Braises électorales

Publié le par cc jung in effect

Grenade dégoupillée
 
Les incidents survenus à Clichy sous bois n’ont hélas, rien d’exceptionnel, ni dans le déroulement des faits, ni dans la gestion de crise. A la détresse sociale et la précarité dans les banlieues, l’état policier répond par des grenades et des escouades de CRS. Une logique d’affrontements de plus en plus revendiquée.
 
 
Rien de nouveau sous le soleil, sous les sunlights devrait-on dire pour l’énervé médiatique qui profite de chaque incident, aussi dramatique soit-il, pour tirer la couverture et le suaire sur lui. Après le « Karcher », « la racaille » et tout le persiflage du coq cocardier, voici l’heure du cirque bleu-brun, avec ses voltigeurs, ses cascadeurs et ses jongleurs de tonfas, ses prouesses pyrotechniques (grenades à la mosquée…) et son « ministre, chef de parti et futur président », transformiste qui passe du maroquin à la tribune partisane, au gré des complaisances de plateaux de télés dans un affreux mélange des genres.
 
C’est qu’il veut en découdre le roquet monté sur pilotis, bander ses muscles électoraux pour faire de la surenchère et de la testostérone bon marché pour doper les sondages. Les élections approchent et la parade amoureuse se doit d’être fière et virile pour étourdir la basse-cour, la France d’en bas. On va voir ce que l’on va voir semble le seul programme clairement affiché par l’obsédé du fichage. Les incidents de Clichy sont symptomatiques en tout point de vue.
 
 
 

La racaille...

 
 
 
 
Le gouffre qui sépare population et forces de l’ordre
 
Que des jeunes que l’on nous a complaisamment présentés comme « cambrioleurs », préfèrent se réfugier dans un transformateur électrique plutôt que de « subir » la police est lourd de signifiants. Il faut vivre dans les banlieues et être confronté à une certaine réalité pour bien mesurer le fossé, le gouffre qui sépare la population dans son ensemble et ces forces de l’ordre, celles-là même qui sont sensées nous protéger. En banlieue, la problématique est inversée et la seule question valable est celle-ci : Qui nous protège de la police ?
 
A l’économie souterraine qui gagne du terrain (engendrée par la misère économique et sociale, ce n’est pas de la complaisance sociologique mais une triste réalité) et à la violence épidermique d’une population anxiogène, l’état répond BAC, GIR et CRS. Il faut les voir à l’œuvre, sûrs de leur bon droit, sûrs d’être systématiquement couverts, le tutoiement systématique, l’insulte en guise de dialogue, l’injure raciale en guise d’apostrophe, le contrôle répétitif et journalier des papiers par les mêmes « fonctionnaires », les crissement de pneus et les sirènes hurlantes, les voitures à fond la caisse dans les allées des immeubles, la démesure des moyens mis en œuvre, les vexations, les coups et toute la panoplie d’un gang légal.
 
 
 

Qui nous protège de la Police ?

 
 
 
 
Pas de droits à revendiquer
 
Il faut y vivre pour comprendre que cette police là n’est pas là pour protéger mais pour contraindre, briser, casser et provoquer. Les pauvres, les immigrés et tous ceux que l’on a mis de côté n’ont pas de droits à revendiquer, pas de dignité à revendiquer non plus, juste s’estimer heureux d’être encore tolérés dans la société, à la condition expresse de rester emmurés vivants dans leurs grandes prisons de béton, en silence et sans faire de vagues.
 
Les exemples de dérapage de la Police sont si fréquents en banlieue qu’ils ont été en quelque sorte « intégrés » dans le quotidien, ne suscitant ni plaintes légales (il faudrait aller se plaindre de la Police…dans un commissariat) ni même un émoi particulier, c’est ainsi, fatalisme d’un pan entier de la République en décrépitude. « L’ennemi » est donc clairement identifié et il se revendique comme tel dans sa manière de procéder. Il porte parfois un uniforme, il a le droit pour lui et une arme pour tuer si nécessaire et n’hésite pas à lancer des grenades dans les lieux de culte. Il fait du chiffre pour faire grimper la côte de popularité du ministre-chef de parti et candidat. Confusion des rôles respectifs, la police est-elle au service d’un candidat ?
 
Un cocktail molotov dans une synagogue avait, à l’époque, donné lieu à un conseil des ministres extraordinaire, ici le Nicolas de Neuilly susurre perfidement que cette grenade a pu être jetée là par n’importe qui, même si le projectile est d’origine policière. Noyer le poisson en distillant le poison du doute. Prendre les gens pour des imbéciles. Après tout, il s’agit de musulmans, de futurs apprentis terroristes, des immigrés et donc des délinquants avérés ou en devenir…
 
Cruelle erreur de jugement faussé par la perspective tremblotante et paroxystique des élections en vue, par les courbes dansantes des sondages et la tentation démagogique permanente. Le fait divers doit servir de révélateur d’une situation et non de détonateur social. La réaction des adolescents face à la police aurait dû ouvrir un débat légitime. Au lieu de cela, on jette des grenades au milieu d’une poudrière en s’étonnant ensuite que cela provoque des étincelles. On joue avec le feu dans des lieux, précarité oblige, où il n’y a plus d’extincteurs depuis bien longtemps…
 
 
 
Liens :
 
 
Mosquée Clichy : «C'est bien une grenade lacrymogène», selon Sarkozy
 
«Je confirme que c'est bien une grenade lacrymogène qui est en dotation des compagnies d'intervention (CRS, ndlr) qui étaient sur place en Seine-Saint-Denis, ce qui ne veut pas dire que c'est un tir fait par un policier ( !!!!!!!!!!!!), c'est l'enquête qui le déterminera», a dit le ministre…
 
 
 
 
 «Parler d'islam radical et montrer des gens en train de faire la prière, c'est dramatique»
 
 
 
Irresponsabilité
 
 
 
 
les interventions de Nicolas Sarkozy sont contestées, même à droite
 
 
 
 
 
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CC Jung
 
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Publié dans Omegactualité

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