Guerre larvée

Publié le par cc jung in effect

L’intégrisme dont personne ne parle…
 
« Al Quaeda », « Intifada », « attentats », « kamikazes », « fanatiques musulmans », ces mots lourds de sens nous sont familiers, comme un refrain lancinant, celui de la propagande. Ils donnent de la religion musulmane, une image dégradée et sulfureuse, celle de l’ennemi et de l’intégrisme. Et pourtant le choc des civilisations que les idéologues zélés souhaitent si ardemment nous vendre, est largement alimenté par un extrémisme religieux moins visible mais plus puissant, celui des évangélistes chrétiens américains.
 
Hollywood, cette matrice idéologique, formidable machine de propagande, nous avait longtemps abreuvé de l’archétype du « méchant », membre du KGB, comploteur et fourbe, pilotant quelques cataclysmiques projets pour détruire le monde libre. Un plan machiavélique que le gentil et courageux super héros américain (de Arnold à Bruce Willis) déjouera, mâchant nonchalamment un chewing-gum, un vague sourire benêt sur les lèvres et un lot de consolation patriotique (à généreuse poitrine) entre les mains.
 
Autre temps, autre propagande… Du méchant de l’Est, les scénaristes talentueux ont peu à peu imposé un nouvel archétype du mal absolu, le fanatique musulman, membre du KGB pardon, d’Al Quaeda, comploteur et fourbe, pilotant quelques cataclysmiques projets pour détruire le monde libre. Un plan machiavélique que le gentil et courageux super héros de l’axe du Bien, américain (de Arnold à Bruce Willis) déjouera sans coup férir, mâchant nonchalamment un chewing-gum (désormais sans sucre), un vague sourire benêt sur les lèvres et un lot de consolation patriotique, évangélique et procréatrice (anti-avortement oblige) entre les mains.
 
Il suffit donc juste de changer les appellations et le portrait-type de l’affreux pour fournir de quoi alimenter encore longtemps le budget carnivore du Pentagone et des entreprises militaro-industrielles proches du pouvoir. Le 11 septembre, le nouveau Pearl Harbor, a été un chef d’œuvre de mise en scène (hollywoodienne) pour imposer le virage sémantique. Un coup de maître d’un point de vue géo-stratégique.
 

La "divine surprise"...

 
Il faut dire que l’opposition politique, celle de la guerre froide, s’est peu à peu transformée en opposition idéologique et surtout religieuse sous la pression souterraine des courants « évangéliques » qui alimentent la sphère des néo-conservateurs, celle qui dirige le plus puissant pays à l’heure actuelle, les USA. Pas un discours de l’ancien alcoolique (c’est à voir…) et du nouveau évangélique (« Born again »), Bush, sans une invocation religieuse, Dieu par ici et le Mal partout où l’Amérique n’a pas encore sévit. Dieu bénit bien sûr l’Amérique et punit désormais… l’islamique. Doute-t-il de sa mission le nouvel empereur, celui qui voulait engager une croisade vengeresse («justice illimitée » puis « liberté immuable »), que les voix célestes, si familières, le réconfortent dans la mission d’évangélisation. Alléluia !
 
Un excellent article paru sur le site Réseau Voltaire («Les Églises évangéliques et le jeu des États-Unis dans le monde arabe »), prétexte à cette chronique, nous apprend les méthodes d’infiltration et de lobbying de ces religieux extrémistes d’obédience chrétienne, alliés pour la circonstance aux juifs ultra-religieux pour combattre… l’Islam, l’ennemi commun. Inquiétante coalition réunie dans le but messianique d’accélérer le cours de l’histoire pour l’avènement de l’Armageddon, la fin du monde qui annoncera le retour du Messie. Réjouissant programme apocalyptique pour ces fous de Dieu qui n’ont rien à envier aux Talibans paumés et illettrés de l’Afghanistan. 
 
« En octobre 2003, une réunion a eu lieu à l’hôtel du roi David de Jérusalem entre extrémistes sionistes et évangéliques, en présence de Richard Perle –alors président du Conseil pour la politique de défense du Pentagone et conseiller influent de George Bush II- et de ministres du gouvernement Sharon pour célébrer « l’avènement de la Jérusalem Céleste qui suivra l’anéantissement de l’islam » nous apprend l’article du Réseau. Bigre ! Voici l’autre versant de l’intégrisme et ce dernier dispose du plus puissant vecteur d’expansion et de nuisance, la toute omniscience de l’appareil d’état américain.
 
 

Voix célestes

 
 
 
Confusion des genres, mélange détonant de politique, de stratégie et de fanatisme qui a pour conséquence immédiate, une crispation (euphémisme) de ces musulmans désignés du doigt comme une calamité absolue (Empire du Mal) et le développement d’une réponse agressive en réaction (terrorisme). Une vieille maxime de la manipulation : action-émotion-réaction. Mécanisme infernal qu’il sera un jour impossible d’arrêter.
 
La main-mise de l’Eglise évangélique sur les instances politiques (et donc militaires) aux Etats-Unis ne doit pas nous faire oublier que la grande Europe n’est nullement à l’abri d’une radicalisation religieuse de mauvaise augure. Que l’on se souvienne qu’il y a peu, les instances européennes ont subi de terribles pressions pour que le caractère catholique (sic) de la nouvelle Europe soit définitivement inscrit dans la constitution.
 
Que le nouveau Pape, loin de prôner l’ouverture œcuménique, est bien le digne représentant des courants les plus conservateurs de l’Eglise catholique. Que nombre de pays européens fonctionnent encore sous la tutelle idéologique des instances religieuses (Pologne, Portugal entre autres) comme le prouve cette levée de boucliers en Espagne contre un projet visant à séparer distinctement l’enseignement religieux et scolaire (Lien).
 
L’influence des cercles plus ou moins obscurs (Opus Déi, loges diverses) est une réalité mal appréciée par le grand public d’autant que la convergence des buts (combattre l’Islam, sauvegarder la puissance tutélaire de l’Occident) fournit un terrain d’entente idéale sur lequel se retrouvent églises officielles, schismes en tout genre et sectes en plein essor (Jéhovah, Adventistes, évangélistes, scientologues). Cette même Europe qui rechigne tant à voir verdir l’Islam sous sa bannière étoilée et bleue, est aujourd’hui subrepticement engagée dans cette guerre spirituelle d’un autre temps, à notre insu.
 
 
 

La nouvelle croisade

 
 
 
 
Un fait significatif est par exemple, le nombre des mosquées construites en Europe depuis trente ans qui est ridiculement bas par rapport au nombre, sans cesse en progression, des pratiquants du fait des courants migratoires (Lien « Un projet de mosquée à Nice suscite l'hostilité des riverains et du maire »). L’Islam, amalgamé à dessein, apparaît tellement diabolisé et sujet à fantasmes que chacun y puise inlassablement une source de manipulation d’opinion (Lien : « Stop à l'emballement de la machine médiatique », Libération).
 
Difficile pour beaucoup de voir pointer dans le ciel du Vieux continent les minarets là où tant de cloches appellent tristement à remplir des églises de plus en plus…vides. Sous les oripeaux patriotiques, la défense de la pseudo-démocratie et des « valeurs » du monde libre, se nichent bien trop souvent le crucifix, le goupillon et une politique hégémonique subventionnée par les multinationales et les groupes industriels.
 
Alliage hautement radio actif pour l’avenir. On nous vend un choc des civilisations là où il n’y a rien d’autre qu’une guerre de religions et d'intérêts, une guerre pour le pouvoir et la domination, par l’âme et le glaive. Une guerre larvée, insidieuse, sournoise et terriblement inquiétante.
 
 
Liens :
 
Les Églises évangéliques et le jeu des États-Unis dans le monde arabe par Charles Saint-Prot
 
 
 
Fronde de l'Espagne catholique contre la réforme de l'école privée
 
 
 
Un projet de mosquée à Nice suscite l'hostilité des riverains et du maire
 
Extrait : « "J'userai de mon droit de préemption, avertit le sénateur et maire (UMP) de Nice, Jacques Peyrat. Ce n'est pas le moment, face aux violences urbaines et à la montée de l'islam radical, d'installer en plein cœur de Nice une terre d'islam. Je m'opposerai à toute implantation de mosquée à Nice." Le maire, cependant, se déclare prêt à favoriser l'implantation d'un lieu de prière dans la plaine du Var, à une dizaine de kilomètres du centre. »
 
 
 
 
Stop à l'emballement de la machine médiatique
La rhétorique des images et des mots, où la menace terroriste fait écho aux violences des banlieues, crée une dramaturgie dangereuse pour nos sociétés…
 
 
 
 
Ressources du site :
 
CC JUNG
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Publié dans L'Empire du Bien

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