Couvre feu et couvre chef
Mots d’ordre
Le couvre-feu devrait donc être prolongé pour une durée de trois mois, une mesure disproportionnée qui envoie, encore une fois, le mauvais message. Des médias qui se flagellent et s‘autocensurent aux politiques qui soudent le couvercle de la marmite qui bout, le débat n’a pas fait long feu, seul importait l’ordre finalement.
Après le Kärsher pour nettoyer la crasse du bruit et des odeurs en banlieue, les autorités ont dégainé l’état d’exception (un bazooka législatif) pour écraser les petites fourmis de banlieues qui menaçaient d’envahir les champs…Elysées. Rumeurs électroniques de révolte des hordes sauvages pré-pubères dans le Paris de carte postale d’Amélie Poulain, vieux fantasme bourgeois qui fait frémir d’angoisse dans les luxueux lofts et les chancelleries qui chancellent et vacillent, signes indéniables d’une atmosphère de fin de régime frileux qu’aucune posture musculeuse ne saurait masquer. La République est en danger, aux armes citoyens !
Paradoxe d’un discours sécuritaire omniprésent depuis la campagne de 2002 et les débordements d’effets et d’affect, de la tolérance zéro (à l’intolérance maximum ?) à l’arrogance du premier flic de France, on ne retiendra de cet épisode politique axé sur la sécurité donc qu’une explosion des banlieues et une révolte sans précédent dans notre société moderne. A force de crier au loup à chaque échéance électorale pour les besoins fantasmatiques d’une partie de l’électorat perdu à l’extrême du paysage, la bête a fini par se matérialiser, en chair et en os, avec un cocktail molotov à la main pour s’inviter au débat de l’incivilité.

Cette crise sociétale qui englobe tous les aspects de notre société en mutation, de l’exclusion à la politique de la ville et du travail en passant par le logement et l’égalité des chances, n’a pas suscité ce débat si attendu et espéré autour des divers feux de camps complaisamment allumés par nos petits boys scouts des ghettos. Encore un avertissement ignoré tout comme le non au référendum et les nombreuses claques électorales reçues par le gouvernement en place. L’état érige de nouvelles digues policières pour endiguer la vague de révolte en ignorant le flot grossissant des mécontentements de tous bords qui enfle, inexorablement.
La faute aux médias, refrain entendu et entonné depuis peu par ces mêmes habitués des plateaux télévisés qui squattent indéfiniment l' antenne. Le premier bénéficiaire de l’exposition médiatique n’est-il pas le ministre de l’Intérieur comme l’ont compris ces émeutiers qui hurlaient aux caméras « "Arrêtez de tourner ! Télé Sarkozy !" ? Coupables de quoi, les journalistes ? De montrer des tabassages en règle, le racisme ordinaire de la police, les provocations en uniformes ? Pour l’unité nationale, il est sans doute judicieux de couvrir la police qui fait le sale boulot et d’ignorer celle qui fait salement son boulot ? Casser les thermomètres pour ne pas voir la fièvre qui dévore notre jeunesse exsangue… Faux problème que l’autocensure sur les autos brûlées… ou les auto-mutilés des cités (Lien).

« Il se trouve que la rédaction de TF1 est composée aussi de journalistes d'origine africaine ou maghrébine", souligne Robert Namias, directeur de l'information dans une dépêche pour expliquer la facilité d’accès des équipes de tournage et la couverture médiatique de la Une . TF1 télévision citoyenne ? Un mot met à mal cette version démagogique et complaisante dans la déclaration de Namias, « TF1 est composée aussi de journalistes d'origine africaine ou maghrébine. Il n’y a pas des journalistes de TF1 en général, mais des journalistes (normaux, blancs comme dirait Coluche) et des journalistes d’origine x ou y). Lapsus de sens.
« La chaîne n'a pas non plus fait appel à des pigistes particuliers ni même à des "fixeurs" » ajoute encore le directeur de la chaîne qui confond Clichy sous bois et la zone verte (sous bois ?) de Bagdad dans l’usine de ses fantasmes d’audience. Hypocrisie de crises…Un exemple de double discours de la direction de TF1 qui se proclame aujourd’hui responsable ? Un article paru sur le site internet (TF1.fr), un tract de la pire espèce, intitulé « Les sites internet islamistes jouent la surenchère dans les violences urbaines ». « Sites internet islamistes », « violences », « terrorisme urbain », « musulmans », « Intifada », l’ombre des barbus plane dans l’imaginaire cocardier comme une persistance rétinienne. Ben Laden flotte dans l’atmosphère viciée et alourdie des vapeurs incendiaires en hologramme comme un fantôme télévisuel résiduel.
Pour clore cette chronique qui annonce la censure des médias, le couvre-feu prolongé et autant de signes d’une République résolue au débat, à l’apaisement et à l’ouverture, il convient de jeter un œil aux différents éditos de notre coupable presse. Les diagnostics sont aussi bons que les paroles prophétiques des rappeurs des cités mais, à la place du docteur attendu au chevet des malades, ce sont des convois de CRS que l’on envoie. Que l’agonie soit silencieuse et fataliste et que le mal soit circonscrit est le mot…d’ordre.
Liens :
La crise des banlieues interpelle la pratique du journalisme
Les sites islamistes jouent la surenchère
Edito de Frank De Bondt (SUD OUEST)
"Et si la révolte des cités traduisait mieux que toutes les motions fumeuses et toutes les manifs trop souvent téléguidées par des intérêts catégoriels une panne d'intégration sociale beaucoup plus générale ? Et si cette explosion soudaine était aussi la mise en cause, certes violente dans son expression, d'une société de plus en plus cloisonnée ? Les jeunes beurs ne sont pas les seuls à penser que, quoi qu'ils fassent, il n'y a plus de place pour eux face à des cercles organisés et claquemurés. Ce sentiment d'impuissance est partagé, dans la résignation, cette fois (mais jusqu'à quand ?), par les couches modestes et désormais par les catégories moyennes de la société française. L'impression domine, de plus en plus, que les dés sont pipés. Que le système scolaire est orienté vers la sélection des meilleurs. Que s'en sortent les enfants à qui les parents financent sans compter des cours particuliers. Ou des écoles privées. Que des prébendes sont déjà réservées aux fils de, aux nièces de, aux amis de... Bref, la République entretiendrait le mythe de l'égalité des chances pour mieux s'adonner au népotisme et à la cooptation."
Merci à Tropical boy pour ses détournements d’images « empruntés » sans autorisation…
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CC JunG
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