Dernier acte ou presque au Liban ?
Et dire que cela fait un mois déjà que le Liban vit sous les bombes, que les hordes de réfugiés fuient d’un endroit pour atterrir dans un autre également pris pour cible alors que les secours les plus élémentaires ne peuvent plus être assurés. Et pendant ce temps-là, la « communauté internationale » louvoie, hésite, se tâte, se chamaille pour trouver un semblant d’accord et ménager les susceptibilités impétueuses. Sur le front militaire, rien de nouveau ou presque. Le gouvernement d’Ehud Olmert a décidé de pousser un peu plus loin la macabre plaisanterie même si quelques signes tangibles indiquent que les pions vont enfin bouger. Enfin, espère-t-on.
Il y a comme qui dirait, du frémissement dans l’air. Alors même que le cabinet d’Ehud Olmert se réunissait il y a quelques jours pour décider de la poursuite de l’offensive terrestre, l’ombre d’un doute semble aujourd’hui planer sur l’opinion publique. Il y a d’abord ces nouveaux sondages, l’outil magique du commentateur enfiévré, qui disent que la joyeuse unanimité pour broyer du barbu et balancer des bombes nucléaires, est en train de se fissurer. Le réveil des pacifistes qui s’étaient joints au début des hostilités aux adorateurs de la poudre vengeresse, est un signe avant-coureur (lien 1).
Déjà les adversaires du premier ministre fourbissent leurs armes pour en découdre. Un mois de guerre sans aucun résultat tangible, c’est en effet une aubaine pour ses opposants. Les uns estiment que son pas de deux et ses valses hésitations sont autant de fausses notes pendant que d’autres s’inquiètent légitimement du mythe de l’invincible Tsahal qui s’écroule chaque jour un peu plus (lien 2 et 3). C’est sans doute pour couper court à ce qui ressemble effectivement à un règlement de compte politique douloureux à venir que le premier ministre vient d’ordonner le déclenchement d’une offensive terrestre (lien 4 et 4 bis) alors même que des rumeurs d’accord entre les USA et la France bruissent avec insistance.
Cette fuite en avant d’Ehud Olmert s’explique de plusieurs manières. L’ordre donné aux troupes peut se concevoir de prime abord comme une course contre la montre pour tenter de décrocher un semblant de « victoire », histoire redorer le blason terni de Tsahal et d’augmenter les marges de manœuvres en cas d’âpres négociations. La seconde hypothèse, plus pessimiste, serait celle de vouloir forcer la main aux négociateurs pour obtenir un maximum de concessions en échange d’une cessation des hostilités. A moins que les adorateurs de l’Armageddon s’impatientent réellement de l’imminence de la venue du Christ ressuscité (lien 5, De Defensa) pour notre plus grand bonheur à tous…
Redorer le blason terni de Tsahal
Quoi qu’il en soit, l’objectif claironné par tous les va-t’en-guerre, celui d’anéantir le Hezbollah, sonne comme une absurdité élaborée par de sots militaires qui ignorent tout de sa déclinaison politique, sociologique et politique dans la vie libanaise. Profondément enracinée dans la société libanaise et bien soutenue par la population, la milice radicale risque de s’avérer une proie difficile à appréhender même si la puissance de Tsahal est sans commune mesure (lien 6). Le mystère qui entoure cette armée de l’ombre n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre bien que les journalistes semblent plutôt à sec au niveau des révélations sur son opaque organisation (lien7).
L'ancien ministre des affaires étrangères d'Israël Shlomo Ben Ami a fait une excellente et sage analyse de la situation dans le Monde mais il se trompe aussi lourdement en imaginant qu’une guerre contre le Hezbollah se gagnera à la baïonnette. Pour un militant islamiste radical de ce parti tué au combat, combien de futurs candidats et de remplaçants se tiennent prêts, surtout depuis le déclenchement de cette guerre et le saccage du Liban par l’état hébreu ? Shlomo Ben Ami a tout à fait raison par contre lorsqu’il dresse un réquisitoire contre les faucons de Tel Aviv et de Washington : « La guerre sur deux fronts qu'Israël livre aujourd'hui traduit la faillite de la philosophie de la droite israélienne, qui est aussi celle des néoconservateurs qui entourent le président Bush, selon laquelle un règlement global avec le monde arabe et la mise au pas des "Etats voyous" de la région devraient précéder et être la condition indispensable d'une paix israélo-palestinienne. » (lien 8)
On notera avec une moue légère que George Bush se fait désormais le plus vibrant porte-voix de la propagande distillée par l’extrême droite religieuse juive puisqu’il se met à employer la même démesure sémantique en qualifiant les islamistes radicaux de « fascistes » (lien 9). On retrouve là une des derniers concepts mis à la mode par les pires plumes propagandistes, le fameux « nazislamisme » ou comment utiliser une recette éprouvée (du « nazi » à toutes les sauces et surtout celles qui sont critiques) en lui donnant un coup de neuf et un parfum épicé.

Un discours plein de bon sens parce que dénué de passion et d’aveuglement
Signalons que la seule voix d’importance à avoir tiqué sur cette lamentable saillie reste celle…de l’archevêque de York, John Sentamu. Il a même précisé en évoquant les terroristes, "je ne pense pas que les gens qui font cela le font à cause de l'islam". "La plupart le font parce qu'ils sont mis à l'écart, parce qu'on leur a donné une vision tellement distordue qu'ils peuvent croire qu'on peut bâtir un monde meilleur que celui qui existe" nous indique la dépêche d’Associated Press (lien 10). Voilà un discours plein de bon sens parce que dénué de passion et d’aveuglement. Une vertu qui fait cruellement défaut à nos « intellectuels » du prêt à penser tout en imprécations, en affirmations péremptoires et en caricatures grossières, qui se répandent sans discontinuer dans les média.
Le dernier rejeton de cette élite de l’imposture, de cette usine à formatage d’opinion à l’insu de son plein gré, vient de s’illustrer dans le torchon qui a bien voulu recevoir sa prose, le Figaro (lien ). Le titre est déjà éloquent sur la subtilité du propos à venir : « Israël, debout face aux fanatismes totalitaires ». Le reste ne nous a effectivement pas déçu : « (…) en premier lieu, Israël n'abrite sur son sol aucune organisation terroriste et n'alimente aucun groupe de «fous de Dieu» installé dans un pays étranger. Il n'enlève pas de soldats étrangers, ne menace personne, n'égorge personne, alors qu'il est agressé. Il fait partie de l'ONU, mais aux yeux de cette assemblée de «lâches», c'est lui qui devient agresseur et condamnable ».
Rien que dans ce court extrait, chacune des affirmations est sujette à caution, exemples nombreux à l’appui. Cette diatribe manichéenne qui ressemble à une fable pour enfants est quand même signée de la plume d’un professeur d’université, philosophe de surcroît (lien 11). Si les « philosophes » de la cause en sont à ce niveau de discernement et d’analyse, il y a de quoi être légitimement très inquiet pour la suite du processus de paix et de guerre au Moyen Orient. Les fanatiques du déni sont aveugles et ils ne trouveront jamais l’étroit chemin du dialogue. Ils leur restent en effet qu’un marteau pour écraser la mouche du coche persistante, histoire d’avoir la paix. Jusqu’au prochain bourdonnement…

Liens :
(lien 1) Les pacifistes israéliens commencent à donner de la voix (Le Monde)
(lien 2) Israël à l'heure des règlements de comptes politiques ( AFP)
(lien 3) Passe politique difficile en Israël pour Ehud Olmert ( Reuters)
(lien 4 bis) Critiqué, Ehud Olmert décide l'extension de l'offensive au Liban (Reuters Libération)
(lien 5) CUFI : les “chrétiens sionistes” à la droite de GW et à la droite de Dieu (De Defensa)
(lien 6) "Secret", "foi" et "martyre", clés du succès militaire, selon le Hezbollah (Le Monde)
(lien 7) Les médias, l'autre arme de la guerre du Liban (Figaro)
(lien 8) Guerre au Hezbollah, paix avec le Hamas, par Shlomo Ben Ami (Le Monde)
(lien 9) L’extrême droite nationaliste religieuse (Wikipédia)
(lien 11) Israël, debout face aux fanatismes totalitaires, par Armand Abécassis (Le Figaro)
Actualité de l’Empire :
Big Brother :
Trésors intimes sur le Net (Reuters Libération)
AOL dérape en terrain privé (Reuters Libération)

Réfléchir :
Résister à la terreur (Le Monde, revue de la presse anglaise qui étonne par sa lucidité)
Out :
Ecolo jusqu'au bout du vibro (Reuters Libération)
Bollywood export kitsch (Le Monde)
See U
CC Jung
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