans leurs gènes ces gens là. Ce qui les dérangent c'est l'économie souterraine qui est liée bien évidemment aux filières de trafic d’armes, au Djihad et tout le toutim. Avec des CAP ou des bacs plus six, ils rêvent tous en couleurs de CV refusés, de carrière gratifiante de vigiles pour gérer le safari urbain, de carrière gratifiante dans les rayonnages des hard discounts. Avec un doctorat ou mieux, c’est un accomplissement majeur, le nirvana en somme.
Le trafic de drogue est donc à la base de tout. Flambée des banlieues ? Exaspération sociale ? Vous n’avez décidément rien compris ! C’est parce que Sarkozy est trop efficace, que ses petites polices politiques gagnent que les méchants trafiquants islamistes barbus et polygames se rebiffent. Rien de social dans la banlieue, juste une histoire de réussite magistrale de la Police… Les méchants dealers bronzés ont échoué, ouf !

Une nouvelle bavure, des grenades…
Ce qu’oublie de dire notre De Gaulle à talonnettes, c’est que tout ceci est né d’une énième bavure policière (il y a un mot de trop dans cette expression, lequel ?). Des « cambrioleurs » braisés dans leur planque de fortune, le témoignage du survivant démontre d’ailleurs qu’il y a effectivement eu une poursuite. Petits joueurs de foot de banlieue contre policiers baffeurs, racistes trop souvent et sûrs de leur impunité totale. On arrive ensuite, à une nouvelle bavure, des grenades contre une mosquée en prière. Essayons d’imaginer la même chose avec Bernadette en pâmoison dans un quelconque presbytère…
Après l’embrasement électrique, nous avons déjà eu droit, dans l’ordre, aux dealers des cités instigateurs des émeutes même s’il se trouve que les lieux les plus connus pour abriter des plaques tournantes ont été les plus calmes (pas besoin d’intrusions intempestives…). Puis les barbus, Al Quaeda c’est sûr puis la polygamie sachant que la plupart des familles en banlieue est… monogame. Bref, n’importe quoi et surtout une revue des clichés et fantasmes de l'électorat du FN. Pitoyable.

Les vrais coupables démasqués
"Pourquoi croyez-vous que les banlieues se sont embrasées ? Parce que j'ai employé les mots racaille, Karcher ? Mais enfin de qui se moque-t-on ?" a poursuivi Nicolas Sarkozy. "Si j'avais un reproche à me faire, compte tenu d'un certain nombre d'individus qu'on avait en face de nous, c'est que le mot racaille était sans doute un peu faible." Un peu faible sans doute, la prochaine étape de vérité consiste sans doute, dans un devoir de vérité, à désigner, enfin, les vrais coupables, les négros et les bougnoules, ces bronzés qui ne font pas du ski, les étrangers au sens fort du terme pour mettre des vrais mots sur la littérature de notre ministre inspiré. De qui se moque-t-on en effet ?
Une partie de notre beau pays vit désormais sous la coupe de lois d’exception, la presse est priée de filer doux, tout ce qui est publié est sujet à censure, un éditeur se voit convoqué au ministère de l’intérieur pour bloquer la publication d’un ouvrage sur l’ex madame Sarkozy. Bref, la situation du pays avance dans le bons sens, celui de l’extrémisme et de l’état policier. Voilà le projet politique que plébiscite apparemment une grande partie de la population. Il ne fallait pas grand chose finalement pour réveiller la bête immonde…
Mot scientifiquement correct pour racisme institutionnel
Peu importe que l’on creuse à grands coups de pelleteuse des fossés entre des couches entières de la population, que la stigmatisation soit devenue le mot scientifiquement correct pour ne pas parler de racisme institutionnel, que les amalgames soient largement teintés de peste brune. Peu importe que le maître mot ne soit pas la réconciliation et le progrès puisque les sondages confortent et réconfortent les démagos à l’œuvre.
Cruelle régression identitaire, sociale et civilisationnelle pour une Nation qui a apporté au monde la Révolution, l’Esprit des lumières et un certain idéal démocratique. Comme le déclamait dans les « Tontons flingueurs » Lino Ventura, on reconnaît les C…. parce qu’ils osent tout… Même se comparer à De Gaulle qui ne doit pas se retourner dans sa tombe mais être transformé en… centrifugeuse !
"Regardez le général de Gaulle en 1945 et 1958. Il a tout changé : changé les institutions, changé la politique économique, changé la protection sociale, changé la fonction publique, changé la monnaie, changé la politique étrangère et de défense, changé la politique coloniale, changé la fiscalité, changé la politique culturelle", a lancé Nicolas Sarkozy pour conclure son brillant oral de futur président de la France et de tous les Français, ou presque… Edifiant.
Liens :
Sarkozy dans le texte…
"Rien ne sépare les enfants d'immigrés du reste de la société"
Villepin et Sarkozy analysent différemment les émeutes urbaines
Violences urbaines: un défi aux politiques, une injonction à agir
Liens du site :
Publicité